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Base de données à usage des professeurs

Cette base de données appartient à Learn French at Home et est à usage exclusif
des professeurs de cette école de langues.

Articles

Chansons

Images

Fiches techniques

Exercices

Petites histoires et poèmes

Sites web

Vidéos & Audio

Movies and Movie Talks

Langage professionnel

Jeux de rôle

Le coin des branchés

Enfants 1 (sites généraux, jeux, vidéos, vocabulaire,
grammaire et phonétique)

Enfants 2 (chansons, contes, comptines et histoires courtes)

******

Sommaire des articles

Articles et extraits de textes

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Articles
- Tests de personnalité
- Qui est qui ?
- Les traditions de Noël
- "Espèces d'idiomes" : six articles sur des comparaisons entre des idiomes français et dans d'autres langues
- "L'intelligence artificielle : une machine peut-elle ressentir de l'émotion ?" Avec questions
- Le nouveau Musée du Louvre à Abu Dhabi (Diaporama)
- Japon : des animaux au bureau pour apaiser les employés Avec questions
- La "French girl" Avec questions
- Gluten, lactose, vegan : Quand les chefs font avec le "sans" Avec questions
- Océanix, projet de ville flottante
- Interview Boris Cyrulnik sur les jeunes et les études Avec questions
- Interview Alain Rey, rédacteur en chef des dictionnaires Petit Robert Avec questions
- Les origines de la Saint-Valentin Avec questions
- Le masque, un futur accessoire de mode ?
- Interview d'un gardien de phare
- Les chats à la maison
- Les nouveaux mots du confinement
- Des chefs d'entreprise s'engagent à vendre des produits durables et réparables
- Le grand retour du vélo dans les villes
- Vive l'ennui !
- Dîner entre déconfinés : le code a changé
- La fin de l'argent liquide
- Comment le confinement a modifié les comportements alimentaires en France
- Le télétravail, un déclic pour changer de vie
- "Skypero"
- Obsédé par le pain - agriculture bio
- En Italie, les lettres d'amour ont leur musée
- L'art de râler expliqué aux Anglo-Saxons
- Le boulanger, sa muse et la boule au levain
- L'effet de Flynn Avec questions et réponses
- Le champagne rosé s'invite à la table
- Le couscous au patrimoine de l'Unesco
- La place du Tertre à Montmartre
- Des couples hors du commun
- Buenos Aires, la plus parisienne des capitales d'Amérique du Sud
- Les élections présidentielles à l'ère du Covid 19
Apprendre le français par les chansons :
--- Des chansons militantes
--- Des mélodies pour sauver la planète
--- Des chants d'amour pour la famille
- Quatre idées reçues sur le vin rosé
Deux témoignages pour une nourriture plus saine :
--- "Je suis devenue végétarienne"
--- "Les pois chiches, une alternative aux nourritures animales"
Les inventions, un reflet de la créativité française :
--- Quelques découvertes techniques
--- Des petites choses bien utiles
--- Des créations originales
--- Des inventions bien françaises
--- La santé, un point fort
--- Ce qui est français, et ce qui ne l'est pas
--- La charge mentale, une double peine pour les femmes Avec questions et réponses
"Drôle de langue", une série de 17 articles sur les curiosités de la langue française :
--1) Des héros ou des z'héros ? Histoires de liaisons
--2) Logique la langue française ?
--3) Pourquoi dit-on "vingt-deux", mais pas "dix-deux" ?
--4) Le périple linguistique de la dinde et du cochon (d'Inde)
--5) En français, des gens de tous les genres
--6) Des négations aux délicieuses origines
--7) Les adjectifs sèment le désordre
--8) Le "ù" du clavier d'ordinateur, touche à usage unique
--9) Do, ré, mi... d'où viennent les notes de musique ?
--10) Quand le français nous laisse l'embarras du choix
--11) La longue trajectoire du postillon
--12) Être en grève et chercher du travail, c'est possible
--13) "Boire du champagne en bermuda", et autres métonymies...
--14) Pourquoi le Y est-il grec ?
--15) Pourquoi le nom des nombres est-il un casse-tête ?
--16) Les liaisons curieuses de la langue française
--17) Le "ne", marque de négation en voie de disparition
Cuisine méditerranéenne et joie de vivre :
---La bonne recette pour une longue vie
---Les "zones bleues" des gens heureux
---Le mode de vie des gens du sud : un atout essentiel pour la longévité
- Joséphine Baker au Panthéon
- Marseille : une ville unique au monde NEW
- Les premiers candidats en piste pour les présidentielles NEW

 

Articles

Tests de personnalité
A quel type de Français appartenez-vous ?

Test de personnalité

Entourez une seule réponse par question et, à la fin, regardez quelle est la lettre dominante, puis lisez votre catégorie ! Pensez-vous que cette catégorie vous va bien ?

  1. Que faites vous pour rester en forme ?
    a) de la gymnastique ou de l'aérobic
    b) du jogging en famille
    c) de la marche en forêt
    d) du yoga
    e) de la musculation
  2. Où vous sentez vous bien ?
    a) en ville, dans la foule
    b) dans un jardin public
    c) dans une église déserte
    d) sur une île déserte
    e) sur votre moto
  3. Quelles sont vos vacances idéales ?
    a) quelques jours de ski ou de mer tous les trois jours
    b) en famille, en camping-car
    c) retour dans la région familiale
    d) le tour du monde
    e) dans un club de vacances
  4. Quelle est votre dépense prioritaire ?
    a) la voiture
    b) l'assurance pour la maison et pour la famille
    c) du matériel de bricolage
    d) un voyage à l'étranger
    e) votre maison
  5. Quel est votre logement préféré ?
    a) une belle résidence
    b) une vieille maison à la campagne
    c) un appartement bourgeois
    d) le dernier étage d'une tour moderne
    e) une maison avec jardin au banlieue
  6. Comment payez-vous vos achats ?
    a) avec une carte de crédit
    b) par chèque
    c) en espèces
    d) vous préférez échanger quelque chose
    e) vous achetez à crédit
  7. Quel est votre repas préféré ?
    a) un plat surgelé
    b) un bon repas en famille autour d'un bœuf bourguignon
    c) un petit repas simple en famille
    d) un plat exotique
    e) un hamburger et un coca
  8. Quel sport aimeriez-vous faire ?
    a) du tennis
    b) du vélo
    c) du patinage
    d) de la voile
    e) de la compétition automobile


Les mots qui vous caractérisent

Dominante A vous êtes ACTIVISTE
Vous êtes travailleur, entreprenant, réaliste, volontaire, professionnel, autoritaire, bien informé. Vous aimez bavarder. Vous êtes tourné vers l'avenir. Vous savez vous adapter.

Qualités: travailleur, entreprenant, réaliste, volontaire, professionnel, bien informé, voit en perspective et facilité à s'adapter.

Défauts: trop bavard, autoritaire.

Dominante B vous êtes MATERIALISTE
Vous êtes respectueux des traditions. Vous avez peur du progrès technique. Vous aimez rester chez vous. Vous aimez bricoler. Vous avez le sens de la famille. Vous êtes calme, plutôt passif et modeste.

Qualités: il est manuel, calme, modeste.

Défauts: respectueux des traditions(trop conservateur), effrayé par le progrès, il n'est pas très sociable parfois passif. (inactivité).

Dominante C vous êtes RIGORISTE
Vous êtes travailleur, économe, moralisateur. Vous aimez défendre les valeurs traditionnelles : la famille, le patrimoine, la religion. Vous avez peur du progrès. Vous avez le sens des responsabilités et vous respectez vos chefs.

Qualités: travailleur, économe, aime défendre les valeurs : la famille, la religion et le patrimoine, responsable et respectueux.

Défauts: moralisateur, effrayé du progrès.

Dominante D vous êtes ORIGINALE(E)
Vous êtes cultivé, curieux, créatif. Vous êtes très indépendant et orgueilleux et vous n'aimez pas l'autorité. Vous n'aimez pas beaucoup le travail. Vous aimez voyager. Vous êtes anticonformiste et souvent désordonné.

Qualités: cultivé, créatif, curieux(intéressé), aime voyager et découvrir d'autres pays.

Défauts : trop indépendant, orgueilleux, il n'aime pas l'autorité et le travail, anticonformiste et désordonné.

Dominante E vous êtes INDIVIDUALISTE
Vous aimez l'argent et vous êtes dépensier. Vous êtes un bon vivant en famille et avec votre petite bande de copains. Vous êtes débrouillard, parfois agressif. Vous faites toujours très attention à votre apparence.

Qualités: un bon esprit en famille, vivant et actif avec les amis, débrouillard et soigné.

Défauts: il aime l'argent et il est trop dépensier, agressif.


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Qui est qui ?

Article à lire, suivi de questions :

L'élite
Ce terme assez vague regroupe tous les Français se trouvant au sommet des hiérarchies. Si autrefois l'élite était surtout composée des personnes de la haute bourgeoisie et de la noblesse, aujourd'hui, le mot élite se réfère surtout aux personnes qui sont des maîtres à penser dans leurs domaines. L'élite se trouve donc surtout dans les milieux intellectuels ou scientifiques : chercheurs de renom, directeurs universitaires de très haut niveau, médecins réputés, etc.

Les nobles
Rois, princes, ducs, contes et comtesses d'autrefois étaient tous des nobles, cette catégorie, ou “ordre”, de citoyens hors du commun, titulaires de titres de noblesse. On disait d'eux qu'ils avaient le sang bleu. Le nom de famille des nobles est précédé de la particule “de”. Ils sont plus rares de nos jours, et surtout bien plus discrets – depuis la Révolution, qui a aboli, en principe, la noblesse.

Les aristocrates
Les aristocrates sont pour la plupart des nobles, mais ce terme se réfère davantage à la classe sociale à laquelle ils appartiennent qu'à leur état de noblesse. D'ailleurs on peut être aristocrate sans être noble. Il suffit d'être riche, d'avoir beaucoup de classe dans ses attitudes, et une excellente éducation. Une espèce de Français en voie de disparition, elle aussi…

Les bourgeois
Membres de la grande ou petite bourgeoisie d'autrefois, c'est-à-dire des personnes occupant, depuis des générations, une position sociale importante, très aisés, mais privés de titres de noblesse. Les commerçants qui gagnaient très bien leur vie par exemple en faisaient partie, ou les magistrats, notaires, etc. Les bourgeois ont toujours été la cible idéale d'auteurs ou artistes satyriques. Par exemple Molière (Le Bourgeois gentilhomme n'est qu'une des nombreuses pièces de théâtre qui les ridiculise). Ou le chanteur Jacques Brel, auteur d'une chanson très critique (Les Bourgeois*). Les bourgeois existent toujours bien aujourd'hui mais se font beaucoup plus discrets.
____
 *Les bourgeois,
c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois,
c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient…

Les notables
Ce terme un peu démodé désigne toutes les personnes occupant une place importante dans la société. Au niveau de la commune, les notables sont le maire et ses conseillers, les notaires, les avocats, les médecins, les professeurs, et même le curé… Les bourgeois sont souvent des notables, mais il peut exister des notables qui ne sont pas des bourgeois, comme, justement, les professeurs ou les curés, etc. Ils jouent encore un rôle important dans le sens que pour les élections des sénateurs au parlement, ce sont les notables qui votent et pas le peuple en général. Mais on en parle beaucoup moins aujourd'hui.

La jet set
Terme plus moderne désignant ceux qui ont une bonne position économique sociale, sont riches, et le font savoir, en affichant leur richesse dans des voitures ou villas de luxe, faisant la fête de manière peu discrète dans les endroits les plus huppés, etc.

La classe dirigeante (The ruling class)
Celle des Français qui ont entre les mains les rênes du pays : les membres du gouvernement, les ministres, les responsables de grandes administrations, mais aussi, surtout peut-être, les grands hommes d'affaires de sociétés importantes.

Les nouveaux riches
Les nouveaux riches sont des personnes d'origine modeste qui ont réussi et se sont enrichies grâce à leur commerce ou leur entreprise, et mènent une vie proche de celle des bourgeois. Mais les bourgeois les tiennent à l'écart, car tout dans leur attitude et leur langage démontre leur condition pauvre d'autrefois, et leur manque relatif d'éducation.

Les BCBG
Les BCBG, ou “bon chic bon genre” sont des bourgeois, ou des aristocrates, de très bonne éducation et de bonnes manières, mais un peu “lisses”, c'est-à-dire ayant une rigidité d'attitude qui leur enlève toute personnalité. Cette expression est née à Lyon (Rhône), ville très bourgeoise. Parfois, par ironie, BCBG se traduit par “beau cul belle gueule”…

La bonne société
C'est celle des “bien pensants”, à la morale et aux mœurs réputés irréprochables, que l'on trouve surtout parmi les milieux catholiques traditionnels. Mais tout dépend des valeurs auxquelles on s'attache. On n'est pas la “bonne société” de tout le monde. Cette expression est quelque peu démodée aujourd'hui.

Les intellos
Les intellos, diminutif d'intellectuels, désigne en principe les “lettrés”, ceux qui ont un niveau universitaire (en lettres principalement) élevé, ou appartiennent au monde de l'édition, de l'écriture, du journalisme. Aujourd'hui, lorsqu'on parle d'intello (et ce terme est de plus en plus utilisé de manière ironique), on désigne ceux qui savent, ou croient savoir, et ont une remarque intelligente, ou qu'ils estiment intelligente, à faire sur tout.

La gauche caviar
Ce terme est déjà presque un peu passé de mode. Il désignait il y a quelque temps les intellectuels de gauche dont la façon de vivre était très éloignée de celle des pauvres qu'ils prétendaient vouloir défendre. On disait d'eux qu'ils avaient “le cœur à gauche mais le portefeuille à droite”.

Les bobos
Les bobos, ou “bourgeois bohême” ne sont pas très éloignés de la gauche caviar. Ils sont aussi de gauche, mais plus écolos (voir ci-dessous), et mènent une vie assez aisée, à Paris principalement. Le chanteur Renaud leur a consacré une chanson qui a fait l'objet de nombreuses réactions, Les bobos *.
____
*Extrait de la chanson de Renaud, Les bobos :
Ils vivent dans les beaux quartiers
Ou en banlieue mais dans un loft
Ateliers d'artistes branchés,
Bien plus tendance que l'avenue Foch
Ont des enfants bien élevés,
Qui ont lu le Petit Prince à 6 ans
Qui vont dans des écoles privées
Privées de racaille, je me comprends
Ils fument un joint de temps en temps,
Font leurs courses dans les marchés bios
Roulent en 4x4, mais l'plus souvent,
Préfèrent s'déplacer à vélo
Les bobos, les bobos…

Les rebos
Une toute nouvelle catégorie de Français : les rebos (rebelle-bourgeois) sont assez proches des bobos, mais avec un esprit plus rebelle, plus “destroy” selon un spécialiste de l'évolution des tendances. Ils font par exemple partie de ceux, toujours plus nombreux, qui refusent d'acheter CDs et DVDs et les piratent systématiquement sur internet.

Les babas cool
Même s'ils sont très rares aujourd'hui, on appelle encore ainsi ceux qui vivent comme des hippies. On en trouve dans certaines campagnes reculées du Massif central.

Les écolos
Les écolos sont les écologistes, ce qui inclut toutes les personnes attachant de l'importance à la protection de l'environnement, et respectueux de tous les gestes à effectuer dans ce sens.

La classe moyenne
Elle englobe la majorité des Français, tous ceux qui vivent de leur travail, qu'ils soient salariés ou petits entrepreneurs, et qui ne sont ni riches ni pauvres. On parle aussi de Français moyens.

Les beaufs
Un beauf, en général un Français moyen, est une personne peu éduquée, parfois assez vulgaire et pas très raffinée, mais toujours satisfaite d'elle-même et aimant faire des blagues pas très drôles. Ce terme s'applique principalement aux hommes. Il est un diminutif de “beau-frère”, et aurait été inventé par le dessinateur humoriste Cabu. On trouve beaucoup de beaufs parmi les groupes de touristes parcourant la France en autocar pendant les vacances…

Les cols blancs
Ce terme est moins employé aujourd'hui. Il désigne ceux qui travaillent dans les bureaux, par opposition aux cols bleus : les ouvriers.

Les couches populaires (The working class masses)
L'ensemble des Français occupant de petits boulots, y compris les ouvriers et petits artisans.

Les paysans, les agriculteurs
De plus en plus, le terme d'agriculteur est préféré à celui de paysan, parfois utilisé de manière péjorative pour désigner une personne vraiment peu éduquée. Il est vrai que pour s'installer comme agriculteur dans le monde d'aujourd'hui il faut avoir de plus en plus de connaissances techniques. Il existe une branche ou mouvance de cette distinction sociale dont les adhérents sont très fiers de leurs racines paysannes et qui cherchent à mettre en évidence les valeurs et les bienfaits des traditions paysannes.

Les ploucs, ou plouks
Un plouc est un personnage vulgaire, grossier, rustre. Quand on parle de ploucs, on se réfère surtout aux paysans les moins éduqués.

Employés, techniciens, cadres
Trois niveaux de hiérarchie professionnelle, très marqués. Les employés sont ceux qui travaillent dans les bureaux mais n'ont pas de responsabilités. Les techniciens ont des connaissances techniques mais n'ont pas eu le diplôme (d'ingénieur par exemple) qui leur permettrait de devenir cadres. Les cadres sont les superviseurs, des employés ou des techniciens. Ils doivent en général leur statut à leurs diplômes, plus rarement à leurs compétences ou leur expérience.

La classe ouvrière
Elle englobe toutes les catégories d'ouvriers travaillant en usine.

Les travailleurs
Terme employé par les partis d'extrême gauche et communiste pour désigner les ouvriers et tous ceux qui occupent de petits emplois (dans le commerce, l'industrie, l'agriculture…).

Les prolos
Les prolos appartiennent au prolétariat (terme créé par Karl Marx par opposition au capitalisme). Ils englobent les ouvriers et employés.

La classe défavorisée (The underprivileged class )
Ce terme désigne les pauvres, et tous ceux qui n'ont pas de revenus suffisants pour vivre décemment.

Les crevards
Il y a peu de temps un crevard (mot populaire et assez vulgaire) était une personne affamée, ou en mauvaise santé, presque prête à crever (mourir, en argot). Aujourd'hui le crevard est tout simplement quelqu'un de fauché, qui cherche des bonnes affaires, des logements pas chers, et vit du système de la “démerde”.

Les sdf, ou sans abri
Les “sans domicile fixe”, et les sans abri, sont ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un logement et dorment dans la rue, ou dans des centres d'hébergements sociaux temporaires. Il y a quelques années, on les appelait les clochards, ou les vagabonds. La plupart du temps, il s'agissait de gens qui avaient choisi de vivre en marge de la société. Aujourd'hui, sur les 800.000 sdf recensés, on trouve de plus en plus de femmes, dont 1 sur 3 ont des enfants.

Les sans papiers
Les étrangers entrés illégalement en France qui n'ont pas encore obtenu de statut légal et tentent de se cacher.

Les Français issus de l'immigration
Les Français d'origine étrangère, soit parce qu'ils ont eux-mêmes immigré en France, soit parce qu'ils sont les descendants d'immigrants. Dans la plupart des cas, en utilisant cette expression, on pense surtout aux personnes originaires d'Afrique du Nord. On parle d'immigrés de la 2e ou 3e génération lorsque ce sont les parents ou grands-parents qui ont immigré en France. Cela inclut les Espagnols entrés en France pendant le régime de Franco, les Portugais qui ont fui la misère au début du siècle dernier, les Italiens, les “Russes blancs”, etc.

Les beurs
Un beur est un descendant, né et vivant en France, d'immigrés d'Afrique du nord. Le mot veut en réalité dire “arabe”, prononcé en verlan (inversion des syllabes d'un mot - une forme de langage inventée par les jeunes dans les années 1980).

Questions sur l'article :

1) Si vous deviez être dans une de ces catégories, vous vous placeriez dans laquelle ?

2) Dans le texte sur les bourgeois, il y a une chanson française très célèbre de Jacques Brel. Est-ce que vous connaissez ce chanteur ?

3) Est-ce qu'il y a une ou plusieurs catégories qui n'existent pas en Angleterre (indiquer le nom du pays dans lequel est votre étudiant) p ? Lesquelles ?

4) Connaissez-vous personnellement une élite ?

5) Pouvez-vous donner des exemples de personnes qui font partie de la jet set ?

6) Quelle est la différence entre un nouveau riche et un bourgeois ?

7) Est-ce qu'il y a un terme similaire en Angleterre (ou pays de l'étudiant) pour BCBG ?

8) Quelle est la différence entre les bobos et la gauche caviar ?

9) Pouvez-vous traduire la chanson sur les bobos de Renaud ?

10) Y a-t-il des ploucs dans votre quartier ?

11) Dans le texte des crevards – que veut dire le terme "la démerde" ?

12) Qu'est-ce que fait l'Angleterre (ou pays de l'étudiant) pour les sdf  ?

13) Avez-vous déjà entendu parler un beur ? Est-ce que vous l'avez compris ?

14) Dans cette liste de catégories, lesquelles ne sont pas attractives selon vous  ? Et quelles catégories trouvez-vous intéressantes et stimulantes ?

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Les traditions de Noël

Les grandes fêtes de l'hiver

Noël, le Jour de l'An, l'Epiphanie, ou “fête des rois”, telles sont les trois grandes fêtes qui animent les jours d'hiver en France. Noël, événement essentiellement familial, est la plus importante des trois pour les Français. Elle se déroule généralement en deux temps : le Réveillon (repas partagé par la famille proche qui se prolonge au moins jusqu'à minuit), le soir du 24 décembre, et le grand repas le 25 à midi, auxquels participe souvent la famille élargie. Un temps fort de la fête est toujours la distribution de cadeaux, que l'on s'offre souvent entre adultes, et dont on couvre les enfants. Ceux qui croient encore au père Noël découvriront le 25 au matin, dans leurs chaussures déposées au pied du sapin ou devant la cheminée, les cadeaux qu'il a apportés. Tandis que dès que les enfants ont passé l'âge d'y croire, la distribution des cadeaux, également déposés au pied du sapin, s'effectue le 24 au soir, souvent au moment du dessert.

Originellement, Noël est une fête catholique mais cela fait déjà très longtemps qu'elle est tout à fait assimilée à une fête laïque pour la plupart des Français. De sorte que l'aspect religieux est devenu secondaire - sauf pour les familles catholiques pratiquantes, qui ne manquent pas la messe de minuit le soir du 24 décembre par exemple.

Un autre événement marquant de l'hiver est évidemment, comme partout ailleurs dans le monde, l'accueil de la nouvelle année. L'occasion pour les Français de faire un autre Réveillon le 31 au soir, entourés de leurs meilleurs amis. En effet, le Jour de l'An se fête surtout entre copains, soit au domicile de l'un d'entre eux, soit, parfois, au restaurant. Dès les douze coups de minuit, tout le monde s'embrasse sous le gui, et on commence à danser, jusque tard dans la nuit…

La troisième fête très célébrée en France est l'Epiphanie, le 6 janvier. Il s'agit, comme pour Noël, d'une fête religieuse à l'origine : l'arrivée à Bethléem des trois rois mages venus apporter leurs présents au petit Jésus… Mais elle s'est peut-être encore davantage laïcisée au point d'être célébrée par tous les Français comme un petit événement festif de début d'année.

Dans les pages qui suivent, nous vous présentons quelques spécificités de la manière dont les Français célèbrent ces trois fêtes. Des fêtes que nous ne pouvons qu'encourager nos lecteurs étrangers vivant à France à partager au moins partiellement avec des amis ou voisins français car ce peut être un bon moyen de s'intégrer un peu plus à la culture, et de s'initier à la langue !

Quelques traditions:

1. Les santons de Provence

Comme leur nom l'indique, ils viennent de Provence, au sud de la France. Il s'agit de petites figurines peintes, de couleurs très vives, qui représentent la scène de la Nativité. A l'intérieur de la crèche, autour de l'enfant Jésus dans son berceau de paille, se trouvent la vierge Marie, Saint-Joseph, l'âne et le bœuf . A l'extérieur : quelques bergers, et presque tous les habitants d'un petit village. Tous apportent un présent à l'enfant qui vient de naître : le boulanger, la bergère, le ramoneur, l'épicière, etc.

Bien que cette tradition vienne de la religion catholique, beaucoup de non catholiques ni pratiquants aiment décorer leur maison d'une crèche, ou au moins de quelques santons.

2. Les cartes de vœux

En France, il n'est pas très fréquent de s'envoyer des cartes de Noël. Seules les personnes qui veulent souhaiter Joyeux Noël à un membre de leur famille qui sera loin ce jour-là, et plus particulièrement les catholiques pour lesquels célébrer l'événement religieux est le plus important, envoient une carte. D'autres personnes préfèrent envoyer, avant Noël, des cartes souhaitant Bonnes fêtes. Mais la plupart des Français envoient des cartes de Bonne année ou Meilleurs vœux, pour le Nouvel An. La tradition est de les envoyer dès le 2-3 janvier, mais il est tout à fait normal de les envoyer jusqu'à la fin du mois de janvier. Et de plus en plus de gens envoient des cybercartes ou des e-mails personnalisés.

3. Les marchés de Noël

P artout en France, dans la plupart des villes, durant les deux ou trois semaines précédant le 25 décembre, et parfois jusqu'à la fin de l'année, se tiennent des marchés de Noël. Sur une place ou une rue du centre, s'étalent plusieurs stands, qui ressemblent souvent à de petits chalets, dans lesquels on vend des décorations de Noël, des objets d'artisanat qui peuvent faire de petits cadeaux, des bougies, des sucreries, etc. Le plus grand, et le plus célèbre, est celui de Strasbourg (en Alsace), ville qui se fait même appeler la “capitale de Noël” . Créé en 1570, il occupe une grande partie du centre ville, et attire des touristes de toute l'Europe.

4. Les papillotes

C 'est une histoire d'amour qui est à l'origine de la plus typique des traditions gourmandes de Noël : celle des papillotes, ces petits chocolats ou pâtes d'amande envelop pé s de papier brillant de manière très spéciale (voir photo), dans lesquels se trouve un petit papier comportant une citation. Au XVIII e siècle, dans une confiserie de Lyon (Rhône), un jeune artisan est tombé amoureux d'une jeune fille travaillant à l'étage au-dessus. Comme ils ne pouvaient pas communiquer entre eux, il a eu l'idée de lui glisser de petits mots doux dans certains chocolats, et de les emballer de manière très spéciale pour qu'on les reconnaisse. Aujourd'hui, on trouve des papillotes dans toute la France, et elles décorent joliment le sapin et la table de Noël.  

Questions :

1) En France, que signifie "le Réveillon" ?

2) Quelles sont les traditions que vous trouvez les plus étonnantes ? Les plus intéressantes ? Que vous aimeriez découvrir ?

3) Dans votre pays, quelles sont les traditions qui sont similaires à celles de la France ?

4) Pouvez-vous décrire quelques traditions typiques de votre pays ?

5) Avez-vous déjà goûté des papillotes ? Que pensez-vous de la légende qui accompagne cette tradition ?

6) Y a-t-il aussi des légendes liées aux traditions de votre pays ? Pouvez-vous en raconter une ?

 

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"Espèces d'idiomes "

Six articles très intéressants, faisant des comparaisons amusantes entre des expressions idiomatiques utilisées en France et dans d'autres pays (par thèmes), écrits par Muriel Gilbert, ont été publiés dans "Le Monde" en 2014. Un excellent moyen d'aider les étudiants à apprendre et mémoriser certaines expressions :

1) Capotes anglaises et grippe espagnole, ces expressions venues d'ailleurs

Il est toujours fort commode de disposer de bonnes têtes de Turc à qui faire porter le chapeau de ses propres maux, ce qui fait de l'« étranger » une fertile inspiration des expressions idiomatiques. C'est ainsi que la grippe meurtrière du début du XXe siècle a été qualifiée d'arabe en Grèce, d'allemande en Belgique, de grecque en Turquie, d'espagnole en France et au Royaume-Uni – où, pour faire bonne mesure, on a décidé que la rubéole était d'origine germanique (German measles).

Lorsque chez nous les malotrus filent à l'anglaise, outre-Manche ils le font « à la française » (to take French leave) – et il semble que, malheureusement, nous devions accepter la paternité de cette indélicate habitude, l'allemand, le portugais et le grec optant eux aussi pour le « filer à la française ».

Même penchant à attribuer au voisin les objets tabous : si nos capotes sont anglaises, de l'autre côté du Channel on recourt à des « French letters » qui n'ont pas grand-chose de littéraire…

Les égoïstes français boivent en Suisses, tandis que les Américains « vont Néerlandais » (go Dutch) et que les Turcs « paient à l'allemande » quand ils partagent l'addition. L'étranger qui baragouine notre langue sera qualifié de vache espagnole, tandis que, pour le même motif, en Argentine on dira que vous parlez « l'espagnol de la Chine ». Du chinois, ou alors de l'hébreu, chez nous, c'est un discours inintelligible, tandis que, au Royaume-Uni, « c'est du grec » – chinois, hébreu, grec, trois langues à l'alphabet obscur pour les habitués de l'ABC.

La soûlographie est un vice que les Européens rejettent vers l'est avec un bel ensemble : si le Français s'avoue parfois soûl comme un Polonais, l'Espagnol le sera « comme un Cosaque » et le Serbe « comme un Russe ». En revanche, les Français semblent être les seuls à souffrir de portugaises ensablées. On peut tout de même devenir sourd « comme un bâton » en Allemagne, « un poteau » en Angleterre, « une cloche » en Italie ou « un mur » en Espagne – quand, étrangement, nos murs à nous ont des oreilles. Ah, minute prévention : attention, si la masturbation rend sourd en France, elle rend aveugle en Italie.

Côté positif, c'est en Espagne que nous construisons nos châteaux – les indigènes bâtissant les leurs « dans les airs » (hacer castillos en el aire). Et les Anglo-Saxons, nos rosbifs, nous rendent un hommage particulier, à nous, leurs « petites grenouilles » (froggies), en nous attribuant l'invention des frites (French fries) qu'ils aiment tant. Un coup de grisou diplomatique au moment de la guerre en Irak avait d'ailleurs conduit certains restaurateurs américains à rebaptiser rageusement leurs frites « freedom fries ».

Enfin, c'est à se demander si le célèbre « French kiss » n'est pas réellement une invention hexagonale, puisque, de l'Espagne au Danemark en passant par l'Italie, cette chaude façon de s'embrasser est dite « à la française ».

2) Chat dans la gorge et poule mouillée

Du joyeux troupeau des expressions animalières, il semble bien que le chat soit le chef. Il est vrai que les francophones semblent être les seuls à souffrir de chats dans la gorge, quand d'autres (Anglo-Saxons, Allemands, Brésiliens…) y hébergent un batracien. Il arrive pourtant que les Allemands et les Slovènes « aient un chat » à leur tour, mais alors ils ont la gueule de bois. Lorsque dans notre nuit tous les chats sont gris, en Slovénie, ce sont les vaches qui sont noires, mais quand sur Paris il pleut des cordes, ou comme vache qui pisse, à Londres, c'est bien connu, « il pleut des chiens et des chats », tandis que les marins d'Amsterdam regardent « tomber des tuyaux de pipe », « des briques » ou « des vieilles commères », et que sur l'Acropole d'Athènes « il tombe des prêtres ».

Les Espagnols voient « un chat enfermé » (gato encerrado) et les Italiens « une chatte qui couve » (gatta ci cova) quand nous imaginons une anguille sous roche et que les Anglo-Saxons « sentent un rat » (smell a rat). Les Allemands, dans le même cas, jugent qu'il y a quelque chose dans le buisson (da ist etwas im Busch), ce même buisson autour duquel « tapent » les Britanniques, tandis que les Italiens mènent le chien dans la cour de la ferme (menare il can per l'aia), que les Français tournent autour du pot et les Allemands « autour de la bouillie chaude ».

Lorsqu'un mufle néerlandais « envoie son chat » (zijn kat sturen), l'indélicat de nos contrées pose un lapin et le goujat chinois « envoie un pigeon », le malotru allemand se contentant de « donner un panier » (jemandem einen Korb geben). Si en plus il a des oursins dans les poches, on y diagnostiquera « un hérisson » (ein Igel in der Tasche), en Argentine « un crocodile » (un cocodrillo en el bolsillo), en Turquie « un scorpion », tandis qu'en Angleterre, tous les animaux à piquants étant occupés, on en conclura qu'il a « les poches profondes et les bras courts » (deep pockets and short arms).

A noter qu'une poule mouillée française est un « poulet » britannique (chicken) ou une « patte de lapin » allemande (ein Hasenfuss), que notre rat de bibliothèque correspond aux « vers de livres » allemand et anglo-saxon (Bücherwurm et bookworm), alors que qui s'ennuie chez nous comme un rat mort, sur l'autre versant des Pyrénées s'ennuiera comme une huître.

C'est aussi en Espagne que l'on « paie le canard » (pagar el pato) quand on porte le chapeau, et que l'on a « la mouche à l'oreille », juste là où nous avons la puce. Lorsque la France a d'autres chats à fouetter, l'Italie, plus cruelle encore, a « d'autres chattes à écorcher » (altre gatte da pelare), tandis que le Royaume-Uni a « d'autres poissons à frire » (other fish to fry). Enfin si en France ou aux Pays-Bas on s'entend comme chien et chat, en Tunisie, c'est « comme la souris et le chat ». Et, tandis qu'outre-Manche on « jette la serviette » (throw in the towel) et qu'au Maroc on « vend son âne », quand nous ne savons plus quoi dire, nous donnons notre langue au soyeux petit félin.

3) Grosse légume et cerise sur le gâteau

Les expressions idiomatiques ne manquent pas d'appétit. Quand les Français et les Italiens ont une faim de loup, les Allemands en ont une « d'ours » et les Britanniques « de cheval », certains pourraient même « manger un cheval ». Lorsque, pour agrémenter nos tartines, nous voulons le beurre et l'argent du beurre, les sujets de Sa Gracieuse Majesté veulent « avoir leur gâteau et le manger aussi » (to have one's cake and eat it too) et les Grecs « la tarte intacte et le chien rassasié ». Quand poétiquement nous lui faisons une fleur, notre cousin Germain, grand amateur de charcuterie, nous fait « griller une saucisse de plus ».

Si notre repas ne vaut pas tripette, en Allemagne il ne vaudra « pas une girolle », en Italie « pas une figue sèche », en Espagne « pas une pincée de cumin », en Angleterre « pas un haricot ». Du coup, nos invités risquent de nous casser du sucre sur le dos, ou, s'ils sont allemands, de nous « traîner dans le chocolat » – tandis que les Italiens se contenteront de nous « couper les chaussettes ». Nous n'hésiterons pas à les envoyer se faire cuire un oeuf, ou « frire des asperges » à l'espagnole, ou même faire voler leur cerf-volant (go fly a kite) ou sauter dans le lac (go jump in the lake) à la mode british.

Quand pour nous les carottes sont cuites, aux Pays-Bas « les navets sont trop cuits », au Royaume-Uni « notre oie est cuite », au Liban « la casserole est brûlée », et en Espagne « tout le poisson est vendu ». Au Québec, c'est plus dramatique : « Notre chien est mort. » Et alors, on est « comme la viande sur la planche à hacher », comme on dit en Chine. L'important, dans ces cas-là, c'est de garder son sang-froid, bref de rester, à la britannique, « frais comme un concombre » (cool as a cucumber), même quand on est « dans un cornichon » (in a pickle), c'est-à-dire dans de beaux draps. Pourtant, ce n'est pas de la tarte, bref « ce n'est pas comme sucer du sucre », comme disent les Allemands, ni « de la morve de dindon » comme renchérissent les Espagnols, qui veulent dire que ce n'est pas de la roupie de sansonnet.

Justement, « parlons dinde » (let's talk turkey), suggérera notre hôte britannique pour nous faire comprendre qu'il est temps de discuter sérieusement : l'important, c'est de n'inviter ni « gros jambon » (l'arrogant du Québec) ni « gros fromage » (la grosse légume britannique), surtout s'il a « un cornichon dans le derrière » (a pickle up one's backside), juste là où les Français y ont un balai. En revanche, les « beaux trognons » du Québec, ces belles plantes, sont les bienvenus. Nos invités grecs, compréhensifs, ajouteront que « deux pastèques ne peuvent pas tenir sous la même aisselle », bref, qu'on ne peut pas être au four et au moulin, ou « assister à la messe et sonner les cloches », comme on dit en Espagne.

Quant au dessert, si nous partageons la cerise sur le gâteau avec les citoyens de la Botte, les Espagnols l'aiment plus précisément « griotte sur la tarte » et les Anglo-Saxons, rois du cupcake, « glaçage sur le gâteau ».

4) Estomac dans les talons et yeux plus gros que le ventre

Les idiotismes à caractère anatomique feraient passer la vieille chanson d'Ouvrard, rate qui s'dilate et foie qu'est pas droit compris, pour de la petite bière. On a la gueule de bois, ou on en parle la langue, et il nous arrive d'avoir les yeux plus gros que le ventre, tout comme les Britanniques, les Brésiliens ou les Argentins. En Italie, on se contente de les avoir « plus gros que la bouche », ce qui est plus raisonnable. Les Français ont même parfois l'estomac dans les talons, tandis que les Espagnols l'ont « dans les pieds », les Allemands, moins affamés sans doute, « dans les jarrets », et les pauvres Portugais « dans le dos ».

Les étrangers qui apprennent le français n'en finissent pas de s'étonner que nous soyons capables de courir plus vite en prenant nos jambes à notre cou. On leur fera remarquer que les Allemands les prennent « sous les bras » (die Beine unter die Arme nehmen) et les Italiens « aux épaules » (mettersi le gambe in spalla). En revanche, si un Britannique suggère qu'on cesse de lui « tirer la jambe » (stop pulling my leg !), il ne demande pas qu'on la lui lâche mais qu'on cesse de le faire marcher, ou encore, comme diraient nos cousins ibériques, de lui « prendre les cheveux » (tomarle el pelo). Eux, les Ibères, « dorment à jambe relâchée » quand nous le faisons à poings fermés, mais quand ils « tirent la patte » (estirar la pata), c'est qu'ils partent les pieds devant.

S'il est inconfortable d'avoir deux mains gauches, que dire des malheureux sujets de Sa Gracieuse Majesté qui « ne sont que des pouces » ? Il nous arrive aussi d'avoir les chevilles qui enflent ou la grosse tête – nos cousins québécois gonflant plutôt de l'estomac et « se pétant les bretelles » –, et de nous vanter d'accomplir des exploits les doigts dans le nez, exploits que les Allemands accomplissent « avec la main gauche » et les Britanniques « les mains attachées dans le dos », les Italiens « les mains dans les poches », les Portugais « un pied dans le dos » et les Espagnols « sans se décoiffer ».

« Mon pied ! » (my foot !), ricaneront les Anglais, qui entendront par là « Mon oeil ! ». Et en effet bien souvent nous nous mettons le doigt dedans (l'oeil), comme les anglophones « prennent la mauvaise truie par l'oreille », ou comme les Russes « s'asseyent dans une flaque » et les Brésiliens, grands fans de foot devant l'Eternel, « mangent du ballon ».

Quand une folie nous coûte les yeux de la tête, nos pauvres voisins d'outre-Manche doivent « payer un bras et une jambe » ou alors « payer par le nez ». En Espagne, on est quelque peu épargné, puisqu'il n'en coûte qu'« un oeil du visage », de même qu'en Grèce, où le prix ne dépasse pas « les cheveux de la tête ».

Reconnaissons que, devant ces histoires sans queue ni tête, ou « sans pieds ni tête » comme en Espagne, ou encore « sans main ni pied » comme en Allemagne, les bras nous en tombent – nos cousins Germains en resteront « tout aplatis », tandis que les Néerlandais, en costume folklorique, « en casseront leur sabot ».

5) Sucrer les fraises ou donner sa pipe à Martin

S'il nous arrive d'avoir la frite, la pêche ou la patate, bref, d'être frais comme un gardon, « plus sain qu'une pomme », comme on dit en Espagne, ou « plein de haricots », en Angleterre, ce sont surtout les tracas de santé, et de santé mentale en particulier, qui inspirent l'idiotisme.

On peut simplement n'avoir pas inventé l'eau chaude, ou tiède, ou le fil à couper le beurre, bref, « l'assiette creuse » pour les Néerlandais, « la roue » pour les Américains, « la cire espagnole » pour les Hongrois, « ne pas avoir mis le spring (le ressort) aux sauterelles » pour les Québécois, bref, n'être pas « l'outil le plus affûté de la boîte » (the sharpest tool in the box) pour les Britanniques. On peut aussi, de manière encore bénigne, « prendre des navets pour des citrons » aux Pays-Bas ou « la lune pour du fromage vert » en Angleterre, bref, des vessies pour des lanternes. Et perdre occasionnellement les pédales, ou « les étriers », comme en Espagne.

Les choses se gâtent un brin quand nous perdons la boule et les Britanniques « leurs billes ». Les mêmes Anglais deviennent parfois « fous comme des chapeliers », « vont bananes » (go bananas) ou souffrent de « chauves-souris dans le clocher », quand nous nous contentons d'une araignée au plafond, les Allemands, bucoliques, de « grillons dans la tête » et les Danois de « rats au grenier ». Quand nous sommes fous de joie, les Québécois sont « fous comme des balais ». Les Hollandais, lucides, en concluront que nous avons tous « reçu un coup de moulin ».

Quand il nous manque une case, il « manque une vis » aux Espagnols (faltar un tornillo), « un jeudi » ou « un vendredi » aux Italiens et les Britanniques « manquent un peu de cuisson » (to be a little undercooked) ou « de sandwichs pour faire un pique-nique », tandis que les Allemands n'ont  « pas toutes les tasses dans le placard ». Enfin, les sujets de Sa Majesté, décidément créatifs dans le domaine de l'agitation du bocal, ont parfois « autant de noix qu'un cake aux fruits ». En vieillissant, les esprits les plus vifs finissent parfois par sucrer les fraises, tandis que, outre-Quiévrain, fidélité à la légende gastronomique oblige, ils préfèrent « saler les frites » avec option tremblote.

Au bout du compte et du rouleau, nous finirons tous par « donner un coup de pied dans le seau » à l'anglo-saxonne (kick the bucket), ou « dans la cloche » à la bulgare, par « ôter nos sabots » à la danoise, « secouer les fers à cheval » à la grecque, « boutonner la veste » à la portugaise, bref, passer l'arme à gauche. D'aucuns préféreront peut-être « donner leur pipe à Martin », comme le font les Néerlandais, la casser, comme les Français, ou « avaler leurs chaussures » comme les Tunisiens. Libre aux tempéraments verts de choisir de manger les pissenlits par la racine, ou « la pelouse » comme au Portugal, de « faire pousser des mauves » comme en Espagne, ou de « pousser les pâquerettes vers le haut » (push up daisies) à l'américaine…

6) Vertes années et colère noire

Si toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ont les honneurs des expressions idiomatiques, elles ne sont pas interchangeables : en français, on peut être vert de rage, sûrement pas de colère. De colère, on ne saurait être que rouge. On peut aussi voir rouge, bien qu'il n'existe pas de colère rouge – la colère hexagonale est noire, exclusivement.

Evidemment, il est plus agréable de voir la vie « en bleu », comme disent les Portugais quand ils la voient en rose. Il arrive aussi que les Belges soient « bleus » de quelque chose, mais alors ils en sont fous. Quand les Français ont une peur bleue, les Anglo-Saxons ont « peur à mort » (scared to death), mais quand ils se « sentent bleus » (feel blue), c'est qu'ils broient du noir. S'ils rient alors, c'est plutôt jaune – ou « vert », à l'italienne ou à la flamande, ou encore « comme un lapin » (con risa de conejo), à l'espagnole.

« Mettre quelqu'un vert », outre-Pyrénées, loin de le mettre au vert, c'est dire du mal de lui, ce qui n'est pas blanc-bleu – mais moins grave que de le « battre noir et bleu » (to beat someone black and blue) en anglais, c'est-à-dire comme plâtre, un coup à le rendre « vert autour des branchies » (green around the gills), soit blanc comme un linge. Un bleu, chez nous, quand ce n'est pas le résultat d'un marron, c'est un blanc-bec, une « corne verte », comme disent les Anglo-Saxons, donc un quidam qui a la chance d'être encore dans ses « jours salades » (salad days), ses vertes années.

Après ces années-là, les Français sont les seuls à garder parfois la main verte ; ailleurs (Québec, Royaume-Uni, Allemagne, Italie), on se contente du « pouce ». Enfin, tout ça, c'est « chou vert et vert chou », comme on dit en Belgique, « le même chien avec un autre collier », expliqueront les Espagnols, bonnet blanc et blanc bonnet. « C'est six de l'un, une demi-douzaine de l'autre » (six of one, half a dozen of the other), renchériront les Britanniques, « Moussa le pèlerin, le pèlerin Moussa », préciseront Tunisiens et Algériens, « quatre trente-sous pour une piastre », concluront les Québécois.

L'important, c'est de ne pas « être aux dures et aux mûres » en Espagne (estar a las duras y a las maduras), en « voir des cuites et des crues » en Italie (di cotte e di crude), c'est-à-dire des vertes et des pas mûres.

Quel bel accord idiomatique, voilà un « jour à lettre rouge » (red-letter day), la manière anglo-saxonne de le marquer d'une pierre blanche, « rare comme une mouche blanche », se réjouiront les Italiens, bref « un merle blanc ! », approuveront les Espagnols, prouvant par là qu'ils sont capables de ne pas « rester blancs » (quedarse blanco), ce qu'ils font quand ils restent cois.

En France, ce sont parfois les nuits qui sont blanches, ou « sur la corde à linge » au Québec, notamment quand on les passe à « peindre la ville en rouge », soit faire les quatre cents coups à la mode british, ou, moins divertissant, à travailler au noir, comme on dit à peu près partout dans le monde (Espagne, Italie, Allemagne, Pologne…), sauf justement chez les British, qui, eux, préfèrent « clair-de-luner » (to moonlight), c'est plus lumineux. Le plus agréable, ce serait quand même de passer la nuit à prendre nos désirs pour des réalités à la manière québécoise : en « rêvant en couleurs ».

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"Intelligence artificielle : une machine peut-elle ressentir de l'émotion ?"

Certains programmes savent déjà les imiter à la perfection et même influer sur nos propres émotions.

La science-fiction nous abreuve de robots autonomes, si perfectionnés qu'ils disposent d'une conscience, d'émotions et nous inspirent même de l'empathie, à l'instar des êtres humains. Mais loin de la littérature et d'Hollywood, qu'en est-il aujourd'hui dans les laboratoires du monde entier ? L'émotion, et la conscience, apparaissent comme des éléments essentiels pour fabriquer une machine à l'image de l'être humain. Mais elles font aussi partie des plus difficiles à conceptualiser.

Et c'est là que réside la plus grande difficulté : comment définir – et donc reproduire – l'émotion et la conscience ? « On ne sait pas ce que c'est que la conscience, on n'en connaît pas les fondements. On n'est donc pas capables de créer une machine consciente », tranche Jean-Gabriel Ganascia, chercheur au laboratoire d'informatique de Paris-VI et auteur de L'Intelligence artificielle. « Pour cela, il faudrait que la machine perçoive comme nous : la douleur, le plaisir… Et quand bien même, elle ne les percevra pas de la même manière que nous. »

Une analyse partagée par Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à la Sorbonne et spécialiste de l'intelligence artificielle : « La vie intérieure, on ne sait pas ce que c'est. »

A défaut d'être capables de ressentir, les machines peuvent néanmoins simuler, en apparence, des émotions et une conscience : c'est sur ce sujet que se concentrent aujourd'hui les chercheurs en intelligence artificielle ; un domaine de recherche intitulé « informatique affective ». Car finalement, « quelle est la différence entre ressentir et donner les signes extérieurs du ressenti ? », interroge Jean-Michel Besnier : « Ce sont les signaux qui comptent. En toute rigueur, votre intériorité, je ne sais pas si elle existe… Elle se manifeste à moi par des signes extérieurs. Je ne sais pas ce que c'est que de ressentir une émotion chez un autre être humain. Je peux ressentir de l'empathie, mais je peux aussi en ressentir face à un acteur, qui simule. C'est pourquoi pour ceux qui fabriquent des machines, si elles sont capables de simuler, ça suffira. »

Catherine Pelachaud, Directrice de recherche au CNRS, fabrique depuis des années des « agents conversationnels », sortes d'avatars capables de discuter avec des êtres humains. Son champ de recherche concerne plus précisément les « comportements non verbaux », soit les signes extérieurs d'émotion transmis par l'avatar. « La machine ne ressent pas, mais elle peut transmettre. Le ressenti est du domaine de l'homme, et ça doit le rester ! »

Les « agents » qu'elle élabore accompagnent leurs paroles de gestes, de mouvements de la tête ou d'expressions du visage qui les rendent plus humains. Ils sont aussi capables de réagir aux émotions transmises par leur interlocuteur. « Dans la communication, le non verbal apporte énormément, il permet de mieux se comprendre. Sans ça, ce serait comme parler à un mur. Ça permet d'oublier qu'on parle à une machine. »

Et afficher une émotion est moins simple qu'il n'y paraît. « Ça peut aller jusqu'à des micro-expressions. Il y a plusieurs types de sourires : si vous pincez les lèvres, si vous plissez les yeux, cela aura différentes significations », explique Catherine Pelachaud.

Malgré ce souci du détail, les avatars utilisés par les équipes de recherche en informatique affective ne semblent pas très réalistes. A l'heure où les entreprises d'effets spéciaux sont capables de réaliser des images de synthèses ultra-détaillées, pourquoi se contenter d'agents si schématiques ? « Contrairement au cinéma, qui a des animateurs pour peaufiner chaque expression, nos agents doivent être autonomes et réagir en temps réel », indique Catherine Pelachaud.

Mais surtout, si le réalisme est trop important, « on tombe dans la vallée de l'étrange », prévient-elle. Selon cette théorie du Japonais Masahiro Mori, les représentations très réalistes, mais toujours imparfaites, de l'homme, nous paraissent dérangeantes, voire monstrueuses. Nous serions, en revanche, beaucoup plus enclins à trouver sympathiques et à ressentir de l'empathie pour des représentations de l'humain bien plus schématiques. Un robot capable de simuler des émotions, empruntant ses traits à Albert Einstein et développé par l'entreprise (japonaise) Hanson Robotics, en est un bon exemple.

Mais les programmes développés par l'informatique affective ne se contentent pas de mimer les émotions. Ils doivent aussi être en mesure de détecter celles des humains, et de s'y adapter en temps réel. Pour cela, ils observent et analysent les expressions et les mouvements de leur interlocuteur : s'il regarde ailleurs, s'il montre qu'il n'a pas compris, s'il manifeste un désaccord. Et ce n'est pas simple. Car en plus des émotions « de base », définies par le psychologue américain Paul Ekman (tristesse, joie, peur, colère, surprise, dégoût), il existe des émotions plus complexes. Comment, par exemple, distinguer la tension de l'anxiété ? Interpréter un haussement de sourcils n'est pas non plus aisé. Veut-il dire bonjour ? Signifie-t-il la surprise ? L'emphase ?

Et en imitant l'émotion, les programmes les plus avancés sont aussi en mesure… de générer de l'émotion chez les humains. Ainsi, le projet européen Semaine , auquel participait Catherine Pelachaud, a donné des résultats surprenants. Les agents développés étaient chacun dotés d'un état émotionnel fort, comme la tristesse, la colère ou la joie. Objectif : amener leur interlocuteur, humain, vers le même état émotionnel qu'eux. « Il y a eu des interactions absolument incroyables », se souvient la chercheuse, qui a mené ces expériences il y a cinq ans. « Face à un agent dépressif, le sujet montrait de l'empathie. Parfois, l'état émotionnel du sujet changeait au milieu de la conversation. J'étais surprise qu'il y ait des interactions aussi riches, aussi naturelles. »

Malgré les avancées dans le domaine de l'informatique affective, on est encore bien loin des prédictions de Ray Kurzweil, le « pape » du transhumanisme embauché par Google en 2012. Dans un entretien au magazine américain Wired en avril 2013, il prévoit qu'en 2029, des programmes seront capables « d'intelligence émotionnelle, d'être drôles, de comprendre des blagues, d'être sexy, aimants et de comprendre l'émotion humaine. (…) C'est ce qui sépare les ordinateurs et les humains aujourd'hui. Je crois que ce fossé va se refermer d'ici 2029. »

Une vision qui exaspère le philosophe Jean-Michel Besnier : « Je suis inquiet de voir que l'intelligence artificielle impose un point de vue de plus en plus simplificateur sur l'être humain, qu'on ne peut pas réduire à ces signaux. Pour comprendre les émotions humaines, moi, je préfère me plonger dans la littérature ! »

Extraits d'un article paru dans Le Monde le 12 octobre 2015

QUESTIONS :

1. Quels nouveaux mots avez-vous appris dans cet article ?

2. Pensez-vous que les robots ont leur place dans la société ? Si oui, où, et dans quels domaines ?

3. Avez-vous déjà vu un robot dans votre travail ou ailleurs ?

4. …Mais surtout, si le réalisme est trop important, « on tombe dans la vallée de l'étrange.. Que pensez-vous de cette phrase ? Vous sentiriez-vous à l’aise devant un robot qui fait les mêmes mimiques et gestes qu’un être humain ?

5. Que pensez-vous de ce commentaire ? Etes-vous d’accord ou non ? Pourquoi :

Une vision qui exaspère le philosophe Jean-Michel Besnier : « Je suis inquiet de voir que l'intelligence artificielle impose un point de vue de plus en plus simplificateur sur l'être humain, qu'on ne peut pas réduire à ces signaux. Pour comprendre les émotions humaines, moi, je préfère me plonger dans la littérature ! »
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Le nouveau Musée du Louvre à Abu Dhabi

Un superbe diaporama publié dans L'Express sur le nouveau musée "Le Louvre Abu Dhabi" créé par un architecte français et inauguré le 8 novembre 2017 par Emmanuel Macron, qui fascine les étudiants :

Le nouveau Musée du Louvre à Abu Dhabi

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La "French girl"

Vu d’Allemagne

Le piège de la “French girl” parfaite s’est refermé sur la femme française

C’est un cliché tenace en dehors de nos frontières : la femme française serait chic, impeccable en toutes circonstances, et ce sans faire d’effort. Ce journal allemand décrypte et déconstruit un mythe envahissant.

Parmi les critères pertinents lorsque l’on souhaite comparer des pays, on peut citer leur superficie, leur population ou le nombre d’espèces d’oiseaux sauvages. L’attractivité de leurs habitants, elle, fait partie des critères débiles. Qui sont les plus beaux ? Les Allemands ou les Néerlandais ? Même Internet n’a pas la réponse à cette question. Quand on cherche à quoi ressemble le “style allemand”, Google Images n’a que des voitures à nous proposer. La beauté humaine est manifestement une catégorie des classements internationaux où les Allemands se situent hors compétition. De même que les Hollandais, les Britanniques ou toute autre nationalité d’ailleurs.

Seule exception à cette règle : la Française. Cela fait des dizaines d’années que ce cliché de femme terrorise le reste du monde sur le mode du “toujours un peu meilleure que toi”. La Française est toujours élégante et décontractée. Elle reste elle-même, libre et sans attaches, même dans ses relations au long cours. Elle est plus mince et plus féminine, et néanmoins quand on lui dit tout ça, elle se contente de secouer sa crinière pleine de nœuds et de lâcher un : “Ah bon ?” Et les Françaises sont elles-mêmes hantées par une version plus extrême encore de la Française : la Parisienne.

Car la Française est le genre de personnage auquel on n’échappe pas, même quand on fuit les magazines de mode. Elle incarne le bonheur dans tous les domaines de l’existence : tu peux tout avoir, sans effort ni conflit ; des enfants, un travail, un ventre plat et des petits déjeuners gueule de bois avec ta meilleure amie.

Facile à dire

Personnification de la Parisienne typique, Caroline de Maigret est mannequin, productrice de musique et fille de l’aristocratie. Avec trois complices, elle a coécrit How to Be Parisian Wherever You Are : Love, Style, and Bad Habits [en français : Comment être Parisienne où que vous soyez : amour, style et mauvaises habitudes]. La bonne parole de cet évangile à la gloire de la Française publié en 2014 n’a pas tardé à se répandre.

Devenu un best-seller international, le livre a toutefois inspiré une poignée de critiques selon lesquelles il serait pour le moins osé de prétendre que quiconque pourrait être aussi cool que Caroline de Maigret alors qu’elle s’obstine à bouder tout objet ressemblant à un peigne. Car quand l’intéressée se présente – comme souvent – les cheveux en bataille, les gens se disent : “Trop belle ! Même si son sèche-cheveux est manifestement hors d’usage.” Naturellement, tout le monde peut faire ce choix capillaire, mais si vous n’avez pas le visage de Caroline de Maigret, ne soyez pas étonné qu’une bonne âme fasse tomber quelques pièces dans votre tasse de café vide.

Avant cet éloge de Caroline de Maigret à elle-même, le monde de l’édition nous avait gratifiés d’un autre best-seller, Ces Françaises qui ne grossissent pas [Mireille Guiliano, chez J’ai lu], qui a – malheureusement – envahi le rayon littérature française. Et avant cela, il y avait eu Bébé made in France : les secrets de l’éducation à la française [de Pamela Druckerman, chez Flammarion], qui détaillait les astuces des mères françaises pour éduquer leurs enfants – les pères n’étant que des partenaires certes désirables mais complètement tartes. Un détail qui a son importance quand on se demande comment le mythe de la Française peut être aussi énervant et néanmoins tenace.

Car au bout du compte, ces fabuleuses descriptions de la Française mythique parlent moins de la façon dont elle s’habille et se comporte que de la manière dont elle se fond si parfaitement dans ce monde où le pouvoir et l’argent sont si fermement concentrés entre les mains des hommes. C’est comme si Paris réservait certains de ses plus beaux palais au patriarcat pour qu’il puisse y laisser ses pantoufles, des fois que l’atmosphère ne devienne par trop inconfortable ailleurs.

Ainsi retrouve-t-on la Française partout, comme un accessoire inséparable. Y compris là où on ne l’attend pas. Un texte politique par exemple. En juillet dernier, le journal Die Welt a envoyé l’écrivain Joachim Lottmann à la remise du prix franco-allemand des médias attribué à Jürgen Habermas. N’étant pas nominé, le journaliste n’avait fait le voyage que pour déblatérer à propos du philosophe. Il en est sorti un article au ton acrimonieux dans lequel Lottmann ne trouve qu’un motif de satisfaction : “Quelques jolies Françaises. […] Françoise Hardy jeune. On avait fini par oublier qu’une femme pouvait ressembler à ça, si éternellement chic.” Coup d’œil sur la photo de Lottmann : on n’avait pas oublié qu’un homme pouvait ressembler à ça.

Gala et Glamour ne diraient pas autre chose que Lottmann. Car il serait inconcevable de parler de la Française sans évoquer le “chic éternel”. Ou rappeler les sempiternelles astuces sur l’art de porter une chemise d’homme et de ne pas se maquiller comme un camion volé – à l’exception du rouge à lèvres.

Une liberté suspecte

La Française sait comment s’y prendre. Elle boit et fume, même quand elle est mère. Elle ne glousse pas à la moindre plaisanterie prononcée par l’homme assis à côté d’elle, préférant faire valoir son droit à l’ennui. Quand elle se rend au travail, c’est sûre d’elle et fière. Être française, c’est être libre et jouir. Et en célébrant ainsi la Française comme une figure d’exception, on en vient finalement à dire qu’une femme qui s’amuse autant, ce n’est pas normal.

Et le fait est que ça n’est pas la normalité. Pas même pour les Françaises. Car au bout du compte, c’est seule que la Française doit décider si elle veut ou non laisser son enfant de 3 mois à la crèche. Les pères n’ont droit qu’à onze jours de congé parental. La Française est peut-être rayonnante la journée, mais le soir, c’est elle qui dresse la liste des choses à faire, va étendre le linge et réchauffer des restes pour le repas.

D’après les chiffres de l’Institut national de la statistique [Insee], ce sont essentiellement les femmes qui consacrent leur temps au ménage (64 %) ou aux enfants (71 %). Et les plaidoyers pour la maternité à la française le savent très bien. Dans Bébé made in France, Pamela Druckermann ne dit pas seulement que ses amies parisiennes sont mieux habillées qu’elle, mais aussi comment elles en viennent à accepter l’inaptitude de leur compagnon concernant les tâches domestiques.
En contrepartie, les hommes applaudissent la capacité des femmes à “faire tourner la maison”. Et ces louanges semblent rendre l’inégalité plus supportable. Pour les Parisiennes que je connais, l’égalité entre hommes et femmes n’est simplement pas un critère.

Pour rappel, la France est le pays qui nous a donné des femmes de la trempe d’Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et Simone Veil. La première a tenté d’expliquer aux chefs révolutionnaires comme Robespierre le non-sens que représentait l’octroi de libertés fondamentales à une moitié seulement du genre humain. La deuxième a si bien disséqué le statu quo du patriarcat que tout le monde a voulu lire le résultat. Et la troisième a rendu l’avortement légal pour ses concitoyennes en 1975.

Ces trois femmes ne se sont pas battues pour l’émancipation des femmes en se demandant pourquoi leur voisine réussissait tout mieux qu’elles. Elles ont fait comprendre que les relations hommes-femmes devaient fondamentalement évoluer et que la liberté n’était pas une affaire de sexe. La Française icône de mode prêche autre chose : sois libre, tant que ça ne dérange personne. La femme ne change pas le monde, elle se change elle-même pour rendre le monde un peu plus beau.

Un mythe encouragé par les Françaises ?

Et ce n’est pas comme si elles n’étaient pas encouragées par le reste du monde à jouer les gravures de mode. La marinière est tellement parfaite avec un livre assorti, pour faire du clic sur Instagram ou dans une publicité pour un parfum, des bas ou des gâteaux. Ce culte de la Française nous vient d’abord des États-Unis. Dans Midnight in Paris, Woody Allen en faisait une ronde sentimentale, mais sur les blogs de mode comme Refinery29, pas une semaine ne passe sans un article vous révélant toutes les astuces pour être une “French girl”. Et les Français cultivent cette obsession avec un mélange de condescendance (“évidemment qu’on est plus cultivés que les Américains”) et d’opportunisme mercantile (“Catherine Deneuve s’est assise sur cette chaise, 7 euros le café, s’il vous plaît”).

Toutes les Françaises n’ont pas la présence d’esprit d’une Charlotte Gainsbourg qui, interrogée pour la énième fois sur le secret des femmes françaises, répond simplement qu’il n’y en a pas. Et l’actrice d’expliquer au Wall Street Journal qu’elle ne change de pull que quand celui-ci commence à puer. À ce niveau, elle aurait aussi bien pu dire qu’elle se frottait des poils de souris sous les aisselles en guise de déodorant, elle n’en serait pas moins “so French”.

Alors que faire quand, à force de persévérance, on parvient à s’ôter ce cliché de la tête, puis que l’on va à Paris et que toutes les terrasses débordent de gens à la beauté insolente ? Réponse : s’en réjouir, les admirer et les observer de plus près. La Française typique était blanche, fragile et issue d’une bonne famille. Elle a bien dû faire de la place en terrasse pour ses sœurs du monde entier.

Aujourd’hui à Paris, nul ne porte les marques de créateurs français avec plus de dévotion que les touristes chinois. La Française au teint pâle, elle, arbore des vestes en wax et motifs africains de Maison Château Rouge, une marque parisienne branchée. Les enfants des immigrés sénégalais, camerounais et maliens ne se retrouvent pas qu’en équipe de France de football. Ils font désormais la mode et les couvertures de Vogue Paris. Même dans le domaine de la musique, la figure de la chanteuse fragile, façon Vanessa Paradis jeune, a cédé la place à une Héloïse Letissier, la chanteuse à l’allure athlétique et androgyne de Christine and the Queens (aujourd’hui Chris) qui remplit les stades de Londres à Los Angeles.

Alors qu’il était à la recherche de thèmes porteurs pour sa future campagne, le candidat Macron avait demandé à ses compatriotes ce qu’ils attendaient de leur président : qu’il lutte avec plus de détermination pour l’égalité hommes-femmes, avaient-ils répondu. Macron est-il sincère quand il se dit féministe ? La question n’est pas là. Une chose est sûre cependant, il n’existe aucun pays au monde où les femmes se disent : d’accord, mon collègue masculin gagne 25 % de plus que moi, mais au moins il me trouve sexy. Pas plus qu’il n’existe de pays où les enfants ne font jamais de caprice, où les gens ne grossissent pas et où tout le monde porte des vêtements parfaitement taillés. La Française est morte, vive les Françaises.

Nadia Pantel, Süddeutsche Zeitung, publié dans Courrier international du 18 décembre 2018

Quelques questions que vous pouvez poser pour vos étudiants :

1. Quels sont les nouveaux mots que vous avez appris dans cet article ?
2. Avant de lire cet article, quelle image aviez-vous de la femme française ?
3. Quel est le cliché de la femme française ?
4. Quelle est la réalité ?
5. Etes-vous surpris par certains aspects décrits dans l’article ?
6. Selon vous, quelles sont les différences marquantes entre une Américaine et une Française ? Et comment est-ce qu’elles se ressemblent ?
7. Qui sont les personnages suivants :  Simone de Beauvoir ; Simone Veil ; Françoise Hardy et Charlotte Gainsbourg ?
8. Que pensez-vous de ce dernier commentaire ? :
Macron est-il sincère quand il se dit féministe ? La question n’est pas là. Une chose est sûre cependant, il n’existe aucun pays au monde où les femmes se disent : d’accord, mon collègue masculin gagne 25 % de plus que moi, mais au moins il me trouve sexy. Pas plus qu’il n’existe de pays où les enfants ne font jamais de caprice, où les gens ne grossissent pas et où tout le monde porte des vêtements parfaitement taillés. La Française est morte, vive les Françaises.

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Interview Boris Cyrulnik sur les jeunes et les adultes

Boris Cyrulnik : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

Ne pas se précipiter, rêver, voyager… C’est ce que préconise le psychiatre Boris Cyrulnik, interrogé à l’occasion d’O21, des événements du « Monde » pour aider les jeunes à trouver leur orientation.

Le psychiatre Boris Cyrulnik est l’auteur notamment d’Un merveilleux malheur (1999) et d’Ivres Paradis, bonheurs ­héroïques (2016), tous deux parus chez Odile Jacob. Entretien utile à lire ou à relire à l’heure où de nombreux jeunes lycéens et étudiants sont amenés à faire des choix d’orientation.

Nombre de jeunes se sentent sous pression pour trouver leur voie. Comment les aider ?

Le problème est que l’on fait sprinter nos jeunes, et ces jeunes, en sprintant, se cassent souvent la figure. Après le bac, ils s’orientent trop vite, alors qu’ils ne sont pas encore motivés. Ils s’inscrivent dans n’importe quelle fac, et la moitié d’entre eux vont échouer. Ils vont alors être humiliés, malheureux, à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler. Le risque est, alors, qu’ils se désengagent, surtout les garçons, qui décrochent plus que les filles.

Or, ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.

Que préconisez-vous ?

L’espérance de vie a follement augmenté. Une petite fille qui arrive au monde aujourd’hui a de forte chance d’être centenaire. Alors si, après son bac, elle perd un an ou deux, qu’est-ce que ça peut faire ? Ces deux années-là, justement, certains pays, en Europe du Nord par exemple, ont décidé d’en faire une période sabbatique. Ils ont institué un rite de passage moderne. Les jeunes partent à l’étranger, ils ne sont pas abandonnés mais autonomes. Quand ils reviennent, ils ont appris une langue, ont eu des expériences et ont réfléchi à leur choix de vie. Ils s’inscrivent alors dans des cursus et apprennent un métier. Il y a très peu d’échecs, alors qu’il y en a énormément pour ceux qui se précipitent vers les universités.

Cette approche existait d’ailleurs en France pour les garçons : au XIXe siècle, ceux-ci partaient faire le tour de la France, les plus ­petits en groupe de deux ou trois, avec un ­bâton et un baluchon à l’épaule, pour aller chercher des stages.

Seuls 44 % des diplômés de grandes ­écoles veulent travailler dans une grande entreprise. Pourquoi ce rejet ?

A l’époque où le travail apportait la certitude, on acceptait l’ennui, la contrainte, on acceptait même la soumission à une hiérarchie. Il fallait avoir un travail, quel que soit le travail. Toutes les sociétés se sont construites dans la violence : violence des frontières, des guerres… Dans un contexte chaotique, l’entreprise a pu être le lieu de la sécurité et du sens, c’était la direction de vie que l’on prenait. Un lieu où l’on était étayé par les autres, par les lois, ce qui était une véritable évolution par rapport au système protecteur de l’aristocratie ou des mines, par exemple.

Quand une rue est dangereuse, une personne va se sentir bien chez elle, mais quand la rue est une fête, cette même personne va s’y ennuyer. Le même raisonnement s’applique à l’entreprise. Quand la société est dangereuse, je suis bien dans l’entreprise. Quand j’ai milité pour faire que la société soit moins dangereuse, j’ai envie de tenter mon aventure personnelle ailleurs.

Aujourd’hui, alors que la personnalité des jeunes s’épanouit – pour les garçons et encore plus pour les filles avec cette révolution culturelle ­féminine stupéfiante en deux générations –, l’entreprise devient une contrainte. Ces jeunes n’acceptent plus la soumission, la répression qu’impose la vie dans ces organisations.

Certains jeunes hésitent entre un chemin balisé et un autre, plus « fun » mais plus ­risqué. Faut-il forcément choisir ?

Je pense qu’on n’a pas le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre, les deux sont associés. Un jeune qui se précipite dans le plaisir va payer ensuite le prix de cette satisfaction immédiate.

Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre.

Quant à la notion de prise de risque, elle varie avec l’âge : si elle constitue un danger aussi bien pour les enfants, avant l’adolescence, que plus tard, quand on arrive à un âge avancé, entre ces deux moments de la vie, c’est l’absence de prise de risque qui est un danger. Car comment, autrement, donner un sens à son existence ?

Pas simple pour les jeunes de faire des choix si, comme on l’annonce, 65 % des métiers de demain n’existent pas encore…

C’est vrai, on ne sait pas ce qui nous attend. Dans ma génération, nous n’avions pas beaucoup de choix. Les conditions matérielles étaient très difficiles, mais les conditions psychologiques étaient, elles, beaucoup plus simples. Moi, je savais que, si je travaillais, je deviendrais un homme libre. Donc, si j’étudiais, si ­j’apprenais, j’aurais la totale sécurité. On ne peut plus dire ça aujourd’hui.

Quand j’étais gamin, le message était clair : « Fais comme papa. » Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père. Ils n’ont plus cette étoile du berger qui était pour nous à la fois une orientation et une contrainte. Soit elle nous convenait, et c’était magnifique. Soit elle nous déplaisait et, dans ce cas-là, on pouvait toujours se dire que c’était « la faute de papa ».

Désormais, les jeunes ont toutes les libertés. C’est angoissant, car ils deviennent coauteurs de leur destin. Cela les oblige à faire preuve de créativité. Il y a là une véritable révolution ­culturelle !

Et vous, comment avez-vous eu le déclic pour devenir psychiatre ?

J’ai été très tôt atteint d’une délicieuse maladie : la rage de comprendre. Cela s’explique par mon histoire et mon appartenance à la génération d’avant-guerre. Je suis né en 1937. Ma ­famille a disparu à Auschwitz. J’ai moi-même été arrêté quand j’avais 6 ans et demi, et j’ai réussi à m’évader. Cela m’a amené très jeune à me demander comment il était possible que toute une partie de la population veuille en assassiner une autre. Cela me paraissait fou, ­incompréhensible. Je ne pouvais me sentir bien que si je cherchais à comprendre.

Il n’y a donc pas eu un déclic, mais mille pressions, mille déclics qui m’ont gouverné depuis mon enfance. Le désir de comprendre, de rencontrer, m’a orienté vers la médecine et la psychologie. J’ai été gouverné un petit peu comme quand on est jeté dans un torrent. On met la main, on baisse la tête, on coule, on ressort.

Laure Belot, Le Monde du 28 janvier 2019

Questions :

- Quels nouveaux mots avez-vous découvert en lisant l’article ?
- Quelle est la signification de ‘Or’ dans le 2ème paragraphe de la première question ?
- Quelle est la signification de "quel que soit le travail" (situé dans la 2ème phrase de la question "Seuls 44 % des diplômés de grandes ­écoles…" ?
- Pourquoi est-ce que les jeunes sont moins motivés qu’avant de travailler pour une grande entreprise ?
- Pourquoi est-ce que Boris Cyrulnik encourage de prendre une année sabbatique après la fac ?
- Dans votre pays, est-ce une habitude normale de prendre une période sabbatique après la fac ?
- Pourquoi est que Boris a écrit "Désormais, les jeunes ont toutes les libertés. C’est angoissant..." pourquoi "angoissant" ?
- Que pensez-vous de l’idée de prendre une période sabbatique après la fac ?
 - Et vous, est-ce que votre famille vous a dit aussi de "faire comme papa" ?

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Interview Alain Rey, rédacteur en chef des dictionnaiers Petit Robert

Alain Rey : « L’hostilité au père a été quelque chose de fondamental »

Lexicologue, rédacteur en chef des publications des éditions Le Robert, ancien chroniqueur sur France Inter, Alain Rey continue, à 91 ans, d’enrichir le Dictionnaire historique de la langue française.

Je ne serais pas arrivé là si…

Si je n’avais pas eu beaucoup de chance dans mon enfance entre une mère exagérément affectueuse, qui me lisait beaucoup d’histoires, et un père qui, tout en étant polytechnicien, était très musicien, chanteur et bibliophile. J’ai été bercé par Bach et Schubert dès ma plus tendre enfance. Et je ne serais pas arrivé là si je n’avais pas passé des vacances d’été à La Bourboule en Auvergne. Il pleuvait souvent, alors je lisais énormément, notamment des bandes dessinées.

Quels souvenirs remontent lorsque vous pensez à votre enfance ?

Mon enfance a été pas mal bousculée par la guerre et une longue absence de mon père, coincé en Iran où il dirigeait des travaux. Mais ça ne m’a pas traumatisé car les gens qui comptaient le plus dans ma vie, c’étaient des femmes : ma mère, mes deux sœurs et deux grands-mères, l’une qui était comme une copine et l’autre, sévère, habillée de noir, modèle d’énergie. Elle avait eu dix-sept enfants – quatorze en vie – et, après la mort de son mari, dirigeait la brasserie familiale. Et puis j’avais une série d’oncles et de tantes religieux : deux chartreux, un capucin, une « sœur blanche » et une clarisse.

Quelle influence cela a-t-il eue sur vous ?

J’étais un enfant catholique surveillé comme tel. J’ai joué le jeu jusqu’à 14 ans. Puis j’ai eu l’impression que ce régime-là était uniquement fait pour gêner, empêcher, interdire. J’avais le sentiment d’une extraordinaire comédie. Je me suis révolté passivement : je ne communiais plus et je ne suis plus allé à l’église.

Aviez-vous déjà un amour des mots ?

Ah oui, cela, c’est de tout temps ! Mes lectures, mon goût pour le vocabulaire, me prenaient beaucoup. A l’école, je dessinais des espèces de schémas en écrivant, par exemple, toutes les parties d’un bateau – les cacatois, les artimons n’avaient aucun secret pour moi ! – juste pour le plaisir des mots. Cela me titillait mais je ne savais pas du tout que ça pouvait être un métier. Tout m’intéressait, même les noms propres. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai découvert que l’écrivain dont je lisais le nom avec peine et que je prononçais « Chaquespire » n’était autre que le Shakespeare dont parlaient mes parents quand ils allaient au théâtre ! Ça a été une révélation ! Si c’était comme ça pour un nom, qu’est-ce que ça devait être pour l’ensemble !

Donc une enfance heureuse malgré la guerre ?

Mais avec un côté noir chez mon père, qui était d’extrême droite au début – il a évolué après –, et passablement antisémite. Ça a servi à ma prise de conscience personnelle. A La Bourboule, pendant l’Occupation, j’ai eu un premier choc sur les préventions insupportables de mon père contre certaines personnes. Il y avait pas mal de réfugiés. Presque tous mes profs de cette époque étaient d’Europe centrale. J’ai découvert une culture et des gens adorables.

Et contrairement à votre père, vous avez choisi de faire des études littéraires…

Cela lui aurait fait plaisir que je me lance dans des études scientifiques. Mais je ne voulais pas obéir bêtement à des lois extérieures. J’ai fait une année d’hypokhâgne qui m’a beaucoup apporté, avec un prof de littérature qui nous a fait découvrir Henri Michaux, qui reste l’un de mes poètes favoris ; puis plusieurs certificats de licence, et Sciences Po qui m’a essentiellement servi à jouer au poker ! J’ai raté l’examen de sortie parce qu’on m’a posé des questions sur des trucs fiscaux… Je n’ai pas le diplôme !

Quand j’ai arrêté mes études, il y a eu un « je ne serais pas arrivé là si » important : mon service militaire. Il n’a duré qu’un an, mais fut intense. Après mon certificat de licence en histoire de l’art – qui m’a passionné – je me suis retrouvé tout à fait par hasard sur un bateau avec des tirailleurs tunisiens. Tout d’un coup, un univers inconnu me tombait sur la gueule et, une fois arrivé en Tunisie, j’ai eu une prise de conscience des vrais problèmes : les limites de la présence française, l’inconvénient de porter une chéchia qui faisait que les Français de Sousse, où j’étais cantonné, me traitaient avec mépris. Tout cela, croisé avec la découverte de la revue Les Temps modernes et l’influence de Sartre, très importante pour moi, m’a fait les pieds solidement et rapidement.

Au retour du service militaire, votre vie va basculer…

Une offre d’emploi dans Le Monde va tout changer. Une tante un peu folâtre me montre une annonce : « Recherche des collaborateurs pour des travaux paralittéraires. » Je ne savais pas du tout ce que c’était ! J’ai candidaté. J’ai rencontré à Paris le cousin du lexicographe Paul Robert [1910-1980, le fondateur des éditions Le Robert] qui m’a expliqué qu’il s’agissait de faire un dictionnaire et m’a proposé de faire un essai. Je n’aimais pas les dictionnaires, ça m’emmerdait, je trouvais cela figé ! C’était la première fois de ma vie que j’ouvrais Le Littré et que je m’essayais à faire un article de dictionnaire ! J’avais choisi le mot « autel » . Un jour je reçois une lettre de Paul Robert : « Votre essai m’a convaincu, je vous attends. »

Ce nouveau travail vous a-t-il tout de suite plu ?

Oui, j’ai trouvé ça extraordinaire, fascinant. Passer des Antilles à l’antimoine, ça me plaisait ! Il y avait quelque chose à faire qui me paraissait essentiel mais je ne savais pas trop quoi. Est-ce que les mots révélaient quelque chose de la société ou pas ? Est-ce que la littérature contemporaine méritait d’y figurer ? Paul Robert acceptait presque tout. C’était une éponge. De l’intérieur, on pouvait changer ce livre et en faire quelque chose d’acceptable. A chaque sortie de fascicule, on se jetait dessus pour retrouver ce qu’on avait fait, avec une frustration grandissante car Paul Robert s’arrogeait toute la responsabilité. Les collaborateurs n’étaient même pas mentionnés.

Quel est le meilleur mot pour définir votre métier ?

Lexicologue, je veux bien. J’aurais voulu être linguiste. Je ne le suis pas. J’en ai fait beaucoup mais j’ai appris tout seul, sur le tas, grâce à des lectures et des rencontres avec des universitaires tels que Jean Dubois, maître à penser des éditions Larousse, et Pierre Guiraud, grand étymologiste.

Pourquoi est-ce vous qui passez aux commandes du Robert ?

Je travaillais vite et tout le temps. Paul Robert n’avait pas vu ni prévu que je lui pétais sa baraque. Je faisais autre chose que ce qu’il avait voulu au départ. Cela s’est réalisé quand nous avons fait Le Petit Robert avec Josette Rey-Debove (ma première épouse) et le normalien Henri Cottez. Un bon dictionnaire est obligé de tenir compte des usages les plus marginaux de la langue, y compris de la poésie. Progressivement, nous comprenons que décrire correctement les mots, c’est décrire une époque, une manière de penser. Je me suis toujours intéressé à la dimension sociale et politique des mots parce que le côté formel de la linguistique ou de la philologie ne me satisfait pas. On ne peut pas faire de l’histoire sans faire de l’histoire lexicale.

Vous êtes devenu un lexicographe connu grâce à vos chroniques dans la matinale de France Inter de 1993 à 2006. Comment êtes-vous arrivé à la radio ?

Encore un « si » important ! C’est grâce à Ivan Levaï, alors directeur de l’information. Après une série d’émissions de Claude Villers, qui m’avait invité lors de la première édition de mon Dictionnaire historique, il me contacte : « Vous avez une bonne voix et, pour la rentrée, j’aimerais une chronique sur le bien parler, le “dites ça, ne dites pas ça”. » Je lui réponds : « Navré, ça ne m’intéresse pas du tout. En revanche, je veux bien essayer une chronique sur le contenu des mots et l’impact qu’ils ont sur la société. » Il me dit oui.

Pendant ces treize années, avez-vous eu carte blanche ?

Complètement. En général, je prenais un mot qui résonnait par rapport à l’invité. Une couleur politique se dégageait de mes chroniques, essentiellement pendant la guerre d’Irak avec tous les euphémismes de la guerre comme « les dégâts collatéraux ». Je recevais beaucoup de courriers, 90 % de félicitations et 10 % d’engueulades : « Gardez pour vous vos étymologies mais surtout vos idées politiques ! »

Avec Ivan Levaï, puis Jean-Marie Cavada à la direction, cela s’est très bien passé. Ça a commencé à coincer avec Jean-Paul Cluzel [président de Radio France de 2004 à 2009]. Il ne m’aimait pas. J’ai été vidé pour des raisons de jeunisme et de politique. J’ai choisi le mot « salut » pour ma dernière chronique. C’était très émouvant.

Dans votre carrière d’historien des mots, quels ont été les meilleurs moments ?

Quand les livres sortent, j’adore ça ! J’éprouve une jalousie féroce pour les poètes, les écrivains. J’aurais préféré être écrivain mais une certaine retenue m’en a empêché. Mon auteur français favori, c’est Rabelais : création absolue, liberté totale, capacité à cacher une philosophie derrière des conneries enfantines, mélange de la narrativité et de la liste. C’est un grand lexicographe, Rabelais.

Et chez nos contemporains ?
Je suis très très réservé. Je m’ennuie, les bouquins me tombent des mains. Je ne trouve pas de style. Le dernier grand écrivain qu’on a eu, c’est probablement Jean Genet. A la fois poète, romancier, inventif, styliste. Je n’arrive pas à accrocher à Houellebecq, il m’emmerde.

Continuez-vous à travailler ?

Je ne fais que ça. C’est un plaisir. Ce goût des mots ne m’a jamais quitté, c’est même insupportable pour l’entourage ! Mais parler des mots, c’est parler de tout et ça élargit les perspectives. Je n’ai pas de lassitude parce que j’en trouve tous les jours. Actuellement, je fais des recherches grâce à Gallica, le site très précieux de la BNF. Mais parfois, j’en ai marre parce qu’il y en a trop. C’est le rocher de Sisyphe ! Je suis toujours curieux mais je n’ai pas vraiment l’impression d’être en phase avec l’époque car je suis très négatif.

Sur quoi ?

Sur tout. Sur l’avenir de l’humanité. Franchement, c’est gravissime. Je pense qu’il n’y a pas de progrès sans catastrophe. Si on prend les choses dans leur dimension historique, le virage du numérique est aussi important que l’apparition de l’écriture. Or, l’apparition de l’écriture a été un immense progrès et en même temps une catastrophe. En Afrique, des civilisations pleurent de ne plus être des civilisations orales. Avec le numérique, je ne vois que des catastrophes : la fin de la lecture, l’imbécillité programmée, l’infantilisme.

Aujourd’hui, le développement individuel est compromis et le développement collectif est condamné. Tous les efforts pour protéger le climat sont à un niveau de dérision qui devrait faire rire. C’est ridicule de croire qu’en jetant nos pots en plastique on va changer le monde. Tout ça ne peut se régler qu’à l’échelle mondiale, or les Etats-Unis et la Chine s’en moquent. Mais je suis un pessimiste gai, car être triste ne changera rien.

Sandrine Blanchard, Le Monde du 8 septembre 2019

Questions :

- Quels nouveaux mots avez-vous découvert dans cet article ?
- Connaissiez-vous le Petit Robert ? L’avez-vous déjà utilisé?
- Qui est Alain Rey ?
- Alain Rey a dit qu’il lisait énormément de bandes dessinées ? E vous ? Quand vous étiez jeune, lisiez-vous des bandes dessinées ? Lesquelles ?
- Une des grand-mères d’Alain Rey a eu 14 enfants ! Connaissez-vous une famille très nombreuse ? Et vous, avez-vous des frères et des sœurs ? Décrivez-les.
- Comment décririez-vous la personnalité d’Alain Rey ?
- Comment était la relation entre Alain Rey et son père ?
- Qu’est-ce que ça veut dire "péter sa baraque" ?
- Qu’est-ce qu’Alain Rey a apporté de nouveau au dictionnaire ?
- Alain Rey a travaillé comme lexicologue au Petit Robert mais en parallèle ou a-t-il également travaillé pendant 13 ans ?
- Quelle autre profession Alain Rey aurait aimé faire ?
- Quel type de littérature l’enthousiasme ? Et quels types de livres l’ennuient ?
- Alain Rey a dit "Je suis toujours curieux mais je n'ai pas vraiment l'impression d'être en phase avec l'époque car je suis très négatif." Il est négatif sur quoi ? Etes-vous d'accord avec cette idée ?

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Gluten, lactose, vegan : Quand les chefs font avec le "sans"

Gluten, lactose, végan… Quand les chefs font avec le « sans »

Longtemps relégués en bout de table, les adeptes des régimes alimentaires spéciaux sont de plus en plus nombreux. Obligeant les restaurants à redoubler de créativité sur leur carte.

Une table, six convives, et autant de possibilités. C’est devenu un grand classique : au lieu d’enregistrer la commande, un steak tartare, un lieu jaune et c’est parti, le serveur passe un quart d’heure à détailler chaque plat à la demande sourcilleuse des clients. Sans gluten, sans viande, sans lactose, végan, pescetarien, crudivore… De plus en plus variées, les identités alimentaires s’affirment à la lecture des menus, contraignant les chefs à jongler avec les ingrédients pour satisfaire tout le monde.

« Nos assiettes sont de plus en plus individualistes, confirme Nathalie Damery, présidente de l’Observatoire société et consommation (Obsoco). Même les cuisiniers français, pas forcément réputés pour leur souplesse, ont été obligés de s’adapter. » La plupart optent pour une carte mixte, associant plats spéciaux et omnivores. En septembre, le Danois Andreas Møller a ajouté à la carte du Copenhague, sur les Champs-Elysées, un menu dégustation végétarien dont aucun plat n’est commun à son pendant carnivore. « C’était important pour moi d’élaborer une proposition aussi complète et gourmande, confie-t-il. Ce menu est au même prix que l’autre, car ce n’est pas une option au rabais. »

Longtemps, les végétariens ont été considérés comme des gastronomes de seconde zone, contraints de se rabattre sur les rares (et souvent décevantes) salades. Une négligence à l’origine du succès des restaurants végétariens, dont l’offre a explosé au début de la décennie. « Ces restaurants “100 %” ont moins de raison d’être maintenant que les chefs font évoluer leur carte pour ne pas diviser les gens en familles de goûts », nuance le fondateur du Fooding Alexandre Cammas.

Ainsi, outre les traditionnelles pâtes à base de farine de blé, la trattoria Biglove Caffè ne propose que des pizzas sans gluten. « Tout le monde a le droit de profiter d’une bonne pizza », estime Victor Lugger, l’un des cofondateurs. Après plusieurs semaines de recherche, l’équipe a trouvé le « mix idéal » entre trois farines (maïs, sarrasin et riz). Résultat : on n’y voit que du feu. « On n’aurait pas développé cette offre si le produit ne tenait pas la route. Par exemple, on a voulu créer une brioche sans gluten pour le brunch. Ça ne rendait pas bien, on a laissé tomber. » La mention « sans gluten » est précisée en toutes lettres dans l’intitulé des plats. Facile, quand le choix se limite à des propositions « avec » ou « sans ».

« Nous ne voulons pas labelliser les plats »

Au Camélia (l’une des tables de l’hôtel le Mandarin Oriental), la carte œcuménique de Thierry Marx joue avec les lettres V, G, L et N (végétarien, sans gluten, sans lactose et présence de noix). Le meilleur score est enregistré par « Les légumes d’automne de Christophe Latour », avec un total de quatre lettres. D’autres chefs choisissent de ne pas, ou peu, communiquer sur le sujet. Ce n’est écrit nulle part, mais chez Mr. T, nouveau restaurant ouvert dans le Marais, les « Mr Tacos » (farine de maïs, ananas caramélisé, épinard sauté et cumin) et la salade de betteraves, framboises et gorgonzola conviennent aux intolérants au gluten et aux végétaliens. « Nous ne voulons pas labelliser les plats, précise Enguerrand Cantegrel, en salle. Pour ceux qui ont des restrictions, ce n’est pas très agréable. Quant à ceux qui mangent de tout, ils risqueraient de ne plus avoir envie de les commander. »

Chez Elements, sur la côte basque (prix Fooding 2018 de la meilleure table), un panneau informe le client que les produits sont sourcés à 90 %, et que la cuisine est sans gluten, sans lactose et sans sucre. « On n’est pas répertoriés dans les tables “sans” et on ne souhaite pas l’être. On ne le fait pas pour coller à une tendance, mais parce que ça a du sens », affirme Anthony Orjollet. En intégrant ces contraintes, ce chef a réalisé combien sa cuisine était « formatée ». « Et puis, à un moment, la créativité a explosé. »

Même constat au Couvent des Minimes, à Mane (Alpes-de-Haute-Provence), où Jérôme Roy teste des graisses végétales et invente des sauces sans lactose. « Ces nouvelles pratiques alimentaires nous forcent à être inventifs, pour pouvoir anticiper les desiderata des clients. » Ses dernières créations ? Un financier aux herbes à base de farine de riz et un velouté de potimarron au lait d’amande. La contrainte a du bon.

Raphaëlle Elkrief, Le Monde du 15 décembre 2018

Carnet d’adresses

Copenhague
142, av. des Champs-Elysées, Paris 8e. Tél. : 01-44-13-86-26. 
www.restaurant-copenhague-paris.fr

Biglove Caffè
30, rue Debelleyme, Paris 3e. Tél. : 01-42-71-43-62. 
www.bigmammagroup.com

Camélia
251, rue Saint-Honoré, Paris 1er. Tél. : 01-70-98-74-00. 
www.mandarinoriental.fr/paris

Mr. T
38, rue de Saintonge, Paris 3e. Tél. : 01-42-71-15-34.

Elements
1247, av. de Bayonne, Bidart. Tél. : 09-86-38-08-51. 
www.restaurant-elements.com

Le Couvent des Minimes
Chemin des Jeux-de-Maï, Mane. Tél. : 04-92-74-77-77. 
www.couventdesminimes-hotelspa.com

Questions :

1. Ecrivez svp les mots qui sont nouveaux pour vous dans cet article et trouvez la définition de chacun : _________________
2. Le journaliste a écrit "les cuisiniers ne sont pas réputés pour leur souplesse". Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà demandé pour quelque chose de spécial dans un restaurant en France?
3. Qu’est-ce que ça veut dire "on n'y voit que du feu" ?
4. Qu’est-ce que cette phrase veut dire: "On n’aurait pas développé cette offre si le produit ne tenait pas la route" ?
5.Est-ce que vous avez déjà mangé une pizza sans gluten ? Qu’en avez-vous pensé ?
6.Qu’est-ce que le titre "Les chefs font avec le sans" veut dire ?

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Océanix, projet d'île flottante

Océanix, un projet de ville flottante pour accueillir les réfugiés climatiques au large de New York

Elle serait essentiellement constituée de groupes de plates-formes hexagonales, ancrées au fond de la mer, pouvant accueillir chacune environ 300 personnes. 

Le projet semble tout droit sorti d'un livre de science-fiction mais il est bien réel. ONU-Habitat, qui œuvre au développement urbain durable, va faire équipe avec la société privée Oceanix, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et le club Explorers, une société professionnelle promouvant l'exploration scientifique dans le monde entier, pour concevoir des villes flottantes. Objectif : accueillir les populations menacées par les inondations provoquées par le réchauffement climatique. 

Alors que 90% des plus grandes villes du monde sont exposées à ces risques de submersion du fait de la fonte des glaciers et de la montée des mers, ces plates-formes modulaires ancrées au fond de la mer pourraient être reliées entre elles pour héberger les communautés riveraines des océans, comme l'ont expliqué les acteurs de ce projet inédit.

Une communauté de 10 000 habitants

"Les villes flottantes sont l'une des solutions possibles", a déclaré la directrice exécutive d'ONU-Habitat, Maimunah Mohd Sharif. Le partenariat prévoit de construire dans les prochains mois un prototype ouvert au public, qui serait amarré à l'East River, à New York, aux Etats-Unis.
Ce prototype, baptisé "Oceanix City" et conçu par le cabinet d'architecte danois Bjarke Ingels, serait essentiellement constitué de groupes de plates-formes hexagonales, ancrées au fond de la mer, pouvant accueillir chacune environ 300 personnes, créant ainsi une communauté de 10 000 habitants. Les cages situées sous la ville pourraient récolter des coquilles Saint-Jacques, du varech ou d'autres fruits de mer.

Des villes flottantes autosuffisantes

Selon Marc Collins Chen, directeur général d'Oceanix, la technologie permettant de construire de grandes infrastructures flottantes ou des logements existe déjà. "Il existe des milliers de maisons de ce type aux Pays-Bas et dans d'autres communautés du monde. C'est maintenant une question d'échelle et de création de systèmes et de communautés intégrés"explique-t-il à la BBC. Ce concept a suscité des recherches de pointe en matière de gestion de l'eau, d'ingénierie des océans et d'agriculture susceptibles de donner naissance à des villes autosuffisantes et protégées des intempéries, telles que les tempêtes.

L'une des difficultés majeures, pour que ce projet puisse voir le jour, est le manque de financement. "[Ceux] qui financent les infrastructures ont tendance à être très conservateurs", indique auprès de la chaîne britannique Steve Lewis, fondateur de Living PlanIT, un groupe axé sur de nouvelles approches de la planification et du développement urbains. 
Certains soulignent également que ces villes flottantes pourraient détourner l'attention de la question des causes profondes du changement climatique et seraient réservées aux très riches, telles que les villas flottantes actuellement vendues au large de Dubaï. 

France Info, 8 avril 2019

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Japon : des animaux au bureau pour apaiser les employés

Les animaux envahissent les entreprises nippones pour relaxer les employés.

Certes les employés Japonais ont des journées harassantes et interminables et également des relations hiérarchiques parfois stressantes. Mais ils ont aussi une chose que d'autres n'ont pas : un matou qui ronronne à côté de l'écran d'ordinateur. C'est notamment le cas à Tokyo dans l'entreprise informatique Ferray où neuf félins sautent sur les genoux des employés, pianotent de leurs délicats coussinets sur les claviers et dorment et mangent en toute liberté. Hidenobu Fukuda, qui dirige cette société, a introduit sa politique de "chats au bureau" en 2000 à la demande d'un de ses collaborateurs. Depuis, les salariés qui le souhaitent peuvent venir au travail avec leur matou. "Je donne aussi 5.000 yens (40 euros) par mois à qui sauve un chat", ajoute-t-il.

Chats, chiens et chèvres pour apaiser les employés

Ferray n'est pas la seule entreprise Japonaise à se laisser tenter par les animaux pour réduire l'anxiété de ses salariés. Par exemple chez Oracle Japan, un bobtail (chien de berger avec un poil hirsute) nommé Candy s'est vu donner le titre d'"ambassadeur" chargé d'accueillir les hôtes et d'apaiser le personnel, peut-on lire sur le site Internet. Comme il est possible de le voir sur son compte Twitter, Candy s'essaye même aux réseaux sociaux. Il semble en effet fort probable qu'il soit l'auteur de quelques publications plus ou moins compréhensibles... L'animal possède également un compte Instagram. 
De son côté, la firme de ressources humaines et de recrutement Pasona Group a "embauché" à plein temps deux chèvres en 2011 et deux alpagas en 2013, en partie à des fins thérapeutiques. Et tous les employés peuvent poursuivre leur "thérapie" le midi ou en sortant du travail : en effet, Tokyo a une soixantaine de cafés à chats officiellement reconnus où les félins naviguent parmi les clients. 

L'effet bénéfique des animaux prouvé en 2015

L'effet bénéfique des animaux sur le moral humain n'est plus une théorie : en 2015, lors de la conférence American Academy of Pediatrics National Conference & Exhibition à Washington, des chercheurs ont présenté une étude mettant en évidence l'effet positif d'une séance de Thérapie Assistée par l'Animal ou TAA. Il a été prouvé que les enfants malades étaient moins anxieux et plus calmes s'ils bénéficiaient de séances de thérapie avec un chien. La présence d'un animal se révèle donc très importante car depuis plusieurs années on sait que le facteur psychologique a une part importante dans la réussite d'un traitement.

Sciences et Avenir, 22 mai 2017

Questions :

1. Que penses-tu de cette idée d’avoir des animaux au travail ?
2. Si tu pouvais avoir un animal au travail, lequel aimerais-tu avoir ? Et pourquoi ?
3. Aimerais-tu avoir un chien qui t’accueille chaque matin au travail ? :
4. Dans l’article, c’est écrit : Certes les employés Japonais ont des journées harassantes et interminables et également des relations hiérarchiques parfois stressantes. Est-ce que la culture de travail dans ton pays est différente ou pareil ? Merci d'expliquer.
5. Qu’est-ce que c’est un matou ? Est-ce que tu serais heureux(se)ou plutôt un peu énervé(e) d’avoir un matou qui vient te déranger en marchant sur ton clavier d’ordinateur ?
6. A part les animaux, quelles autres implantations thérapeutiques relaxantes pourraient être bénéfiques dans une société ?
7. As-tu un animal ou des animaux chez toi ? Décris-les s'il te plaît.

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Interview Boris Cyrulnik sur les jeunes et les études

Boris Cyrulnik : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

Ne pas se précipiter, rêver, voyager… C’est ce que préconise le psychiatre Boris Cyrulnik, interrogé à l’occasion d’O21, des événements du « Monde » pour aider les jeunes à trouver leur orientation.

Le psychiatre Boris Cyrulnik est l’auteur notamment d’Un merveilleux malheur (1999) et d’Ivres Paradis, bonheurs ­héroïques (2016), tous deux parus chez Odile Jacob. Entretien utile à lire ou à relire à l’heure où de nombreux jeunes lycéens et étudiants sont amenés à faire des choix d’orientation.

Nombre de jeunes se sentent sous pression pour trouver leur voie. Comment les aider ?

Le problème est que l’on fait sprinter nos jeunes, et ces jeunes, en sprintant, se cassent souvent la figure. Après le bac, ils s’orientent trop vite, alors qu’ils ne sont pas encore motivés. Ils s’inscrivent dans n’importe quelle fac, et la moitié d’entre eux vont échouer. Ils vont alors être humiliés, malheureux, à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler. Le risque est, alors, qu’ils se désengagent, surtout les garçons, qui décrochent plus que les filles.

Or, ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.

Que préconisez-vous ?

L’espérance de vie a follement augmenté. Une petite fille qui arrive au monde aujourd’hui a de forte chance d’être centenaire. Alors si, après son bac, elle perd un an ou deux, qu’est-ce que ça peut faire ? Ces deux années-là, justement, certains pays, en Europe du Nord par exemple, ont décidé d’en faire une période sabbatique. Ils ont institué un rite de passage moderne. Les jeunes partent à l’étranger, ils ne sont pas abandonnés mais autonomes. Quand ils reviennent, ils ont appris une langue, ont eu des expériences et ont réfléchi à leur choix de vie. Ils s’inscrivent alors dans des cursus et apprennent un métier. Il y a très peu d’échecs, alors qu’il y en a énormément pour ceux qui se précipitent vers les universités.

Cette approche existait d’ailleurs en France pour les garçons : au XIXe siècle, ceux-ci partaient faire le tour de la France, les plus ­petits en groupe de deux ou trois, avec un ­bâton et un baluchon à l’épaule, pour aller chercher des stages.

Seuls 44 % des diplômés de grandes ­écoles veulent travailler dans une grande entreprise. Pourquoi ce rejet ?

A l’époque où le travail apportait la certitude, on acceptait l’ennui, la contrainte, on acceptait même la soumission à une hiérarchie. Il fallait avoir un travail, quel que soit le travail. Toutes les sociétés se sont construites dans la violence : violence des frontières, des guerres… Dans un contexte chaotique, l’entreprise a pu être le lieu de la sécurité et du sens, c’était la direction de vie que l’on prenait. Un lieu où l’on était étayé par les autres, par les lois, ce qui était une véritable évolution par rapport au système protecteur de l’aristocratie ou des mines, par exemple.

Quand une rue est dangereuse, une personne va se sentir bien chez elle, mais quand la rue est une fête, cette même personne va s’y ennuyer. Le même raisonnement s’applique à l’entreprise. Quand la société est dangereuse, je suis bien dans l’entreprise. Quand j’ai milité pour faire que la société soit moins dangereuse, j’ai envie de tenter mon aventure personnelle ailleurs.

Aujourd’hui, alors que la personnalité des jeunes s’épanouit – pour les garçons et encore plus pour les filles avec cette révolution culturelle ­féminine stupéfiante en deux générations –, l’entreprise devient une contrainte. Ces jeunes n’acceptent plus la soumission, la répression qu’impose la vie dans ces organisations.

Certains jeunes hésitent entre un chemin balisé et un autre, plus « fun » mais plus ­risqué. Faut-il forcément choisir ?

Je pense qu’on n’a pas le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre, les deux sont associés. Un jeune qui se précipite dans le plaisir va payer ensuite le prix de cette satisfaction immédiate.

Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre.

Quant à la notion de prise de risque, elle varie avec l’âge : si elle constitue un danger aussi bien pour les enfants, avant l’adolescence, que plus tard, quand on arrive à un âge avancé, entre ces deux moments de la vie, c’est l’absence de prise de risque qui est un danger. Car comment, autrement, donner un sens à son existence ?

Pas simple pour les jeunes de faire des choix si, comme on l’annonce, 65 % des métiers de demain n’existent pas encore…

C’est vrai, on ne sait pas ce qui nous attend. Dans ma génération, nous n’avions pas beaucoup de choix. Les conditions matérielles étaient très difficiles, mais les conditions psychologiques étaient, elles, beaucoup plus simples. Moi, je savais que, si je travaillais, je deviendrais un homme libre. Donc, si j’étudiais, si ­j’apprenais, j’aurais la totale sécurité. On ne peut plus dire ça aujourd’hui.

Quand j’étais gamin, le message était clair : « Fais comme papa. » Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père. Ils n’ont plus cette étoile du berger qui était pour nous à la fois une orientation et une contrainte. Soit elle nous convenait, et c’était magnifique. Soit elle nous déplaisait et, dans ce cas-là, on pouvait toujours se dire que c’était « la faute de papa ».

Désormais, les jeunes ont toutes les libertés. C’est angoissant, car ils deviennent coauteurs de leur destin. Cela les oblige à faire preuve de créativité. Il y a là une véritable révolution ­culturelle !

Et vous, comment avez-vous eu le déclic pour devenir psychiatre ?

J’ai été très tôt atteint d’une délicieuse maladie : la rage de comprendre. Cela s’explique par mon histoire et mon appartenance à la génération d’avant-guerre. Je suis né en 1937. Ma ­famille a disparu à Auschwitz. J’ai moi-même été arrêté quand j’avais 6 ans et demi, et j’ai réussi à m’évader. Cela m’a amené très jeune à me demander comment il était possible que toute une partie de la population veuille en assassiner une autre. Cela me paraissait fou, ­incompréhensible. Je ne pouvais me sentir bien que si je cherchais à comprendre.

Il n’y a donc pas eu un déclic, mais mille pressions, mille déclics qui m’ont gouverné depuis mon enfance. Le désir de comprendre, de rencontrer, m’a orienté vers la médecine et la psychologie. J’ai été gouverné un petit peu comme quand on est jeté dans un torrent. On met la main, on baisse la tête, on coule, on ressort.

Laure Belot, Le Monde du 28 janvier 2019

Questions :

- Quels nouveaux mots avez-vous découvert en lisant l’article ?
- Quelle est la signification de ‘Or’ dans le 2ème paragraphe de la première question ?
- Quelle est la signification de "quel que soit le travail" (situé dans la 2ème phrase de la question "Seuls 44 % des diplômés de grandes ­écoles…" ?
- Pourquoi est-ce que les jeunes sont moins motivés qu’avant de travailler pour une grande entreprise ?
- Pourquoi est-ce que Boris Cyrulnik encourage de prendre une année sabbatique après la fac ?
- Dans votre pays, est-ce une habitude normale de prendre une période sabbatique après la fac ?
- Pourquoi est que Cyrulnik a écrit "Désormais, les jeunes ont toutes les libertés. C’est angoissant..." pourquoi "angoissant" ?
- Que pensez-vous de l’idée de prendre une période sabbatique après la fac ?
- Et vous, est-ce que votre famille vous a dit aussi de "faire comme papa" ?

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Les origines de la Saint-Valentin

Saint-Valentin : Pourquoi fête-t-on l'amour le 14 février ?

La Saint-Valentin! Une fête symbole d’amour, d’échange de cadeaux et... de shopping. Avant de se préparer une soirée en amoureux, comprenons d’où vient cette fête.
Valentin, saint des premiers temps de la chrétienté, dont le jour dédié dans le calendrier grégorien est le 14 février, était un prêtre dans l'actuelle Italie, à l'époque de la Rome antique. Valentin de Terni (son nom complet), fut décapité en 270 après Jésus-Christ, pour avoir entretenu une relation amoureuse avec Julia, la fille de son geôlier (1). Celle-ci, également emprisonnée, était aveugle (2), et miracle, avait retrouvé la vue (3) dans sa cellule.

Valentin de Terni avait été arrêté et emprisonné à une période où les chrétiens étaient persécutés, car il défendait l’amour et le mariage. Prêtre, il avait exprimé son refus total d’abjurer (4) sa foi, et s'était assigné la mission de marier religieusement les amoureux, contre la volonté de l'empereur romain Claude II le Gothique, qui voulait interdire le mariage afin de garder des hommes disponibles pour aller en guerre.

Déchu de son rang de prêtre, maintenu en prison, puis décapité (5), Valentin de Terni, qui sera sanctifié plus tard, a laissé en héritage le miracle né de l'amour, qui aurait permis à Julia, son amoureuse, de retrouver la vue dans sa cellule.

Selon la légende de Saint-Valentin, des témoins auraient aperçu une vive et forte lumière par la fenêtre de sa cellule, quand Julia recouvra la vue. Elle aurait alors déclaré: "maintenant, je vois! Je vois le monde tel que vous me l'avez décrit!". L'ire (6) de l'empereur, à l'annonce de cette nouvelle, fut telle qu'il décida d’en finir définitivement avec ce prêtre qui propageait l’amour, même en étant en prison.

Exécuté le 14 février 270, cette date est devenue, depuis, le symbole de l'amour, et a remplacé les Lupercales, fêtes païennes célébrées dans la Rome antique du 13 au 15 février, en l’honneur de Pan, dieu de la nature et de la fécondité.

Plusieurs autres récits ont été rapportés concernant Saint-Valentin. Celle du prêtre Valentin de Terni est la plus connue.

Que l'on connaisse ou pas les origines, les offres, plus alléchantes (7) les unes que les autres, se préparent pour inciter les couples à célébrer leur amour le 14 février prochain.

Promotions, ambiances romantiques, offres inratables (8), les formules magiques du marketing seront au rendez-vous pour faire de la Saint-Valentin, cette année encore, la fête des amoureux.

Lamiae Belhaj Soulami, Le 360 du 4 février 2020.

Glossaire:

(1) prison guard
(2) blind
(3) wasn't blind anymore; could see again
(4) to give up, renoncer à
(5) beheaded
(6) anger; "ire" est un synonyme de "colère" mais il est beaucoup moins utilisé, sauf en littérature
(7) attractive
(8) that cannot be missed

Questions :

1. Est-ce que tu avais déjà entendu parler de ces origines de la Saint-Valentin ?
2. Est-ce que c'est une fête que tu aimes bien, que tu célèbres ? Si oui, comment ?
3. Est-ce qu'elle bien connue, et célébrée, dans ton pays ?
4. Comment ton mari et toi pensez-vous célébrer la prochaine Saint-Valentin ? Est-ce que vous allez faire un repas spécial, boire du champagne ?
5. Vas-tu faire un cadeau à ton mari ? Qu'est-ce que tu prévois de lui offrir ? Et lui, penses-tu qu'il va te faire un cadeau ?

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Le masque, futur accessoire de mode ?

Déjà présent dans sa version antipollution dans nombre de défilés de la Paris Fashion Week de février, le masque pourrait-il devenir un attribut esthétique au même titre que les bijoux ou les sacs à main ?

Demain, tous masqués ? Depuis que l’Académie de médecine a prôné publiquement le port généralisé du masque de protection, le 3 avril, et que le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a dans la foulée encouragé « le grand public, s’il le souhaite, à porter des masques », une telle possibilité prend de l’épaisseur.

Depuis mercredi 8 avril, la ville de Sceaux oblige même, par un arrêté, tout habitant de plus de 10 ans à sortir le visage couvert. Une première en France, néanmoins contestée par la Ligue des droits de l’homme qui a saisi la justice pour demander la suspension de l’arrêté du maire Philippe Laurent. Ce qui n’empêche pas la ville de Nice de vouloir poursuivre dans cette même voie : le 6 avril, elle annonçait que, par un arrêté municipal, elle rendrait obligatoire le port du masque pour ses administrés. Cette exigence de la commune des Alpes-Maritimes entrera en vigueur dès le déconfinement et pour tous les Niçois âgés de plus de 3 ans, a précisé, le 8 avril, le maire Christian Estrosi.

« Porter ou non un masque illustre deux points de vue sur le monde, observe Vincent Grégoire, directeur de création au sein du bureau de tendances NellyRodi. Jusqu’ici, les pays asiatiques avaient adopté aisément ce morceau de tissu qui dissimule le visage, gomme vos singularités, vous rend anonyme au service d’une conscience collective et d’une protection sanitaire commune. En Occident, la culture de l’individu qui prévaut davantage nous le rendait plus difficile à adopter. Mais nous allons y venir. »

Une étendue du port du masque qui interroge tout le secteur de l’habillement et de la mode : que faire de ce nouvel accessoire de plus en plus recommandé ? La première réponse de l’industrie a jusqu’ici été d’en assurer la production pour soignants et travailleurs. Lorsque à la mi-mars fut dénoncé publiquement le manque de protections sanitaires, des acteurs se sont mis à en développer eux-mêmes.

Au sein du groupe français Kering, les maisons Gucci, Balenciaga et Saint Laurent ont par exemple repensé leurs habitudes pour en fabriquer. Le 8 avril, Louis Vuitton a suivi, annonçant avoir lancé une production de masques non chirurgicaux dans ses ateliers de la Drôme, de l’Indre, de l’Allier, de la Manche et de la Vendée. Ce mouvement du luxe a aussi son pendant du côté de la mode de masse : la maison-mère de Zara confectionne des masques, tout comme le groupe H&M qui assure avoir déjà produit à ce jour plus de 100 000 unités. Conformément aux demandes de la Commission européenne, ceux-ci seront affectés à l’Italie et à l’Espagne, pays européens les plus durement touchés par le coronavirus.

Ailleurs, un collectif d’une centaine d’acteurs tricolores s’est formé pour organiser leur confection. Parmi eux : le fabricant de jeans 1083 ou le bonnetier Lemahieu, Petit bateau, Saint James, Lacoste, Armor Lux… « Dès le 17 mars, nous avons demandé à la dizaine d’usines qui travaillent pour nous en exclusivité de cesser de fabriquer nos collections pour se concentrer sur des masques, témoigne Louis Goulet, le fondateur de Noyoco, une des marques de prêt-à-porter de ce groupement. En intégrant cet ensemble que coordonne Guillaume Gibault, du Slip français, nous échangeons tous via Telegram et adoptons nos patronages au fur et à mesure que les consignes s’affinent. » Au total, l’addition des masques produits par ce rassemblement d’acteurs totalise 889 000 unités par jour.

Désireuses aussi de pousser à une adoption du masque à plus grande échelle, d’autres griffes de mode ont encouragé la création maison, en mettant en ligne auprès du grand public des patrons en accès libre. C’est notamment le cas du label français Coperni qui défile à la Fashion Week parisienne. « On a voulu inciter le public à créer un masque par lui-même, explique le cofondateur Sébastien Meyer. » La marque suggère de s’en emparer à sa guise et de confectionner avec ce qu’on a sous la main : des vieux tissus, un tee-shirt qu’on ne porte plus. « Bien sûr, ces masques à fabriquer chez soi ne seront pas homologués. Ce n’est peut-être pas optimal en termes de protection mais c’est mieux que rien et ça peut aider à apprendre à se toucher le moins possible le visage. » Le phénomène do it yourself gagne en puissance. Sur Pinterest, on assiste ces derniers jours à un déluge de photos de masques faits maison : à fleurs, à pois, à rayures, unis ou à imprimés, taille enfant ou taille adulte.

Une appropriation par les sphères de la mode qui ne date pas du début de la pandémie. Se replonger dans les défilés des saisons précédentes montre que le masque protecteur commençait à se tailler une place d’accessoire à valeur ajoutée esthétique : on a pu en voir chez des designers tels Dolce & Gabbana (printemps-été 2019).

« En Occident, les gens deviennent plus sensibles aux problèmes de santé, et le port du masque se développe peu à peu. Nous sommes depuis le début de la pandémie en rupture de stockindique Alexander, le PDG d’Airinum. Collaborer avec des marques ou des artistes est au cœur de notre label depuis le premier jour. Nous produisons avant tout des équipements d’ordre sanitaire, dotés d’un filtre contre la pollution, mais il est heureux de voir que le masque, en devenant peu à peu un accessoire lifestyle, devient un symbole et unit les gens dans leur recherche de lendemains plus propres. »

Cette stylisation du masque, couplée à des incitations à en porter davantage, peut-elle conduire à une commercialisation par les acteurs de la mode de produits griffés ? « Une offre émerge à partir du moment où il existe une demande », répond Benjamin Simmenauer. Outre un masque Fendi (190 euros), initialement pensé pour être antipollution mais en rupture de stock avec l’actualité de la pandémie, on voit émerger des masques improvisés faussement monogrammés (Gucci, Louis Vuitton, Fendi…) sur des sites de revente.

Chez Lyst, moteur de recherche spécialisé dans la mode, on assure que « le nombre de recherches du terme “masque” était au mois de mars en hausse de 1 200 % par rapport à la moyenne de 2019 » – les marques Off-White, Bape, Nike et Louis Vuitton étant particulièrement sollicitées. 

Aux Etats-Unis, Dov Charney, ancien boss d’American Apparel, vend d’ores et déjà, chez sa nouvelle griffe, Los Angeles Apparel, des masques à 30 dollars l’unité (environ 27 euros), en vingt-deux coloris différents.

Valentin Pérez, extraits d'un article paru dans Le Monde du 9 avril 2020

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Interview d'un gardien de phare

Emmanuel Rapenne, gardien de phare : « Le piège du confinement, c’est l’oisiveté »

Comment surmonter, voire enchanter, le confinement ? Des professionnels habitués à la solitude font part de leur expérience et prodiguent leurs conseils pour vaincre l’ennui et l’angoisse de l’isolement.

La dénomination de « gardien de phare » n’existe plus, remplacée par celle de « technicien supérieur du développement durable » aux « phares et balises ». Emmanuel Rapenne, 59 ans, exerce depuis plus de trente ans ce métier, fortement transformé par l’automatisation.

« J’ai rejoint en 1986, à l’âge de 25 ans, les phares et balises. J’étais au chômage et j’ai vu l’avis de concours pour devenir électromécanicien de phare. Je me suis dit que je ferais ça pendant quatre ou cinq ans et qu’après je verrais. A priori, plusieurs éléments dans ce métier me plaisaient, notamment la proximité de la mer et de la nature. J’aime les gens, mais j’apprécie aussi les moments de solitude. Et puis le phare, c’est un objet de fantasme. On se demande toujours comment les gens y vivent, comment cette lumière fonctionne.

J’ai été en poste cinq ans en Corse, à Senetosa, dans un phare isolé à terre. Nous étions deux gardiens, et nous surveillions les feux en alternance un jour sur deux. On montait deux semaines en haut de la vigie, puis on redescendait une semaine chez nous. On vivait beaucoup la nuit, pour surveiller le fonctionnement du phare. C’est aussi le moment où la nature se pose, l’énergie est tout autre.

Gardien de phare, c’est un métier de présence, d’attention. C’est une grande responsabilité aussi, même si les bateaux sont aujourd’hui munis de GPS. En Corse, après avoir vérifié tous les aspects mécaniques et techniques, comme les stocks de batteries, qu’on rechargeait avec le groupe électrogène, il fallait occuper le temps. Je dis bien “occuper” et non “tuer” ce temps qui, par moments, semblait interminable. Certains collègues n’y arrivaient pas et, au bout d’une semaine, ils voulaient redescendre. Tout le monde ne supportait pas la vie hachée, la famille au loin, les enfants qu’on ne voit grandir qu’une semaine par mois. On vivait mal le fait qu’une relève soit reportée d’une journée à cause d’une tempête. L’isolement n’est supportable que lorsqu’on ne le ressent pas comme une contrainte.

Le piège du confinement, c’est l’oisiveté. Il faut absolument développer des jardins secrets. J’avais plusieurs centres d’intérêt, car il m’était difficile de me focaliser des heures durant sur un seul hobby ou une seule passion. Je grattais ma guitare, je lisais des livres de science-fiction, j’allais me promener autour du phare dans le maquis, je pêchais. Dans le film L’Equipier de Philippe Lioret (2004), le gardien du phare fabriquait des chaises. Moi, je me suis fabriqué moi-même.

Je me suis discipliné, parce que je devais rester concentré. On ne doit jamais perdre possession de son esprit. Autrement on commence à ruminer, les détails prennent une importance démesurée. Lorsque l’on est isolé, la hiérarchie des valeurs change. En Corse, j’ai commencé à faire un peu de yoga, ce qui m’a conduit plus tard au bouddhisme tibétain. J’y suis allé doucement, parce qu’il ne faut brutaliser ni l’esprit ni le corps, sinon ils se rebiffent.

Lorsque je suis arrivé sur l’île de Porquerolles en 1992, le métier avait déjà évolué. Aujourd’hui, je ne suis plus physiquement dans le phare, mais dans une maison à 100 mètres. Les horaires ont changé, ils sont calés sur ceux d’autres professions, du lundi au vendredi, avec des semaines d’astreinte une à deux fois par mois. Je ne suis plus isolé du monde, mais je n’ai pas cessé pour autant ma quête intérieure. »

Roxana Azimi, Le Monde du 13 avril 2020

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Les chats à la maison

Coronavirus : Les chats en ont-ils plein les pattes d’avoir leurs maîtres à la maison ?

COHABITATION Les chats doivent composer avec des humains bruyants et ce n'est pas toujours facile

 « L’après-midi, Lutèce part dormir dans la penderie, sur un tas de pulls. Elle ne le faisait pas avant le confinement. On se dit qu’on doit commencer un peu à l’embêter », observe Thibaut. Et c’est bien possible. On a tendance à oublier que la crise du coronavirus ne perturbe pas seulement les humains. Nos compagnons à poils doux doivent aussi composer avec un quotidien parfois compliqué à tolérer. Entre le bruit et l’invasion du territoire, le confinement ne les a pas non plus épargnés.
Evidemment, dans la majorité des cas, avoir son maître à disposition réserve bien des avantages : un accès quasi illimité au jardin (pour ceux qui ont la chance d’avoir un espace extérieur), des câlins et des jeux à volonté. Sur le Twitter des chats (mieux connu sous le nom de «Touitoui des pôtichats», présidé par Nounours le présinours), les matous ont l’air plutôt unanimes pour décrire cette période : c’est le gros kiffe.

Pareil du côté de Julie qui vit dans une maison à Nantes. « Marcel ne me lâche plus d’une semelle depuis que mon conjoint et moi travaillons à la maison. Il s’est même mis à m’attendre tous les matins sous les combles où j’ai installé mon bureau, c’est un nouveau rituel. Même les jours où je ne travaille pas, il est fidèle au poste ».

Les signes de stress

Seulement voilà, tous les chats n’ont pas la chance de résider dans des grands espaces silencieux en pleine campagne. Certains vivent dans des appartements étroits au milieu de gremlins déscolarisés et au bord de la crise de nerfs. « Les chats qui habitent avec une famille et qui n’aiment pas, à la base, être dérangés se retrouvent avec des cris d’enfants et un tumulte inhabituel, souligne Sylvia Masson, consultante en psychiatrie vétérinaire. Ceux-là vont moins bien ». Mais les enfants ne sont pas les seuls responsables du stress du matou.

« Miss Kitty est contente mais je pense qu’elle trouve ça un peu oppressant, explique son humaine qui habite dans le sud de Caen. On a un chat qui ressent très fortement le stress et qui a tendance à faire des pelades. Et là, elle recommence à en faire donc je pense que le changement de situation lui crée de l’anxiété. On déplace des meubles, on fait de la peinture… » Inutile de préciser que les félins n’aiment pas les changements.

Et certains signes ne trompent pas. Si l’animal évite le contact et s’il ne vient plus réclamer à manger à l’heure habituelle, ça ne sent pas bon. De même, s’il devient agressif ou s’il se met à uriner en dehors de sa litière, il faut commencer à se poser des questions et envisager une consultation avec le vétérinaire (en visio, ça marche aussi). Tout changement brutal de comportement doit alerter.

L’après-confinement pourrait être pire

« Lorsqu’on sent son chat perturbé, c’est peut-être le moment d’en profiter pour lui construire des cachettes avec les enfants, lui mettre des boîtes en hauteur », poursuit la vétérinaire. En résumé, trouver des astuces pour l’aider à supporter la présence désagréable des bipèdes. Et s’il est vraiment au bout du rouleau, « il existe des phéromones pour chat qui permettent de structurer le territoire ou le Zylkène qui est un aliment antistress à base de protéine de lait », indique-t-elle.

Mais le pire est à venir pour nos compagnons à quatre pattes. Les chats qui nageaient dans le bonheur pendant la période de confinement pourraient très mal vivre le retour à la normale. « Pour les animaux qui souffrent d’autonomopathie, c’est-à-dire qui ne supportent pas de rester seuls, le déconfinement sera difficile », poursuit Sylvia Masson. Le chat adore les rituels, mais lorsqu’on en met un nouveau en place, il faut pouvoir le maintenir. Histoire d’éviter de lui créer une trop grosse perte au moment du retour au travail.

En réalité, ces adorables bestioles ne sont pas bien différentes des humains, elles ont des difficultés à s’adapter à des nouvelles conditions de vie. Et, comme les humains, elles sont toutes différentes. Les femmes et les hommes ne supportent pas le confinement de la même façon : certains ont fini par y voir une occasion de se consacrer à d’autres activités, d’autres ne supportent pas du tout et pourraient décompenser une maladie psychiatrique. C’est pareil chez les chats. Il n’y a pas de règle absolue. Regardez la tête qu’il fait et vous saurez.

Laure Beaudonnet, 20 Minutes du 16 avril 2020

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Les nouveaux mots du confinement

« Lundimanche », « apérue », « coronabdos »… les nouveaux mots du confinement

Le calendrier, l’horloge semblent ne plus avoir aucun sens, tandis que celui des mots fait clic-clac, se décalant au fur et à mesure que notre vie s’enconfine. Lundi 27 avril, les lecteurs du Monde ont listé les nouveaux mots décrivant leur quotidien. Ils décrivent l’indolence, l’anxiété mais aussi les moments de décompression pendant cette période hors norme.

La semaine ne comporte plus qu’un seul et même jour qui se répète en boucle, lundimanche. Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi ont laissé place à un autre jour, « interdi » – de sortir, de commercer, de vivre normalement – et le septième jour à l’appel à grasse matinée du confinemanche.

Notre vie confinée, c’est comme la nostalgie, on finit par s’en faire une amie. C’est la confifi, celle qui vient, puis repartira, quand lui succédera le déconfifi« Nous, quand on en a marre du confinement, on l’arrête et on se met en confinage,confinationconfinature ou confinette. Ça rompt la monotonie », explique sur le direct du Monde un lecteur facétieusement baptisé « :) », et bien décidé à explorer les confins lexicaux.

Comme lui, chacun s’occupe. Certains covidépriment. Seuls derrière leur écran, d’autres essaient de contribuer et d’aider tant qu’ils peuvent, dans un élan de solidaritude. Des parents tentent, quant à eux, de s’occuper de leur progéniture, en essayant de résister à l’irrépressible envie, fortement déconseillée, et que la correction nous interdit de traduire ici, de les émarmailler.

« Graduvid » et « immobésité »

Pour garder la santé, faire bonne figure, bonne mine, ou juste vider leurs nerfs après trois heures à gérer Junior, d’autres tentent de faire du sport. Mais rien à faire, l’appel de la gravité est trop fort. Planche sportive le matin, chocolat blanc le soir, nos coronabdos ne ressemblent déjà plus à rien. On s’empiffre pour remplir un grovid, on devient graduvid, victime de la terrible immobésité qui, elle aussi, se répand.

Au travail, on zoome pour un oui ou pour un non. On se télésalue, on fait des télépauses, on se télédéconnecte. La frontière entre vie professionnelle et privée a fondu. Antonin s’interroge : « Le 1er-Mai sera la téléfête des travailleurs, ou la fête des télétravailleurs ? » Et sans la malice du langage, même les vacances auraient un goût de trop près. La destination préférée des Français en avril ? Punta Canap. Les plus chanceux s’installent dans leur jardin, sur leur balcon, voire à une fenêtre exposée sud, juste de quoi s’offrir une petite séance de homezage (avec crème solaire, bien entendu !).

Dans ces temps où chacun s’observe surtout depuis la fenêtre, ceux qui sortent sont vite taxés d’être des covidiots, insolents, insouciants et inconscients. L’insulte est internationale, à l’image de l’italien covidiota. Les lecteurs du Monde.fr voudraient les regarder avec bienveillance, mais c’est dur : Mynette a la quaranthaine, elle meurt d’envie d’agonir d’insultes « ceux qui prennent le confinement à la légère ». Des confinis, résume un lecteur autobaptisé « Confiniment ».

On « covide » la cave par « skypéro »

Il faut dire que la peur du virus est partout. On en devient paranovirus, une maladie très répandue chez les hypoconfiniaques. Il nous obsède, ce conarvirus, comme l’appelle une enfant de 3 ans que sa mère se garde bien de corriger. Covid, le nom semble abstrait, presque sympathique. N’aurait-il pas fallu le rebaptiser Srasaurus-rex ? A moins qu’il ne s’agisse du coronacircus, comme le surnommait cette dame de 103 ans, récemment morte d’une tout autre maladie, citée avec fierté par sa petite-fille Pymprenelle.

Heureusement, arrive bientôt le moment tant attendu. Comme le « pain au chocolat » et la « chocolatine », il porte plusieurs noms sans que l’on sache bien lequel est le bon : le coronapéro, le whatsapéro, le skypéro ? « Skypéro, c’est un truc de nordiste ? Chez nous, on s’organise des coronapéros à distance, et ça marche quelle que soit la technologie utilisée », corrige By Ben, sans mentionner sa région. C’est aussi le vodkafone pour les fauchés, ou pour les gourmets du malt, le whiskype, suggère Gfwh.

Bref, rendez-vous général est donné au Zoombar ; on covide la cave, à plusieurs, par écrans interposés. Ou pour les chanceux en maisons individuelles, sur le pied du palier, porte ouverte, pour des apérues conviviaux. Une spécificité qui n’a rien de française : les Italiens ont le quarantini, les japonais le on-nomi, le pot en ligne, et les Finlandais de longue date le kalsarikännit, littéralement la cuite en sous-vêtements.

« Corona boomers »

Le mot « vingt heures », lui, a disparu de la langue française. Il est clap clap’o clock, l’heure des applaudissements. Un peu partout les voisins poubellisentcasserolisentvuvuzélisent, selon l’instrument de musique (ou de torture) qui leur passe sous les mains, dans une coronaphonie proche du cacovirus, ou l’inverse, on ne sait plus trop.

Puis enfin arrive l’heure de se coucher. Sous une couette confinée, quelques tourtereaux préparent peut-être les corona boomers de demain, cette génération même pas encore née, déjà étiquetée : les coronials. Avec indolence, d’autres s’abandonnent directement à ce lit qu’ils n’ont finalement jamais eu l’impression d’avoir tout à fait quitté. Allez, courage. Demain, c’est encore lundimanche.

William Audureau, Le Monde du 27 avril 2020

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Des chefs d'entreprise s'engagent à vendre des produits durables et réparables

Covid-19 : « La crise que nous traversons nous oblige à repenser notre modèle économique et sociétal à l’aune de la durabilité »

Face aux voix qui s’élèvent pour revenir sur les acquis écologiques, une vingtaine de chefs d’entreprise, réunis au sein du Club de la durabilité, s’engagent auprès des consommateurs dans la voie de l’économie des produits durables et réparables.

Tribune. La crise sanitaire actuelle n’est pas sans risque pour l’écologie. En effet, à Paris comme à Bruxelles, certains acteurs de l’industrie ou des fabricants se mobilisent pour remettre en question des textes déjà débattus et adoptés, en arguant de leur incapacité à mettre en œuvre ces mesures écologiques en temps de crise économique.

Parmi les textes remis en question par certaines organisations figure la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, promulguée en février. Celle-ci contient des dispositions sur les déchets et le plastique, mais aussi sur la durée de vie des produits, la réparation et l’information du consommateur, visant à transformer notre manière de produire et de consommer.
Si les difficultés des entreprises doivent être prises en compte par le gouvernement et peuvent justifier des ajustements de calendrier à la marge, celles-ci ne doivent pas faire perdre de vue l’impératif de la transition vers une économie plus sobre en ressources et plus circulaire.

L’explosion du reconditionné

La crise que nous traversons nous oblige à repenser notre modèle économique et sociétal à l’aune de la durabilité. Les mesures de relance doivent être étudiées à la lumière de cette transition nécessaire vers une production et une consommation plus soutenables, qui favorisent l'allongement de la durée des produits.

Nouvelles ou en transition, les entreprises pionnières existent déjà, comme le montrent la vingtaine d’entreprises membres du Club de la durabilité. Elles interviennent à tous les stades du cycle de vie du produit, de la conception jusqu’à la fin de vie pour proposer des produits durables et réparables. Nouveaux fabricants de bouilloires ou d’enceintes entièrement réparables et modulaires, entreprises de la réparation et de l’économie de la fonctionnalité, distributeurs qui se tournent vers la location, vendent des pièces détachées ou orientent les clients vers les produits les plus durables, les initiatives ne manquent pas.

L’explosion du reconditionné et de la vente d’occasion, notamment sur Internet, participe à la formation de cet écosystème. Les alternatives au tout-jetable ne s’arrêtent pas à l’électronique : elles concernent l’automobile, le textile, les meubles et même l’immobilier.

Non seulement vertueuses sur le plan écologique, ces entreprises principalement européennes démontrent que l’économie des produits durables et réparables peut être un avantage stratégique dès aujourd’hui, et a fortiori demain. Les entreprises françaises peuvent se démarquer, et elles le font déjà, sur le terrain de l’économie circulaire et de la durabilité des produits, secteur qui représentait en 2016 environ 800 000 emplois.

De nombreux obstacles

La feuille de route pour l’économie circulaire présentée en avril 2018 avait pour ambition de créer 300 000 emplois supplémentaires, notamment grâce à l’application de la loi anti-gaspillage. Soixante-dix-sept pour cent des Européens déclarent préférer réparer leurs produits plutôt que de les remplacer.

Cette volonté forte se heurte pourtant dans les faits à de nombreux obstacles : difficile de choisir un produit durable sans information au moment de l’achat, de réparer sans garantie sur la qualité du service ou les délais ou lorsque ça coûte plus cher que de racheter neuf…

En France, la loi anti-gaspillage a posé les jalons d’une consommation plus durable en facilitant les solutions grâce à des mesures comme l’indice de durabilité, le fonds réparation, la priorité au réemploi et à l’économie circulaire dans la commande publique, la disponibilité des pièces détachées, l’écoconception, etc. Ces politiques seront d’autant plus pertinentes qu’elles s’inscrivent dans une dynamique internationale : à ce titre, le Green Deal européen doit aussi être soutenu.

Nous, associations et entreprises conscientes de l’urgence écologique et des attentes des citoyens, demandons à ce que le cap de la loi anti-gaspillage soit au minimum maintenu pour passer enfin au monde d’après, un monde dans lequel les produits sont conçus pour durer, être donnés, loués, reconditionnés ou réparés, en cohérence avec l’existence d’une seule planète terre sur laquelle prospérer.

Liste des signataires : Nicolas Beaumont, vice-président chargé du développement et de la mobilité durable de Michelin ; Christophe Cote, fondateur d’Adopte un bureau ; Benoit Delporte, cofondateur de Magarantie5ans.fr ; Matthias Huisken, directeur général iFixit Europe ; Nicolas Jaquemin, cofondateur de Craft ‘n Sound ; Régis Koenig, directeur de la politique services de Fnac-Darty ; Pierre Lemaire, responsable après-vente du groupe ADEO ; Geoffroy Malaterre, PDG et fondateur de Spareka ; Xavier Marichal, administrateur délégué de Usitoo ; François Marthaler, directeur de why ! open computing SA ; Kareen Maya Levy, présidente de Kippit ; Adrien Montagut, cofondateur de Commown ; Olivier de Montlivault, PDG et fondateur de SOS Accessoire ; Guy Pezaku, PDG de Murfy ; Anne Quemin, directrice de la communication du groupe Leboncoin ; Samuel Sauvage, président de HOP (Halte à l’obsolescence programmée) ; Sébastien Tréguier, responsable achat et marketing de Bureau Vallée ; Vianney Vaute, cofondateur de Back Market.

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Le grand retour du vélo dans les villes

Après ma première aventure traumatisante à vélo, il y a très longtemps, dans les rues de Paris, où j'ai eu l'impression de ne pas être à ma place, j'étais quelque peu perplexe de constater que dans la capitale d'un pays où le vélo est un sport si important et fait partie de la culture, et où des millions de Français jalonnent les routes et les cols de montagne chaque été pour le rituel annuel du Tour de France, si peu d'efforts soient faits pour encourager le vélo comme moyen de transport et pour développer les infrastructures qui feraient du cyclisme à Paris une expérience sûre et agréable. Même à cette époque, des pays comme le Danemark et les Pays-Bas disposaient de vastes réseaux de pistes cyclables et un pourcentage impressionnant des habitants de Copenhague et d'Amsterdam utilisaient leur vélo pour se déplacer. J'ai le sentiment qu'il existe une corrélation directe dans le fait que ni le Danemark ni les Pays-Bas n'ont d'industrie automobile. En France, en revanche, les bicyclettes étaient un moyen de transport quotidien important jusqu'à la fin des années 1940. Malheureusement, l'automobile l'a remplacé peu à peu et est devenue la reine de la route. Les moyens de transport urbain ont favorisé les bus, les métros, les trains de banlieue et les voitures. 

Ces dernières années, cependant, les choses ont commencé à changer, bien que lentement. Des grèves massives ont souvent paralysé le système de transport public de Paris, ce qui a poussé certains Parisiens à se tourner vers les deux roues. Alors qu'il y a vingt ans, il n'y avait que quelques cyclistes prêts à braver les dangers de la circulation dans les rues bondées de la capitale et à s'attirer les foudres des automobilistes en colère, lors de notre dernière visite sur place en octobre 2019, il y avait beaucoup plus de bicyclettes dans les rues grâce aux groupes de défense des cyclistes, aux programmes de partage de vélos et à l'installation de nouvelles pistes cyclables. Mais il a fallu la pandémie de Covid-19 pour sortir la ville de sa léthargie concernant le vélo en tant que moyen de transport fiable et sûr. Comme dans des villes telles que Bogota, où quelque 70 kilomètres de rues ont été transformés en pistes cyclables du jour au lendemain au début de cette crise, la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui lutte depuis de nombreuses années pour tenter de limiter le nombre de voitures dans les rues, a également lancé un plan agressif pour réduire le nombre de passagers dans les transports en commun surchargés de la ville. Elle a déjà reconverti 50 kilomètres, dont plusieurs grandes artères du cœur de la ville, en pistes cyclables, et la mairie a lancé une campagne publicitaire très sympa avec des pistes qui suivent les principales lignes de métro. Elle a annoncé que certaines des fermetures de rues pourraient être rendues permanentes après la levée totale du confinement. "Je sais que la majorité des Parisiens n'a pas envie d'un retour des voitures et de la pollution," a-t-elle répété. Au niveau national, le Gouvernement français a également débloqué quelque 20 millions d'euros pour encourager l'utilisation du vélo bien après la crise du Covid-19. Le plan comprend une prime de 50 euros pour tous ceux qui ont besoin de faire réparer ou mettre en état leurs vélos, longtemps négligés.

Il semblerait que de nombreux Parisiens soient tout à fait en phase avec les projets de leur maire. Comme dans de nombreuses villes du monde, la ruée sur les vélos des gens qui veulent un mode de transport alternatif, ou un moyen de faire de l'exercice pendant le confinement, a laissé les magasins de bicyclettes à Paris et dans le monde entier en rupture de stock et avec de longues listes d'attente pour les commandes futures. Il reste à voir comment des villes comme Paris s'adapteront et si les cyclistes continueront à profiter de ces nouvelles rues réservées aux vélos. Il faudra peut-être au moins une génération pour que la société change complètement la mentalité actuelle en matière de transport motorisé, et le lobby de l'automobile ne manquera pas de se retourner contre ces mesures, qu'il considère comme une menace. Nous ne pouvons qu'espérer qu'à l'avenir, la petite reine1 gardera pleinement la place qui lui revient dans les rues de la capitale.

Roger Stevenson, French Accent No 85, June-July 2020

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1un terme familier et pittoresque pour désigner une bicyclette qui viendrait du fait que la Reine Wilhelmine des Pays-Bas (1890-1948) se déplaçait à bicyclette dans les rues d'Amsterdam. L'expression "la petite reine" est devenue une façon très courante de parler d'une bicyclette.

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Vive l'ennui !

Confinement : vive l’ennui !

Dans sa carte blanche, la neuropsychologue Sylvie Chokron explique comment le vagabondage mental généré par l’inactivité peut stimuler notre créativité.

La plupart d’entre nous redoutent que le confinement rime avec ennui et que nos activités quotidiennes perdent tout leur sens, nous conduisant à trouver le temps long, très long. Et si l’ennui était non pas un fléau mais notre allié ? On rapporte qu’Isaac Newton (1643-1727) aurait formulé ses idées les plus brillantes pendant une retraite fort ennuyeuse à la campagne. Les exemples de ce type foisonnent dans l’histoire des sciences, pointant le rôle potentiellement positif de l’ennui.

De fait, celui-ci peut nous aider à nous détourner de tâches peu motivantes pour nous réorienter vers des activités plus stimulantes. Sans perception de l’ennui, nous passerions peut-être des heures voire des jours à faire des choses inintéressantes ! L’ennui aurait ainsi une véritable fonction adaptative pour nous aider à réorienter nos buts et donner du sens à notre vie.

D’après Jaime Gomez-Ramirez (université de Toronto, Canada) et Tommaso Costa (université de Turin, Italie), il est même possible de modéliser le lien entre ennui et créativité. Selon eux, notre survie obéit à certains principes fondamentaux, notamment maximiser la stabilité pour ne pas avoir à faire face à des changements brutaux qui nous déboussoleraient. Ce qui rendrait notre vie agréable viendrait du fait que nous pouvons prévoir ce qui va nous arriver en limitant le niveau d’incertitude. La confirmation de nos prédictions nous procurerait ainsi un grand plaisir.

Un pouvoir positif

A l’inverse, une trop grande régularité, c’est-à-dire le fait de pouvoir parfaitement prédire ce qui va se passer, pourrait conduire à l’ennui qui, lui-même, nous ferait perdre tout intérêt dans l’expérience que nous vivons.

C’est là qu’interviendrait le pouvoir positif de l’ennui en nous poussant à chercher des alternatives et à nous mobiliser pour modifier notre attitude et notre comportement.

Karen Gasper, de l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis), a récemment testé cette hypothèse. Pour ce faire, elle a tout d’abord proposé des petits films dans le but d’induire un état d’exaltation, de relaxation, d’ennui ou de tristesse chez les participants. Ceux-ci devaient ensuite réaliser deux tâches de créativité. Dans la première, on leur proposait trois mots apparemment sans lien entre eux et ils devaient trouver un quatrième mot en relation avec les trois premiers, comme si on vous donnait les mots « cardinal », « noir » et « mort » et qu’il fallait trouver le mot « point ».

L’ennui est associé aux performances de créativité les plus élevées

Dans la seconde tâche, on donnait aux sujets une catégorie, comme « agrumes », et il s’agissait de trouver un exemplaire, comme « orange ». Les résultats montrent que l’ennui est associé aux performances de créativité les plus élevées. Invités à donner un exemple de véhicule, les sujets qui s’ennuyaient produisaient ainsi plus souvent un mot rare comme « chameau », montrant plus d’inventivité que les sujets se trouvant dans les autres états, qui répondaient « voiture » à cette même question.
Dans un travail très similaire de Sandi Mann, de l’université du Lancashire, au Royaume-Uni, la moitié des sujets étaient d’abord soumis à une tâche ennuyeuse, comme copier des numéros de téléphone, alors que l’autre groupe (contrôle) ne faisait rien, puis l’ensemble des sujets devaient imaginer toutes les utilisations possibles d’objets simples comme des coupelles en plastique. Une fois de plus, ceux qui s’étaient ennuyés se révélaient plus créatifs lors de la tâche de génération d’usages.
Ces dernières années, de nombreuses études confirment le rôle positif du vagabondage mental et des aires cérébrales qui y sont associées pour se remobiliser intellectuellement et faire émerger de nouvelles idées.

Alors, en cette période de confinement, si vous voulez mettre le plus de chances de votre côté pour doper votre créativité, un seul conseil : ennuyez-vous !

Sylvie Chokron, Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire de psychologie de la perception, université Paris-Descartes et Fondation ophtalmologique Rothschild

Le Monde du 21 avril 2020

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Dîner entre déconfinés : le code a changé

(Note aux professeurs : cet article est un peu long, mais vous pouvez choisir les sous-parties qui seraient les plus intéressantes pour les étudiants !)

On fantasmait un peu ce moment où l’on retrouverait enfin ses amis autour d’une grande tablée, mais la menace du virus rend les choses plus compliquées.

Un vrai dîner entre potes. Voilà qui était tout en haut de la liste de ce qu’on s’était promis de faire dès le confinement terminé. Retrouver les sourires de nos proches, les échanges de plats et de propos, qui peuvent se prolonger sans heure limite ni trouble de connexion. De la chaleur humaine, authentique et réconfortante, pour renvoyer les apéros virtuels au rang d’expériences du passé. Mais cette bonne bouffe entre amis, longtemps fantasmée, comment s’inscrit-elle dans la néoréalité, alors que le virus menace encore de s’inviter ? « Lorsqu’il y a eu privation, il va y avoir un effet de compensation », avance Jean-Louis Lambert, sociologue de l’alimentation, qui met néanmoins en garde : « Entre l’objectif de convivialité et celui d’hypersécurité sanitaire, il n’y a ni juste milieu ni compromis possible. Notre notion du repas repose sur un partage complet, de l’espace, du temps, des plats et des boissons, dans une ambiance idéalement détendue. S’il y a de la méfiance entre amis, le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous… » Au prix de quelques concessions, chacun cherche pourtant à résoudre cette nouvelle équation covidienne.

Le casting. Pas plus de dix personnes, le message est passé. Et même deux ou trois fois moins pour commencer, on s’en satisfait volontiers. Mais quels sont les heureux élus : les confinés modèles, les plus disciplinés ? Les certifiés, ceux qui peuvent brandir les résultats d’un test d’immunité acquise ou d’une absence d’infection ? Et quid des amis soignants, des intermittents du confinement, des perpétuels rebelles (c’est pour ça qu’on les aime aussi) ? C’est le cœur qui dicte les premiers choix. « J’ai retrouvé en priorité mes fils, ainsi que mes deux plus vieilles amies, chacune leur tour », témoigne Valérie, quinquagénaire confinée en solo à Paris. « Les meilleurs potes, on les compte sur les doigts d’une main, explique Romain, un père trentenaire et musicien. C’est forcément avec eux qu’on se déconfine sans se poser de questions, ce qui ne veut pas dire sans précaution. » Certains n’hésitent pas à décliner les propositions de dîners aux convives trop nombreux, ou jugées prématurées quand il ne s’agit pas du cercle proche. « On n’a pas fait tous ces efforts pour les ruiner du jour au lendemain », objecte Laurent.

Le lieu. Apéro dans le jardin ou grande tablée ? Barbecue ou pique-nique clandestin ? « Dans nombre d’habitats, le respect des distances n’est pas évident, sauf si l’on possède une terrasse, observe le sociologue Jean-Louis Lambert. Mais les individus dont le cerveau est focalisé sur le risque incarné par les autres auront toujours du mal à se détendre, même en extérieur. » Au sein des groupes de copains, on jauge l’option la plus sûre, la plus proche géographiquement aussi – télétravailler mais emprunter le métro pour aller dîner, c’est pas facile à justifier…

Les salutations. Certains font bonne figure en arrivant encore masqués, comme un certificat de bonne conduite en chemin… Interdit de s’embrasser : les consignes bien assimilées brident les élans spontanés. La gêne et l’embarras gâchent un peu ces premiers instants. Quant aux nouveaux rituels de salutation, ils demeurent inégalement adoptés et semblent surtout cruellement inadaptés aux démonstrations d’amitié que l’on voudrait témoigner. Dans leur milieu d’artistes parisiens où l’on admet être « très tactiles », Aglaé met toute son affection dans les « coudous », qu’elle dispense comme autant de bisous. Benjamin, lui, s’amuse à prolonger les « footshakes » (frôlements du pied) : « A Valence, c’est trois… », plaisante-t-il avec un accent. Ailleurs, d’autres improvisent des gestes sans contact pour éviter de rester les bras ballants : un namasté de yogi paumes jointes, ou l’envoi d’un baiser qui s’envole de la main… Rapidement, les succédanés d’embrassades cèdent le pas au passage rituel au lavabo, parfois assorti de l’obligation de se déchausser.

Les cadeaux. C’est la pleine saison des pivoines, qui se pavanent en emblèmes éclatants du printemps. Des bouquets baume au cœur pour tous les citadins privés de nature. Mais la concurrence est rude : parmi les cadeaux apportés à un dîner, le lot de masques cousus main est du meilleur effet. Une preuve d’attention, tant qu’elle n’est pas perçue comme un rappel à l’ordre moralisateur. Plus classique, mais tout aussi personnalisé et saisonnier : une confiture maison (rhubarbe, fraise…), un bocal de pickles, ou tout autre fruit d’activités manuelles confinées.

La distanciation. On rêve d’une ambiance à la Sautet ; nous voici punis aux quatre coins d’une table basse blanche impeccablement désinfectée, comme les personnages d’un film de Ruben Östlund (le réalisateur suédois de Snow Therapy et de The Square). Les meilleurs amis du monde s’écartent ostensiblement dans les canapés, s’amarrant à l’accoudoir comme à un corps-mort en pleine tempête. Un verre ou deux aidant, l’assistance se détend. Quand vient l’heure de passer à table, les choses se compliquent. « Pour tenter de rassurer une de mes amies stressée lors de notre premier dîner post-confinement, je lui ai proposé de sortir toutes les rallonges de ma table, bien plus que ce qui était nécessaire pour sept », avance Sophie… Pas toujours facile de respecter le mètre réglementaire entre convives. Mais qui sortirait un télémètre de chantier ou un centimètre de couturière pour casser l’ambiance ? On est si bien, entre deux vieux copains, surtout quand nos épaules se frôlent…

Les gestes barrières. Le masque ôté, les mains lavées, les bises évitées : tout a bien commencé. Mais quel mode d’emploi pour le picorage collectif de l’apéritif ? Qui osera mettre les doigts dans les bols de crudités, noix de cajou et olives ? Il y a bien des piques et des couverts en bois, et ma voisine pour rappeler à l’ordre les étourdis : un seul usage toléré, on ne repique pas dans le plat ! « Ne pas se toucher, ça reste possible, analyse Jean-Louis Lambert. Mais ne pas manipuler les mêmes objets, dans le cadre intime d’un dîner, ça l’est beaucoup moins et cela génère une anxiété liée aux risques inhérents à chaque geste. » Notre hôte propose des coupelles individuelles pour que chacun fasse ses réserves d’écureuil. Mais qui fait le service ? Et faut-il faire tourner le gel hydroalcoolique en même temps que les plats quand les couverts passent d’un voisin à l’autre ? L’idéal serait de prévoir un repas 100 % portionné ou à l’assiette, et un volontaire de service officiant pour toute la tablée… Ça devient pénible, cette vigilance de tous les instants, on rêverait tant d’un dîner insouciant ! Idem pour le service du vin et de l’eau, dont les bouteilles transitent de main en main. Au bout de quelques verres, les barrières tombent et on y pense moins. Alors, on trinque ? Mettre deux verres en contact ne semble pas effrayer tout le monde. « Au début, on contrôle tous nos gestes, nos verres, nos mains. Mais, en fin de soirée, si un joint vient à circuler, certains semblent avoir oublié que, dans la journée, ils redoutent le moindre postillon émis par un inconnu dans la rue… », ironise Agathe, au lendemain d’un dîner entre étudiants. Dès que la spontanéité reprend le dessus, le risque s’immisce. Et c’est ainsi que l’un attrape un masque négligemment posé sur le meuble de l’entrée et qu’il pensait être le sien, tandis que l’autre, trop heureux de sa soirée, embrasse tout le monde avec effusion avant de partir, un masque (mais lequel ?) sur le nez…

Les sujets de discussion. On s’était promis de parler d’autre chose, de se changer les idées. Impossible pourtant de passer deux mois sous silence, d’éviter le sujet du virus, la crise sanitaire, économique et sociale, l’avant, l’après, ceux qui l’ont eu, les incertains, les nouvelles des anciens… Le ton s’échauffe un peu pour commenter la gestion de la crise, on détend l’atmosphère en déviant sur la barbe d’Edouard Philippe ou les défis capillaires des copains. On évoque les incertitudes de l’avenir, les sombres perspectives de boulot, les vacances au kilomètre zéro… Mais on passe à autre chose car, en bons Français à table, on se réconforte en parlant de bouffe et encore de bouffe. Des bons plans d’approvisionnement et des nouvelles recettes expérimentées pendant notre incarcération domestique. « Un bon repas sans amis, est-ce possible ?, interroge Kilien Stengel dans le Dictionnaire du bien manger et des modèles culinaires (éd. Honoré Champion, 2015). Les gens se plaisent à penser que rien n’est plus agréable que de marier les amis avec la table, comme un vin à un mets, et d’en constater l’évolution au cours d’un repas. Chez soi ou au restaurant, le plaisir de partager un bon moment est une pratique qui sera à l’avenir soit respectée, admirée, soit critiquée pour son caractère trop solennel ou traditionnel, dans le monde individuel qui se caricature à l’aube du XXIe siècle. » Comment imaginer qu’elle pourrait être un temps proscrite, cinq ans plus tard ? Il suffit d’en avoir été abruptement, durablement, collectivement privés pour en mesurer la valeur inestimable. Et y reprendre goût, envers et contre tout.

Stéphanie Noblet, Le Monde du 22 mai 2020

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La fin de l'argent liquide

« La crainte d’une transmission du virus via l’argent liquide est largement partagée à travers le monde »
L’économiste Marion Laboure constate que la crainte de la contamination au Covid-19 par les billets de banque et les pièces de monnaie pousse les consommateurs vers les paiements électroniques.

La pandémie de Covid-19 pourrait bien être le catalyseur tant attendu propulsant les paiements vers l’usage généralisé du numérique. De récentes études ont montré que les billets de banque et les cartes bancaires, comme toute autre surface manipulée par un grand nombre de gens, peuvent héberger bactéries et virus. Ainsi, le Covid-19 peut survivre sur une surface inanimée comme le carton, le métal, le verre ou le plastique entre vingt-quatre heures et neuf jours. Les smartphones ne constituent pas pour autant une meilleure option. Les premières études montrent que le virus peut survivre jusqu’à sept jours sur un écran de smartphone. Cependant, alors que les smartphones et les cartes bancaires peuvent être facilement désinfectés, ce n’est pas le cas des billets de banque et des pièces de monnaie.

La crainte d’une transmission du virus via l’argent liquide est largement partagée à travers le monde. Les recherches sur Internet avec les mots-clés « cash virus » montent aujourd’hui en flèche, notamment en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, etc.

Face à cette crainte, certaines banques centrales se veulent rassurantes, affirmant que le risque de transmission est faible. Selon la Banque d’Angleterre, le risque n’est pas plus élevé que celui présenté par les surfaces communes comme les rampes, poignées de porte ou les cartes bancaires. La Banque centrale sud-africaine a, quant à elle, dû préciser, face à des tentatives d’escroquerie, qu’elle n’avait pas ordonné le retrait de la circulation des espèces dans la mesure où il n’est pas prouvé qu’elles transmettent le Covid-19.

Des dollars mis en quarantaine

Mais, dans d’autres pays, le cash est considéré comme un vecteur potentiel de la pandémie. Ainsi l’Inde, l’Indonésie, la Géorgie et plusieurs autres pays encouragent fortement les paiements sans contact. La Banque populaire de Chine et les banques centrales de Corée du Sud, de Hongrie et du Koweït, ont désinfecté et détruit des billets de banque pour endiguer la propagation du virus. Craignant d’importer des devises contaminées, la Réserve fédérale américaine (Fed) a mis en quarantaine des dollars provenant d’Asie…

A court terme, le virus pourrait accélérer la tendance vers les paiements numériques. Pour réduire le contact physique et les files d’attente, le plafond du paiement sans contact est ainsi passé de 30 à 50 euros dans plusieurs pays européens. Les résultats sont encourageants : en Allemagne, plus de 50 % des paiements par carte ont été effectués sans contact ces dernières semaines, contre 35 % en décembre. L’impact du Covid-19 sur les systèmes de paiement pourrait se faire sentir d’abord en Asie, compte tenu de l’engouement pour ces modes de paiement. Une des principales explications à cette différence de comportement avec les pays occidentaux est la part plus importante de jeunes dans la population en Asie et leur plus grande disposition à adopter les nouvelles technologies.

Le Covid-19 pourrait changer la donne dans la mesure où les seniors, qui utilisent le plus les paiements en espèces, sont les plus vulnérables à ce virus. Ils pourraient être amenés à opter pour des paiements numériques. Mais un tel changement d’habitude peut prendre beaucoup de temps, notamment dans les pays aux populations vieillissantes et où le cash prévaut largement, comme l’Allemagne et les États-Unis.

La numérisation des paiements en Europe pourrait avoir un impact économique non négligeable car il n’y a à ce jour aucune entreprise européenne leader des paiements numériques. L’engouement des Européens pour les paiements numériques pourrait être une aubaine pour les entreprises américaines de paiement en ligne.

Enfin, les portefeuilles électroniques sur smartphone devraient constituer en 2025 la deuxième méthode de paiement préférée après la carte bancaire, et elle pourrait devenir la méthode de paiement préférée des jeunes. A plus long terme, les craintes sur la manipulation du cash pousseront les banques centrales à développer des monnaies numériques de banque centrale (MNBC). Aujourd’hui, 80 % d’entre elles travaillent sur le sujet. Des pays représentant un cinquième de la population mondiale sont susceptibles de proposer leur monnaie numérique dans les trois prochaines années.

Marion Laboure, économiste à Deutsche Bank et professeure d’économie à Harvard.
Le Monde du 5 juin 2020

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Comment le confinement a modifié les comportements alimentaires en France

Loin d’avoir entraîné une réponse uniforme, les restrictions mises en place le 17 mars ont eu des effets contrastés sur la nutrition et l’activité physique de la population.

Les étagères vides de paquets de farine ou de biscuits dans les grandes surfaces ont-elles été le signe d’une razzia de sucreries et de snacking pendant les huit semaines de confinement strict imposé en France ?

Alors que les restrictions décrétées le 17 mars ont été partiellement levées le 11 mai, l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN, équipe mixte de l’Inserm, l’Inrae, le CNAM et l’université Sorbonne-Paris-Nord) s’est attachée à comprendre comment cette période hors norme, qui a profondément bousculé les modes de vie, a affecté l’alimentation et l’activité physique des Français.

L’étude conduite par la directrice de recherche Mathilde Touvier et mise en ligne début juin sur le serveur MedRxiv (sans révision par des pairs) met en lumière deux tendances nettement opposées. Pour une partie de la population, les habitudes alimentaires ont été moins favorables, avec une moindre consommation de produits frais, une chute de l’activité physique, une hausse du grignotage et, in fine, une prise de poids ; pour un autre groupe, le confinement a été l’occasion de passer davantage de temps en cuisine, de faire plus d’achats en circuits locaux et de manger plus équilibré.

Pour mener ces travaux, les chercheurs se sont appuyés sur la base de données NutriNet-Santé, une enquête au long cours sur la nutrition et la santé lancée en 2009, qui compte 170 000 « nutrinautes » régulièrement consultés. Pendant le confinement, 37 000 d’entre eux ont ainsi participé à une étude détaillée sur leurs modes de vie, renseignant leurs menus sur plusieurs journées, leur poids au début et à la fin du confinement, détaillant leurs modes d’achat et différents paramètres.

Manger plus pour compenser l’ennui et combattre le stress

Beaucoup de Français ont dû réorganiser leur quotidien en raison de la fermeture des lieux de travail et des établissements scolaires. Habitués, pour certains, à manger en partie à l’extérieur du domicile, ils ont vu leurs journées s’articuler autour du casse-tête des trois repas par jour pour l’ensemble du foyer et ont dû repenser leurs achats, en tenant compte des restrictions de déplacement et des contraintes économiques.

Selon les profils – passage en télétravail ou non, arrêt ou maintien de l’activité professionnelle, présence d’enfants à la maison… –, les conséquences n’ont pas été les mêmes pour toute la population.

Un tiers (35 %) des participants à l’étude a pris du poids – 1,8 kg en moyenne – pendant ces deux mois ; 63 % ont vu leur sédentarité augmenter, passant plus de sept heures par jour assis ; 18 % ont déclaré manger plus pour compenser l’ennui et 10 % pour combattre le stress ; 17 % ont réduit leurs rations de fruits et légumes frais – remplacés pour ces derniers par des achats de conserves et de surgelés – et un tiers a mangé moins de poisson ; 10 % ont eu des difficultés à conserver un rythme régulier au niveau des repas. Parmi cette frange ayant eu une alimentation moins équilibrée (un tiers des participants, en combinant les différents paramètres), on trouve davantage de femmes, en télétravail, avec des enfants à la maison et un niveau de revenus plus faible.

A l’inverse, le groupe ayant eu un comportement alimentaire plus favorable (20 % des participants) rassemble plus d’hommes, sans enfants, des étudiants (principalement ceux qui ont rejoint leurs familles) et des personnes en chômage partiel. Ainsi, 23 % de ceux ayant répondu ont perdu du poids – 2 kg en moyenne – ; les répondants ont été 40 % à passer plus de temps à cuisiner des plats « faits maison » ; 17 % ont cherché à équilibrer leur alimentation pour compenser la perte d’activité physique ; près d’un sur cinq a même pu augmenter celle-ci.

Inégalités nutritionnelles

Un troisième groupe (42 %), plus âgé, vivant dans des petites villes ou des zones rurales, ou qui a continué à travailler en dehors du domicile, a connu peu de modifications dans son alimentation et n’a pas vu son poids évoluer. Il s’agit de ceux dont le mode de vie a été le moins bouleversé par la pandémie, qui ne travaillaient pas avant le confinement, ou qui ont continué à exercer leur activité sans changement.

Aucun de ces groupes n’est homogène et plusieurs facteurs ont pu avoir des effets ambivalents, comme le surpoids : pour certains individus, les informations liant l’obésité aux formes graves du Covid-19 les ont encouragés à rééquilibrer leur alimentation ; pour d’autres, au contraire, l’anxiété leur a fait prendre du poids.

Le télétravail a pu, lui aussi, jouer dans les deux sens : les télétravailleurs avec enfants ont été plus souvent dans des situations défavorables, tandis que ceux sans enfants ont pu davantage mettre à profit la période pour mieux s’alimenter. « Sur l’interprétation de ces résultats, on ne peut qu’émettre des hypothèses, souligne Mélanie Deschasaux, première auteure de l’étude. La présence des enfants au domicile a pu être liée à un manque de temps pour la préparation des repas, ou au fait de grignoter davantage, notamment lors du goûter. On a ainsi pu observer que le temps passé en cuisine a été utilisé pour faire de la pâtisserie. »

Les inégalités nutritionnelles ne se sont pas résorbées avec la crise sanitaire, bien au contraire : les travaux de l’EREN montrent que le niveau de revenus a été un facteur influençant fortement les comportements.

« Certaines habitudes prises peuvent perdurer »

En revanche, la précarité alimentaire qui a touché une partie de la population ne ressort pas nettement dans la cohorte NutriNet-Santé. En raison de son mode de recrutement en ligne, elle comporte certains biais statistiques, surreprésentant les femmes (52,3 %) et les catégories socioprofessionnelles élevées.

« Les résultats ont été redressés pour corriger ces biais, détaille Mme Deschasaux, mais la cohorte NutriNet n’est pas très adaptée pour capter les situations de précarité. Par exemple, dans notre étude, les étudiants ont été plutôt associés à des améliorations de comportements alimentaires, notamment car leurs familles n’étaient pas en difficulté financière. »

Malgré ces limites, les résultats présentés par l’EREN incitent à la vigilance en raison même des biais de la cohorte : si une part importante des participants – pourtant plus sensibilisés à la nutrition que la moyenne – a vu son alimentation se déséquilibrer, la proportion risque d’être encore plus forte pour la population générale.

« Certaines habitudes prises peuvent perdurer, met en garde Mélanie Deschasaux. Les personnes qui ont cessé de consommer du poisson vont-elles en remanger ? Celles qui ont fait moins de sport vont-elles se relancer ? Si la sédentarité, le grignotage et la prise de poids perdurent, cela peut poser problème à l’avenir. »

Mathilde Gérard, Le Monde du 12 juin 2020

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Le télétravail, un déclic pour changer de vie

Pendant la pandémie, les outils numériques ont permis à de nombreux Américains de travailler à distance et ainsi de concrétiser des envies d’ailleurs, constate ce journal financier. Et la tendance pourrait s’accélérer.

En mars dernier, lorsque la pandémie a éclaté, Gillian Holdstein et Jarred Roth se trouvaient tous deux en Californie pour raison professionnelle, et le couple de New-Yorkais a finalement décidé d’y rester pour de bon.

Ils avaient choisi de se mettre en quarantaine pendant environ quatre semaines dans une maison d’amis située dans la région viticole de Sonoma. L’employeur de Gillian Holdstein, la société de commerce électronique MikMak, l’a autorisée à ouvrir leur premier bureau de vente sur la côte ouest depuis chez elle. Quant à Jarred Roth, il concentre ses efforts actuellement sur la préparation de l’ouverture d’un restaurant dans la région, en collaboration avec d’autres personnes.

L’épidémie de coronavirus a remis en question l’idée selon laquelle, pour accéder aux plus belles perspectives professionnelles, les Américains doivent garder un lien physique avec les marchés de l’emploi les plus recherchés – malgré les coûts élevés et les espaces restreints qui leur sont souvent associés. Après trois mois de pandémie, une grande partie des actifs se retrouvent à exercer un métier, qui, pour l’instant du moins, leur permet de travailler de n’importe où, ce qui a entraîné une vague de déplacements dans tout le pays.

Se rapprocher de la famille ou fuir un logement trop cher

Les épisodes de récession ont tendance à refroidir les envies de migration. En général, c’est parce qu’ils ont décroché un nouvel emploi que les Américains déménagent, et les embauches chutent en période de récession. La crise financière de 2008 a limité la mobilité des Américains, car des millions de propriétaires se sont retrouvés sous l’eau, incapables de vendre leur logement sans subir de pertes.

Mais cette fois-ci, la situation pourrait bien être différente. Les prix de l’immobilier n’ont pas vraiment accusé le coup pour l’instant. De plus, de nouveaux éléments entrent en jeu. Ainsi, certains adultes risquent d’avoir du mal désormais à prendre l’avion pour rendre visite à leurs parents âgés, ce qui les pousse brusquement à s’interroger sur les raisons qu’ils ont de vivre si éloignés.

Nombreux sont les nouveaux télétravailleurs qui s’aperçoivent qu’ils préfèrent habiter plus près de leur famille ou dans un environnement moins pollué. D’autres en ont assez de devoir payer des loyers trop chers pour eux, et partent à la recherche d’un emploi dans des États ayant déconfiné plus rapidement, ou retournent dans leur ville d’origine.

Changement de mentalité dans les entreprises

Selon Cuebiq, une société de collecte de données qui suit les déplacements via les téléphones portables, les Américains ont changé de logement deux fois plus souvent qu’un an plus tôt à un certain moment en avril. Ils ont continué à se déplacer à un rythme élevé jusqu’à la mi-mai. Le décompte de Cuebiq inclut tous les voyages hors de chez soi ayant duré au moins trois semaines ; il a donc également enregistré certains déplacements temporaires, comme les personnes qui ont décampé pour aller s’installer dans des maisons de vacances, ou les étudiants qui ont quitté l’université pour rentrer chez eux.

Il est trop tôt pour dire combien de ces déplacements sont définitifs et comment, plus globalement, de nouveaux schémas migratoires pourraient remodeler le pays. Cependant, les déplacements provoqués par l’épidémie de Covid-19 pourraient accélérer la tendance déjà en cours de migration de la population des villes, densément peuplées et chères, vers des zones plus abordables, telles que les petites villes et les banlieues.

Le télétravail est à l’origine d’une grande partie de ces déplacements. Affirmant dès à présent que leur expérience de plusieurs mois de travail à distance est un succès, des sociétés accordent à de nombreux employés la permission permanente de décrocher de leur bureau. D’autres qui, il y a seulement six mois, tournaient en dérision l’idée de laisser des employés travailler de chez eux l’adoptent aujourd’hui.

Les cols blancs privilégiés

Cependant, tout le monde ne s’attend pas à voir des millions d’Américains faire leurs valises.

“Il est clair que le nombre de télétravailleurs va exploser, reconnaît Thomas Cooke, un conseiller, spécialiste des questions de démographie, qui vient de prendre sa retraite de professeur de géographie à l’université du Connecticut, mais quant à savoir si ce sera une énorme transformation, il est difficile de l’affirmer catégoriquement.”

Pour de nombreuses personnes, il n’en est même pas question. Il est beaucoup plus facile pour les cols blancs de plier bagage tout en conservant leur emploi. Mais les obligations familiales, comme la scolarité des enfants, peuvent constituer un frein au déménagement.

Des employés autorisés à déménager définitivement

Cependant, certaines entreprises remettent déjà en question leurs expériences du travail à domicile. Ainsi, début mai, les dirigeants de Twilio, une entreprise numérique de San Francisco, envisageaient de proposer à leurs employés de déménager sur le lieu de leur choix pour travailler à distance de façon permanente, selon Christy Lake, le directeur du personnel. Mais, à la fin du même mois, l’entreprise avait fait quelque peu machine arrière, conditionnant à l’obtention de l’autorisation de son responsable la possibilité pour un employé de travailler à partir d’une autre ville ou d’un autre État du pays, et ce jusqu’à la fin de l’année seulement.

La société a néanmoins dit oui à une quinzaine d’employés (sur les 3 000 qu’elle compte) qui ont souhaité déménager définitivement. Ly Nguyen, une ingénieure logiciel de 28 ans qui travaille au bureau de Redwood City de la société, a été amenée à rester en Californie des années de plus que ce qu’elle avait prévu au départ à cause de sa carrière professionnelle. Mais, avec l’éclatement de l’épidémie de Covid-19, son projet de longue date de se rapprocher de sa famille à Seattle a revêtu une importance accrue. “Cela m’a fait vraiment prendre conscience qu’il était temps que je déménage”explique-t-elle.
Partie s’installer plus au nord vers la mi-mars, elle a entamé des discussions avec sa société dès le mois suivant pour y déménager définitivement. Comme tout le monde travaille à distance, on est moins stigmatisé si on n’est pas au bureau, souligne-t-elle. Elle est actuellement à la recherche d’un logement à acheter.

Rachel Feintzeig et Ben Eisen

Courrier international du 26 juin 2020 (traduction).
La version originale a été publiée dans The Wall Street Journal du 17 juin 2020.

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"Skypero"

"Skypéro", "coronanniversaire"… L’art de boire des coups en restant chez soi

Entre amis, en famille ou avec des collègues, les apéritifs virtuels se multiplient pour tenter de garder le lien malgré le confinement. Sur Skype, Zoom ou Messenger, on s’organise comme on peut, un verre à la main.

C’était prévu de longue date : la soirée promettait d’être mémorable. Comme chaque année le 17 mars, Mathias avait rendez-vous dans le bar qui lui sert de QG à Saint-Etienne pour fêter son anniversaire − mais aussi la légendaire Saint-Patrick. Confinement oblige, le plan s’est transformé en « coronanniversaire » : ses amis d’enfance ont proposé l’ouverture d’un bar virtuel. Depuis le début du confinement mis en place à la suite de l’épidémie due au coronavirus, les apéros et dîners à distance, effectués par écrans interposés, se multiplient dans les familles et les groupes d’amis, qui les baptisent chacun à leur manière : « coronapéro », « skypéro »…

A 20 heures pétantes, la bande d’étudiants se retrouve sur Messenger, la messagerie instantanée de Facebook. Bière à la main, chapeau vert sur la tête pour certains, on célèbre par écrans interposés. Face caméra, les visages sont pixélisés, mais le cœur y est.

 « Evidemment, c’est moins sympa, confie Mathias entre deux gorgées. Mais je ne pensais pas qu’on resterait aussi longtemps, on réussit à avoir les mêmes conversations que d’habitude ! » Etudiant en 5e année de médecine, en stage aux urgences du CHU de Saint-Etienne, il a fait le choix de rester confiné seul dans son appartement « pour ne pas ramener des microbes chez les parents ». De repos de garde le jour de ses 23 ans, il était important pour lui de vaincre aussi la déprime. Sur Messenger, le nombre de participants est limité à 8 pour ce type de visioconférences. Ce qui réduit le brouhaha joyeux et incessant de ce « coronanniversaire ».

Interdiction de parler boulot

Autre apéro virtuel, autre ambiance. A l’afterwork de la société Inova Software, on se connecte sur Skype for Business pour entrer dans la « room » : au pic de fréquentation, 22 personnes tentent de se faire entendre et ça braille dans toutes les langues. Si le siège d’Inova Software – plate-forme cloud pour l’industrie biopharmaceutique – est situé à Lyon, une partie de l’équipe vit à New York.

« Edouard, j’ai récupéré ton beaufort coincé dans le frigo ! » ; « Michel nous a rejoints, bonjour Michel ! » ; « Nicolas, tu nous montres ton nouvel appart' à Brooklyn ? ». Tous respectent gaiement les règles instaurées par Ludovic, le responsable sécurité de l’information de l’entreprise, à l’initiative de ce rendez-vous. Interdiction de parler boulot, obligation de boire un verre (avec ou sans alcool).

La moyenne d’âge d’Inova Software tourne autour de 30-35 ans. Mais ce bar virtuel reste ouvert à l’ensemble des générations : on y croise le bébé de Clémence, concentré sur sa purée verte, et puis un chien sur l’écran de gauche. Même le patron, Gilles, est invité. « En temps normal, on se retrouve au moins une fois par semaine entre collègues pour aller boire des coups, raconte Ludovic. Là, avec le confinement, on a aussi perdu les interactions à la machine à café. Alors on invente des alternatives ! »

« Une bouteille et une bonne connexion »

Dans la famille de Maxence, 18 ans, un groupe Skype existe depuis trois ans déjà. Les grands-parents vivent à Marseille, les cousins à Miami, les parents, divorcés, à quelques kilomètres de la frontière avec la Suisse. Les petites sœurs sont confinées chez leur mère, Maxence chez son père, « pour qu’aucun des parents ne reste seul le temps du coronavirus ».
Habitués depuis longtemps au principe des « skypéros », qu’ils organisent en général une à deux fois par mois, ils ont décidé d’intensifier le rythme en cette période de confinement. « On va essayer d’en faire un tous les deux joursprécise Maxence. On a besoin de se rassurer. Pour que ça soit naturel, on fait une petite installation sur la table basse du salon, avec des chips et le téléphone posé sur le côté. » Entre le décalage horaire des Américains et le manque de souplesse technique des grands-parents, l’entraînement sera renforcé tout au long du confinement.

Il a fallu faire preuve d’imagination aussi chez Joël, réalisateur belge de 46 ans. Les vacances au ski avec les familles de copains, près des Contamines-Montjoie (Haute-Savoie), sont tombées à l’eau. Alors le Bruxellois a posté dans la matinée une annonce sur ses comptes Twitter et Instagram : « Ce soir premier #coronapéro avec des amis. La recette : une bonne bouteille, deux-trois zakouskis et une bonne connexion pour Skype. »

En maître de cérémonie de sa grand-messe numérique, Joël a mis de côté « quelques bouteilles de rouge, du houmous et des petits morceaux de fromage d’Orval délicieux. Autant se faire plaisir ! » Petits et grands concourent au blind-test virtuel – on écoute la chanson et on s’empresse de donner sa réponse dans l’onglet de tchat.

Là encore, le problème réside dans la gestion de la parole, chaque entité de communication réunissant le vacarme d’une famille entière. Mais Joël s’en lave les mains : « C’est pareil qu’à un apéro classique. Tout le monde parle en même temps, personne n’écoute personne, mais on repart tous très contents d’y avoir été ! »

Léa Iribarnegaray, Le Monde du 18 mars 2020
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Obsédé par le pain - agriculture bio

« J’étais obsédé par le pain, cet aliment “pauvre” ancré dans notre histoire, sur le plan alimentaire comme sur le plan symbolique et politique »

Pionnier de l’agriculture biologique, Henri de Pazzis cultive différentes variétés de blés anciens. Des champs qu’il enrichit, en y plantant notamment des pois chiches, dont il aime faire des salades nourrissantes.

 « Même au fond des champs, on peut être rattrapé par l’intranquillité. Ce qui m’attriste et m’inquiète, c’est la séparation des hommes d’avec le monde, la nature. J’ai toujours milité en faveur de l’écologie, mais il faut aller au-delà : c’est notre humanité qui s’est perdue, notre âme. Ces questions m’habitent depuis ­longtemps. Né à Paris, ma famille est enracinée en Provence depuis des siècles. À 19 ans, je suis venu m’installer à Saint-Rémy-de-Provence pour travailler auprès d’une tante et d’un oncle artistes, Jacqueline et René Dürrbach. Ils m’ont enseigné le lien à la terre, un lien poétique fondateur de notre humanité. J’ai passé deux ans à l’atelier avec eux, puis j’ai commencé à faire du maraîchage sur des terres qu’ils m’ont prêtées. J’ai fait de l’agriculture biologique, mais j’étais étonné qu’il n’y ait aucun marché bio en France et que le travail des paysans ne soit pas valorisé. C’est ainsi qu’en 1987, en partant de presque rien, j’ai créé ProNatura.

Au départ, c’était un simple réseau pour aider mes amis paysans bio à commercialiser leurs produits. Je faisais les choses assez intuitivement, j’avais un bon sens du commerce. Or, nous n’étions pas nombreux en France et tout s’est développé très vite. Au bout de quinze ans, l’entreprise était devenue grande, avec 200 salariés et plus de 2 000 agriculteurs. J’ai commencé à douter, à me demander si c’était ma place, j’avais envie de retrouver du calme, de renouer plus profondément avec la terre. Je cherchais une voie pour retrouver de la liberté, et j’ai pris la mauvaise décision de faire entrer un fonds d’investissement dans ma société, qui rêvait en fait d’un bio industriel – ce à quoi je m’opposais. J’ai finalement été remercié. J’aurais préféré partir autrement, mais avec la part qui m’est revenue, j’ai pu enfin acheter des terres et m’y consacrer.

J’étais obsédé par le pain, cet aliment “pauvre” ancré dans notre histoire, sur le plan alimentaire comme sur le plan symbolique et politique. J’ai décidé de cultiver des variétés de blés issues de semences libres et anciennes, pas ces blés ­sélectionnés pour l’agro-industrie. Je les sème en respectant une rotation de huit ans, dont quatre de luzerne pour fertiliser les sols et un an de pois chiches ou de lentilles, qui enrichissent les terres en azote. Mon travail est artisanal, j’essaie d’être proche du sol et de comprendre ce qu’il s’y passe. Je livre la farine de mon moulin à cinq boulangers d’exception, et je produis quelques tonnes de pois chiches par an. Ça, c’est un produit que j’adore, à la fois savoureux, rustique et nutritif, que je prépare souvent, quand ce n’est pas mon ami cuisinier Pierre Giannetti (La Fabriquerie, à Marseille) qui me fait une recette, comme celle-ci, typique de la cucina povera [cuisine du pauvre]C’est un produit qui me conforte depuis toujours. Lorsque j’ai commencé à cultiver, je faisais deux récoltes pour moi : des pommes de terre et des pois chiches. Et lorsque je les avais rentrés, au mois d’août, j’avais ma réserve pour l’année. J’étais en sécurité, il ne manquait que l’huile d’olive. »

Camille Labro, Le Monde du 22 mai 2020

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En Italie, les lettres d'amour ont leur musée

Dans les Abruzzes, un musée célèbre les lettres d’amour. Il a été ouvert en 2011 par deux amoureux nostalgiques de ces temps pas si anciens où l’on prenait la plume pour déclarer sa flamme. 

Les lettres d’amour passent de mode : les mots doux se fanent, cédant la place aux messages instantanés façon WhatsApp. On ne les tape même pas : on laisse un émoji, tout au plus un message vocal. Et, dans les stories Instagram, nulle trace de mot tendre ou de formule de courtoisie. On attendrait en vain que les jeunes d’aujourd’hui et leurs parents prennent la peine d’attraper une feuille de papier et un stylo-plume pour se courtiser ou entretenir la flamme sur le papier.

Pourtant, certains se battent pour perpétuer cet art moribond si précieux et si humain. Dans les Abruzzes, plus précisément à Torrevecchia Teatina, dans la province de Chieti, se trouve l’unique musée au monde consacré aux lettres d’amour. Niché dans un bâtiment du XVIIIe siècle, le palais Valignani, le musée a été inauguré voilà dix ans. Chaque année, des milliers de touristes viennent le visiter grâce au bouche-à-oreille des amoureux. Tous s’attardent devant les quelque 20 000 lettres exposées remontant à diverses époques et provenant des quatre coins de la planète.

Incandescence et émotion

Collections et raretés se succèdent : courriers historiques de la Première Guerre mondiale ou des années 1920 et 1930, échanges poétiques et incandescents entre des amants anonymes sous le fascisme… Une salle est consacrée aux immigrés : des témoignages d’affection exprimés dans un italien basique et approximatif, mais profonds, denses et émouvants. Cela va de nos émigrés partis en Argentine voilà cent ans à la récente fuite des cerveaux de la génération Erasmus : et, naturellement, la langue évolue.

Dans la salle du milieu, la plus vaste, sont réunies un nombre incalculable de lettres d’amour : elles descendent du plafond en cascade, à hauteur du visage des visiteurs. C’est comme si elles volaient : elles ondoient, flottent, oscillent à peine, mais poursuivent leur voyage d’un continent de l’âme à l’autre. À quoi s’ajoutent les legs d’écrivains, comme les pensées tendres d’Ugo Riccarelli [poète et écrivain, 1954-2013]. Et, parmi les témoignages les plus intéressants, les lettres offertes spontanément par l’homme de la rue. Certaines, noircies à l’encre de l’espérance, ont été écrites derrière les barreaux : le cœur ne connaît ni prison ni raison.

Une tradition compromise par le train et Internet

“Pourquoi avons-nous créé ce musée ? Parce que, par les temps qui courent, on n’écrit plus de lettres d’amour, ce qui est dû à l’abolition des distances. Autrefois, quand on vivait à 500 kilomètres l’un de l’autre, il était impossible de se rejoindre physiquement, en tout cas rapidement. Aujourd’hui, c’est parfois l’affaire d’une heure : on grimpe dans un avion ou un TGV”, confie Massimo Pamio, poète, auteur et directeur artistique du musée. Il poursuit : Nul besoin d’écrire certaines lettres, puisqu’on arrivera avant elles. C’est comme ça qu’ont disparu le plaisir et le frisson de l’attente. Avec ce musée, nous avons voulu préserver une tradition du passé qui peut servir à critiquer le présent.”

Un musée-écrin pour les mots doux

La création même de ce musée a été un acte d’amour. Sa genèse remonte milieu des années 1990. Massimo Pamio se trouve dans le train touristique du Vésuve avec quelques amis, en route vers Pompéi. À un arrêt, une jeune fille monte à bord avec une minijupe à couper le souffle et une longue crinière rousse. Il s’assoit à côté, engage la conversation, lui explique qu’il est en train de monter une exposition à Naples. Les deux commencent à s’écrire assidûment, au départ en toute amitié. Ils se revoient, se fréquentent et perpétuent cette habitude qui, entre-temps, s’est muée en correspondance amoureuse intensive. La jeune fille se nomme Giuseppina Verdoliva (pour tout le monde, c’est “Pina”), et une idée grisante germe tout à coup dans leur esprit : “Pourquoi est-ce qu’on n’organiserait pas un concours international de lettres d’amour ?” Un genre littéraire relégué alors aux greniers. Tous deux se fiancent, se marient, et lancent en 2000 le festival qu’ils avaient imaginé, et qui fête cette année sa 20e édition.

“Ce sont généralement les femmes qui écrivent le plus, de 25 à 60 ans”, poursuit Massimo Pamio. “Il arrive que ces lettres traitent de l’amour au sens large : on s’adresse à un fils disparu, à un proche invalide, à un objet fétiche. Dès la première édition, nous avons reçu la bagatelle de 1 200 lettres, souvent de l’étranger. Année après année, n’ayant pas d’autres locaux à notre disposition, nous avons entassé toutes les lettres des participants chez nous”, confient Massimo et Pina : Notre appartement de Chieti était plein à craquer : des enveloppes et des feuilles volantes partout, dans la salle de bains, dans la chambre à coucher… L’année du tremblement de terre de l’Aquila en 2009, pendant cette secousse interminable, on a voulu se mettre à l’abri sous le lit. Mais ce n’était pas possible, il n’y avait pas la place, c’était bourré de lettres…”

Cette situation ne pouvait plus durer, le plus élevé des sentiments ne pouvait pas rester cloîtré entre les quatre murs d’une maison. Il était temps d’ouvrir un musée en souvenir de cette époque lente mais glorieuse où l’amour voyageait sous cachet de la poste. Et où tout le monde écrivait des lettres d’amour : l’homme d’État, l’artiste, le scientifique, l’homme de la rue… Un hommage à un rituel expressionniste qui n’est jamais vulgaire et à la liberté d’exprimer ses désirs, quels qu’ils soient. Un rituel binaire et privé, et pourtant connecté au monde intérieur de chaque époque. Même aujourd’hui, où les chansons d’amour ne sont plus celles d’autrefois. Parce que, comme l’écrivait saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : “L’amour ne passera jamais.”

Maurizio Di Fazio
Courrier International du 22 août 2020
Traduction d'un article paru dans L'Espresso

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L'art de râler expliqué aux Anglo-Saxons

Pour bien converser avec un Français, mieux vaut savoir se plaindre, constate la BBC. Mais si râler est une habitude largement appréciée en France, savoir précisément à quel moment, face à qui et de quoi il convient de se lamenter est… tout un art.

“Les vendanges sont mauvaises ; les politiques sont des incompétents, et en plus ils sont d’une bêtise crasse.” Un indice presque sûr pour savoir qu’une conversation a lieu en France : c’est qu’à son début quelque chose ne va pas. C’est ce que détaille, sa propre expérience à l’appui, Emily Monaco sur le site de la BBC. Cette Américaine venue en France il y a une dizaine d’années a longtemps été déconcertée d’entendre ses contemporains pester, rouspéter et grogner dans tous les sens, déconcertée par ce qu’elle a vécu comme un “concert de récriminations permanent”. “Mais pourquoi donc les Français sont-ils toujours de si mauvaise humeur ? Quand j’ai enfin eu le courage de poser la question à un ami français, il m’a rétorqué qu’il ne se plaignait pas, mais qu’il râlait.”

Voilà une distinction qui a incité l’Américaine que je suis à découvrir ce qui se cachait derrière le mécontentement français, à commencer par les mots : “On peut ‘se plaindre’, c’est le verbe employé pour les bonnes vieilles protestations, ‘porter plainte’, quand c’est plus officiel. Et il y a ‘râler’, se plaindre juste pour le plaisir.”

Un art délicat

Une finesse lexicale qui suggère l’idée que, oui, râler comme un vrai Français n’est pas donné à tout le monde, et surtout pas au premier étranger venu. Savoir ‘râler’ au bon moment, auprès des bonnes personnes et pour les bonnes raisons est un art délicat.

En voici les grands principes :

1. En France, contrairement aux États-Unis, dire quelque chose de négatif invite l’autre à donner son opinion.

Dans l’Hexagone, écrit Emily Monaco, une plainte est l’un des moyens favoris pour lancer une conversation : “Vous pouvez parler d’un bon restaurant en insistant sur le service qui laisse à désirer, ou bien souligner qu’à cause des fenêtres orientées vers l’est de votre nouvel appartement vous allez devoir acheter des rideaux.” Un comportement contre nature pour les Américains. Ces derniers, explique Anna Polonyi, une auteure franco-hongro-américaine de l’Institut de pensée critique de Paris, risqueraient alors d’être perçus comme des losers. Ce mot, à son tour, n’existe pas en français.

2. En France, une conversation peut être assimilée à un duel

La journaliste canadienne Julie Barlow, coauteure d’Ainsi parlent les Français explique : “Râler est un excellent moyen d’ouvrir les hostilités. Cela permet d’afficher son intelligence et de donner l’impression que l’on fait preuve d’esprit critique, que l’on réfléchit, que l’on n’est pas naïf.”

C’est tout le contraire aux États-Unis, où l’apparente négativité française met mal à l’aise. Ici, le maître mot est : se retenir autant que possible. Et si complainte il doit y avoir, mieux vaut lui adjoindre un “Oh ! mais je vais m’en remettre…” Une marque de l’optimisme anglo-saxon dont le Français, lui, peut se passer allègrement.

3. Nul besoin de conclure une plainte

Rouspéter de manière brute est très français, et bon pour la santé. La BBC cite une étude de 2013, publiée dans la revue Biological Psychiatry, selon laquelle tenter de réguler les émotions négatives pourrait causer un risque accru de maladies cardiovasculaires ; ce constat est étayé par une étude de l’université du Texas de 2011 qui soutient que retenir des émotions négatives rend les gens plus agressifs.

4. La complainte française privilégie les choses extérieures à soi, non la vie personnelle

En 2010, 48 % des Français interrogés dans un sondage indiquaient se plaindre surtout du gouvernement. Les sujets d’ordre personnel figurent bien plus bas sur la liste des problèmes : 23 % disent se plaindre quand une personne contactée ne rappelle pas ; et 12 % seulement se plaignent des problèmes liés à leurs enfants. Conclusion de l’auteure : “Je pense que les Français sont optimistes et confiants quand il s’agit d’eux-mêmes et de leur vie, mais qu’ils ont tendance à être très durs vis-à-vis de leur pays.”

5. En France, on se plaint pour toutes sortes de raisons

Se plaindre ne sert pas forcément à résoudre un problème ou à provoquer un changement, écrit l’auteure : “En France, comme avec la plupart des formules toutes faites – demander à quelqu’un si ça va sans vraiment s’intéresser à la réponse, par exemple –, râler est avant tout un moyen de créer du lien.”

Un moyen qui fonctionne bien, conclut Emily Monaco. Se plaindre, au fond, apporte un sentiment d’authenticité et, plus important encore, révèle une certaine vulnérabilité. “Après des années en France, j’ai enfin pu me lier d’amitié avec les habitants. Je n’aurais jamais cru que je devrais râler autant pour y arriver.”

Courrier international, 20 septembre 2020, traduction d'un article d'Emily Monaco publié par la BBC le 1er septembre.

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Le boulanger, sa muse et le pain au levain

Ma transition d'amateur de pain à boulanger occasionnel a été une longue et joyeuse quête. Quand j'étais petit garçon, ma grand-mère danoise faisait un pain à la farine de blé complet que j'adorais, et quand j'ai été plus âgé, j'ai terriblement regretté de ne pas lui en avoir demandé la recette. J'ai parcouru des livres de boulangerie pour chercher un pain similaire, mais je ne l'ai jamais trouvé ; mon seul recours a été de me lancer dans la tentative infructueuse de découvrir par moi-même le secret de son pain. Malheureusement, après d'innombrables expériences et essais, j'ai seulement failli y parvenir mais je n'ai jamais réussi à produire un pain qui avait exactement le même goût que celui de ma grand-mère. Ces tentatives préliminaires de cuisson du pain ont toutefois marqué le début de de ma passion pour de bons pains croustillants, délicieux et excellents pour la santé.

    L'autre élément formateur de mon apprentissage de la fabrication du pain a été d'avoir eu la chance de vivre en France pendant un bon nombre d'années. Au cours d'un séjour de deux ans à Poitiers, j'ai rencontré puis filmé un artisan boulanger qui réalisait des tours de magie avec de la farine, du sel et de la levure dans un ancien four en briques qui était alimenté par d'énormes bottes de sarments de vignes récupérés après la taille. Mon préféré était son pain aux noix. C'était un pain de seigle léger ponctué d'une généreuse dose de noix.

    Le pain aux noix est très répandu en France, et maintenant pour moi chaque voyage dans l'hexagone implique la recherche d'une boulangerie qui propose un authentique pain aux noix et, mieux encore, un pain qui comprend aussi des raisins secs. Malheureusement, le pain aux noix et aux raisins secs est presque inexistant aux États-Unis. J'ai donc dû recourir à l'adaptation de ma pauvre imitation du pain de ma grand-mère en y ajoutant des noix et des raisins secs. Et puis, il y a plusieurs années, j'ai découvert sur YouTube des vidéos sur le pain au levain et sa cuisson dans des cocottes en fonte qui imitaient ces merveilleux fours professionnels qui injectent de la vapeur pendant les premières étapes de la cuisson. Ces nouvelles recettes et techniques se sont avérées être le moment décisif dans ma quête d'un pain aux noix et raisins croustillant et savoureux. Bien que le goût soit très différent de celui de ma grand-mère, les résultats de mes tentatives hebdomadaires et de mes expériences avec différentes farines et ajouts (canneberges, cerises, noix de pécan) ont largement dépassé mes tentatives initiales de cuisson.

    Pour faire votre propre tour de magie avec le levain, vous aurez besoin de quelques éléments de base : un levain-chef, une balance numérique, un thermomètre, des paniers de fermentation (bannetons), de grands bols pour mélanger, un coupe-pâte, une lame de rasoir tranchante, une cocotte en fonte, et vous aurez aussi besoin de beaucoup de patience et de la volonté de faire des expérimentations avec différentes farines et techniques pour manipuler votre pâte. Au cours d'un processus qui dure normalement deux jours, vous mélangerez vos farines, ajouterez l'eau, la laisserez s'autolyser (absorption complète de l'eau), ajouterez le levain que vous aurez préparé la veille, puis le sel, et pendant ce que l'on appelle la fermentation en masse, vous effectuerez une série d'opérations d'étirement et de pliage pour faciliter le développement de la structure du gluten. Ensuite, il y a l'opération critique de mise en forme en deux fois des pains puis de la fermentation pendant la nuit dans des bannetons placées dans le réfrigérateur. Le véritable test de toute l'opération a lieu le lendemain matin lorsque, après que le pain, placé dans une marmite en fonte genre Le Creuset, ait été chauffé dans le four pendant 30 minutes, vous soulevez le couvercle et vous découvrez le merveilleux mystère que vous ont réservé tous ces ingrédients sous la forme d'un beau pain rond. Après une vingtaine de minutes supplémentaires sans le couvercle, vous pourrez admirer le résultat de vos efforts alors que votre pain refroidit sur une grille de refroidissement. La tentation de couper une tranche et de la goûter tout de suite sera parfois trop forte pour y résister, mais vous devriez plutôt attendre plusieurs heures – ce qui vous donnera d'autant plus de temps pour contempler votre petite création et ressentir le grand plaisir d'avoir accompli quelque chose. Les soucis et les difficultés engendrés par la pandémie disparaîtront, au moins pour un temps. Et la satisfaction de faire cuire votre propre pain délicieux, et l'arôme qui emplit votre maison lorsque ces boules au levain dorées refroidissent, sans parler de leur goût, en vaudront plus que la peine.

    Le confinement imposé par le Covid-19 a incité beaucoup de gens aux États-Unis, mais aussi en France, à commencer à faire leur propre pain, et l'un des effets secondaires non intentionnels a été une pénurie presque immédiate de certains produits dans les magasins. Ce n'était pas seulement le papier toilette qui était difficile à trouver, mais d'autres articles, dont la farine de pain biologique que j'utilisais. Pour moi, le bon côté de la ruée à la farine est que j'ai commencé à chercher d'autres sources sur Internet, et j'ai découvert plusieurs petits moulins qui non seulement cultivent leurs propres céréales biologiques, mais les moulent aussi. Il est sans aucun doute beaucoup plus facile d'utiliser n'importe quelle farine tout usage, mais le goût et la qualité de la farine bio, qui est riche en protéines, valent bien les efforts supplémentaires. Je comprends maintenant parfaitement que certaines des grandes boulangeries de France n'utilisent que de la farine provenant de certaines régions et moulins spécifiques. Un superbe article sur la cuisson du pain à Lyon, paru dans le New Yorker en avril dernier, a souligné cet aspect*.

    À tous ceux de nos lecteurs qui ont peut-être pensé à se lancer dans l'aventure de la cuisson au levain, je ne peux que le recommander vivement. Il faut un peu de temps pour se familiariser avec tout cela, et vous devez absolument vous procurer un équipement et des ustensiles spécialisés et être prêt à essayer de nouvelles choses. Il y a une multitude de vidéos sur YouTube qui sont toujours instructives, certaines plus que d'autres. Bons premiers pas dans l'art de faire du pain ! Vous ne le regretterez pas.

Roger Stevenson, French Accent Magazine No 87, octobre-novembre 2020

___
* www.newyorker.com/magazine/2020/04/13/baking-bread-in-lyon?reload

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L'effet de Flynn

L'effet de Flynn du nom de son concepteur, a prévalu jusque dans les année 1960. Son principe est que le Quotient Intellectuel (QI) moyen ne cesse d’augmenter dans la population. Or depuis les années 1980, les chercheurs en sciences cognitives semblent partager le constat d’une inversion de l’effet Flynn, et d’une baisse du QI moyen.

La thèse est encore discutée et de nombreuses études sont en cours depuis près de quarante ans sans parvenir à apaiser le débat. Il semble bien que le niveau d’intelligence mesuré par les tests de QI diminue dans les pays les plus développés, et qu’une multitude de facteurs puissent en être la cause.

A cette baisse même contestée du niveau moyen d’intelligence s’ajoute l’appauvrissement du langage. Les études sont nombreuses qui démontrent le rétrécissement du champ lexical et un appauvrissement de la langue. Il ne s’agit pas seulement de la diminution du vocabulaire utilisé, mais aussi des subtilités de la langue qui permettent d’élaborer et de formuler une pensée complexe.

La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps. La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression. Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.

Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.

Sans mots pour construire un raisonnement la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots. Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses «défauts», abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté.

Christophe Clavé

Questions :

  1. Ecrivez les nouveaux mots que vous avez découvert dans ce texte.
  2. L’auteur évoque deux constats, quels sont-ils ? (§2)
  3. Citez « deux coups mortels portés à la subtilité d’expression » (§3)
  4. Quelles sont les conséquences de cet « appauvrissement » ? (§3)
  5. Qui a déjà utilisé ce stratagème et pourquoi ? (§4)
  6. Quel message lance l’auteur, C. Clavé ? (§4/5)
  7. Avez-vous le même constat dans votre pays ? Qu’en pensez-vous ?
  8. Quelle importance attachez-vous à un système de mesure tel que le QI dans notre société ? Est-ce qu'il a d'autres valeurs importantes, comme l'intelligence émotionnelle et affective ?

Réponses :

2. La baisse du niveau moyen du QI. L’appauvrissement de la langue
3. Exemple de réponses possibles : La généralisation du tutoiement. La disparition des majuscules
4. C’est plus difficile d’exprimer ses émotions. C’est plus difficile d’élaborer la pensée.
5. Exemple de réponse : les dictateurs. Pourquoi : laisser l’élève répondre librement.
6. « faites parler, lire…..vos étudiants » (§4). « Enseignez et pratiquez… compliquée » (§5)

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Le champagne rosé s'invite à la table

Symbole de la fête et du luxe, les rosés effervescents ont longtemps été cantonnés à l’apéritif et au dessert. Les nouvelles déclinaisons, puissantes et corsées, leur permettent désormais d’accompagner un repas. Et de bien résister à la crise du champagne.

Quelques millions de bouteilles de champagne ont coulé depuis les débuts d’Ariana Grande. Aujourd’hui, le clip de son titre 7 Rings totalise plus de 850 millions de vues sur YouTube et le compte Instagram de la chanteuse-actrice-influenceuse compte 204 millions d’abonnés. Autant dire que ce qu’elle boit est scruté à la loupe. Et imité. En 2013, à 20 ans, sa popularité n’en était qu’à ses débuts. Elle chantait alors Pink Champagne, « on pétille comme une bouteille de champagne rosé, (eh eh) »ode à la fête débridée.

Aujourd’hui, le champagne rosé occupe toujours ses mises en scène. Et, s’il reste un symbole de luxe, de jeunesse et de joie, son image glamour et girly évolue. Désormais, ce sont plutôt les amateurs de belles bouteilles et les chefs de restaurants gastronomiques qui s’en entichent. Le champagne rosé a fini sa mue. De bouteille de luxe à la mode, il s’impose désormais comme un grand vin, capable de rivaliser avec les autres vignobles à table. Et de résister à une crise mondiale du champagne.

Un flacon d’exception à 200 euros

Deux maisons font figure de pionnières du rosé moderne, et leur succès ne se dément pas. La première, Laurent Perrier, a frappé les esprits avec la commercialisation d’une cuvée rosée, en 1968, mais plus encore avec sa première cuvée prestige, la cuvée Alexandra 1982. Pour la première fois, un champagne rosé devenait un flacon d’exception. Il l’est resté : une bouteille de ce type vaut désormais plus de 200 euros.

Une autre maison a réussi à se faire connaître dans les milieux chics grâce au rosé, c’est Billecart-Salmon. « Dans les années 1970, cette couleur était délaissée. Mais Jean Roland-Billecart, Monsieur Jean, y a cru, raconte Mathieu Roland-Billecart, passé par la City avant de rejoindre l’entreprise familiale. Il a persisté dans ce choix durant quinze, vingt ans, avant que les chefs ne commencent à en parler. Ce qui a tout changé, me semble-t-il, c’est d’avoir privilégié la finesse, en créant un rosé d’assemblage plutôt qu’un rosé de saignée. »

Rosé de saignée ou assemblage

Il existe plusieurs façons de créer un champagne rosé. Le rosé de saignée, avec une macération des baies comme un vin rouge, puissant et coloré. Et le rosé d’assemblage, qui n’existe nulle part ailleurs dans le vignoble français. Il consiste à créer d’abord un vin blanc, puis à lui ajouter une petite proportion de vin rouge. Mélanger du blanc et du rouge, c’est interdit ailleurs, mais cela a un avantage incomparable : les producteurs peuvent parfaitement doser l’intensité des arômes de fruits rouges et de la couleur finale.

C’est la voie choisie par Billecart-Salmon, qui obtient ainsi un rosé très pâle, frais, subtil, proche d’un brut classique et juste rehaussé d’une joyeuse note de baies rouges. Et ça marche. Même si la maison ne veut pas donner le pourcentage de rosés dans ses ventes globales, elle assure qu’elle en produit « moins qu’on ne croie. Mais sa réputation lui donne beaucoup d’importance. Et, à nous, une certaine pression, car on se sait attendu sur ce produit ».

Difficile à maîtriser, plus rare, il est, conséquence logique, toujours plus cher que la cuvée de base. Le champagne rosé multiplie les paradoxes. Alors que le vin rosé sans bulles est souvent vu comme un petit vin, assez standardisé, la version effervescente représente le haut de gamme du vignoble, offre une diversité de couleurs et de goûts inouïe. Les chiffres prouvent son succès. Car, bien qu'on ne connaisse pas la quantité de bouteilles produites, sa prospérité se mesure aisément à l'export.

Entre 2000 et 2019, le nombre de bouteilles de champagne rosé expédiées à l’étranger est passé de 3 millions à 15 millions. Soit, au regard du total des champagnes, de 3 % à 10 %, ­ tandis que les flacons millésimés et autres cuvées dites spéciales ont stagné entre 4 % et 5 %. Ce sont surtout les Etats-Unis (où ils représentent plus de 16 % des champagnes expédiés, avec une explosion de 73 % entre 2000 et 2019), le Royaume-Uni et l’Allemagne qui en importent le plus. « Le champagne rosé avait construit sa présence et son image assez tôt pour bénéficier de la vague mondiale du rosé en général, estime Thibaut Le Mailloux, du Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC). A l’époque, on disait : “ça va passer.” Plus personne n’affirme cela aujourd’hui, c’est un segment établi. »

Une couleur qui n’allait pas de soi

Pourtant, les débuts ont parfois été difficiles. Question de culture. Cette couleur n’allait pas de soi, par exemple, pour Jean-Claude Fourmon, président de la maison Joseph Perrier, qui a passé la main à son fils Benjamin l’an dernier : « J’ai toujours entendu dire que le champagne était un vin blanc. Et que le rosé était une gageure, une originalité qui ne se justifiait que par les tâtonnements des méthodes de production. Je n’y ai jamais pris goût. »

En effet quand la marquise de Pompadour a fait venir le champagne à la cour, au XVIIIe siècle, le processus de fabrication n’était pas parfaitement maîtrisé, et il n’était pas rare de voir des vins légèrement rosés, couleur œil de perdrix. « La couleur est difficile à stabiliser, elle prime parfois sur la qualité des arômes. Et quand on a le juste fruité, on n’a pas la couleur qu’il faut. C’est très compliqué, constate l’ancien président. J’avais tendance à penser que le fruité du rosé étouffait l’acidité du chardonnay, qui est la base du champagne. Je le jugeais mal. »

Pourtant, chez Joseph Perrier, on en fait depuis longtemps, il représente même 10 % de la production. Mais Jean-Claude Fourmon préférait s’en tenir éloigné : « Il était soigné par les chefs de cave et on le disait bon. Mais, pour la présentation, je laissais parler des gens capables de le décrire mieux que moi. Finalement, c’est drôle : mardi, j’ai fait un déjeuner au champagne rosé et j’ai été agréablement surpris, comme quoi la retraite me fait du bien ! »

Un besoin de versatilité

Chez Bollinger aussi, on s’est fait des cheveux pour le rosé. D’abord lancé dans la prestigieuse gamme de La Grande Année, il est imposant, basé sur des vins rouges puissants et mûrs des parcelles de la maison. Tant par le goût que par le prix, il impressionne. « Pour répondre à une demande grandissante, la maison a créé à partir de 2008 une autre cuvée, le Bollinger rosé, explique le chef de cave adjoint Denis Bunner. La Grande Année rosé, elle, n’a pas bougé depuis vingt ans. » Le nouveau rosé, plus accessible, comble un besoin de versatilité.

Le champagne rosé joue sur tous les tableaux. Rose tendre ou corail intense, abricoté ou saumoné, il est tantôt facile, idéal en apéritif ou avec des boudoirs, tantôt désarçonnant de puissance, à consommer à table pour espérer dompter la bête. « Sa palette s’est élargie récemment et nous ne voulons pas trop l’encadrer, se réjouit-on au CIVC. Il a permis aux producteurs d’exprimer de la créativité, de montrer le caractère innovant de la Champagne. »

La preuve au Gueuleton, à Reims, restaurant-bar à vins et surtout paradis pour les amateurs de viande, où 1 000 références de champagnes et de vins attendent le client. Christophe Lebée gère les lieux avec son épouse Céline. Un champagne rosé accompagnant une de ses viandes maturées sur place ne lui fait pas peur. « Mais ça dépend avec quel rosé », tempère l’homme, qui cite Vincent Métivier ou Étienne Calsac. « Le rosé, il faut l’expliquer, sinon ça peut dérouter. On est là pour ça. Parfois, je fais goûter dans un verre noir, et, en se laissant guider par le goût, on se rend compte que ça fonctionne. »

Accords parfaits avec la cuisine asiatique

Pour ceux qui n’osent pas tester un repas côte de bœuf-champagne rosé, les accords asiatiques sont des bouées plus accessibles. La petite maison familiale des champagnes Colin, à Vertus, parie cette année sur le style vietnamien. On le retrouve ainsi chez Tan Dinh, adresse mythique du 7e arrondissement de Paris, l’un des meilleurs restaurants vietnamiens de la capitale, surtout l’une des plus belles caves à vins de France.

Avec son frère, Robert Vifian a prouvé au monde entier que grands vins et cuisine asiatique s’entendaient à merveille. Il apprécie les deux cuvées rosées du champagne Colin, en particulier l’opulent rosé de saignée. « A priori, explique-t-il, je me méfie, car la perception des tanins est amplifiée par les bulles. Mais, ici, c’est superbe. Les rosés de Romain Colin sentent le pinot noir, c’est ce qu’il faut. » Il a choisi de le marier avec des brochettes de poulet à la cardamome. Et le rosé d’assemblage, avec des chips de crevettes surmontées d’œufs de truite : « C’est un accord de couleur, mais aussi un accord sonore : les bulles pétillent, éclatent, tout comme les œufs de poisson sous la dent, quand ils sont frais. C’est fascinant. »

Exit les desserts

Exit, donc, le dessert aux fruits rouges, qui collait inlassablement aux basques des champagnes rosés, bye-bye le biscuit rose de Reims, autre associé fétiche, le sucré n’est plus de mise. Surtout quand il se débarrasse de son caractère tendre, pour revêtir des atours plus corsés, qui s’accordent avec la saison froide. « L’association avec les desserts est une évidence qui ne m’emballe pas »confirme Paz Levinson, la cheffe sommelière du groupe Anne-Sophie Pic. Elle a récemment proposé ce type de vin avec un plat de langoustines aux cèpes et fruits rouges.

Et tient à rappeler que le champagne rosé vieillit très bien « Il y a de très beaux accords avec les champagnes rosés millésimés, les 2004, notamment, qui ont une touche de maturité extraordinaire. Ils s’entendent avec le veau, sur des accords automnaux, pour avoir la touche de fraîcheur et de la structure. On a des arômes de fleurs séchées, de sous-bois, de fraise des bois et de brioche. Ils sont aussi fascinants avec une entrée de champignons et légumes racinaires. Mais même avec de l’agneau ou du chevreuil : le rosé de saignée de Laurent Perrier a assez de puissance. Ou le rosé de saignée à base de pinot meunier de Laherte Frères. Ce sont de nouvelles facettes, inexplorées il y a dix ans. »

Ces découvertes culinaires rendent ce champagne irrésistible. Même face à la crise. Elle est pourtant violente, l’une des pires qu’ait connues la Champagne. Privées de mariage, de vernissage, d’occasions qui réunissent autour des flûtes, les ventes de ses effervescents ont plongé, jusqu’à – 90 % pendant le confinement, pour se rétablir à la fin de l’année, selon l’évolution des mesures sanitaires, entre – 20 % et – 30 %. Mais le rosé semble surnager. Romain Colin le constate avec surprise : « Mon rosé classique s’est maintenu et les ventes du rosé de saignée ont même augmenté. C’est l’entrée de gamme qui a subi la chute. Finalement, les gens se sont fait plaisir avec moins de champagne mais des cuvées plus prestigieuses. » Mathieu Roland-Billecart partage ce constat. La mode passe, le goût reste.

Ophélie Neiman, Le Monde du 1er décembre 2020

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Le couscous au patrimoine de l'Unesco

Maghreb : le couscous entre au patrimoine immatériel de l’Unesco

Le dossier était porté par l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, pays qui se sont longtemps disputé la paternité de ce plat ancestral.

Le couscous, plat emblématique de l’Afrique du Nord, est officiellement entré au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, mercredi 16 décembre, après une candidature commune de quatre pays du Maghreb où les recettes de ce mets populaire se déclinent à l’infini.

Le dossier « Savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production et à la consommation du couscous » a été porté par l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, pays qui se sont longtemps disputé la paternité de ce plat ancestral à base de semoule de blé dur, d’orge ou de maïs, servi avec légumes et viande ou poisson savamment épicés. Mercredi, lors de la cérémonie officielle retransmise sur le site web de l’Unesco, les représentants des quatre pays ont dit tour à tour leur « joie » et leur « fierté » pour cette reconnaissance gastronomique et culturelle.

Dans les quatre pays, « femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, sédentaires et nomades, issus du monde rural ou citadin ainsi que de l’émigration » s’identifient à ce « mets emblématique » proposé dans les plus modestes restaurants et revisité par les plus grands chefs, selon le dossier de candidature. « L’esprit du couscous est l’expression de la vie en société », souligne le dossier, qui ne donne aucune recette, information culinaire potentiellement sensible. Présent à tous les événements familiaux ou culturels, que le moment soit « heureux ou tragique », comme le rappelle le document, le plat ancestral a en effet autant de recettes que de noms.

Un ingrédient d’unification

Au Maroc, « c’est un plat populaire que toutes les familles, riches ou pauvres, préparent le vendredi », explique Fatima Moussafir, 49 ans, cuisinière à Dar Rbatia, un restaurant traditionnel situé dans la vieille ville de Rabat. En Algérie, « il y a autant de sortes de couscous que de familles », souligne le chef algérien Rabah Ourrad dans un entretien à l’AFP. Lui-même n’a pas appris sa recette « dans une école de cuisine », mais au fil de « dizaines d’années d’observation de la maman, des sœurs et de toutes les femmes nord-africaines qui sont expertes » du sujet, explique-t-il.

Appelé selon les régions « seksou », « kousksi », « kseksou », le mot « couscous » est issu de la transcription latine des termes berbères « seksu », « kuseksi » et « kseksu ». Certaines populations du Sahara l’appellent « ucu » (« nourriture », en langue amazighe). En Algérie et en Tunisie, on le nomme aussi « naama », ce qui pourrait signifier « providence ». Il apparaît sous la forme « kuskusi » dans les dictionnaires arabes à partir du XIXe siècle.

Comme cela avait été dit lors du dépôt de candidature, en mars 2019, c’est la première fois que quatre pays du Maghreb unissent leurs efforts pour déposer un dossier commun. L’initiative a soulevé des espoirs que le plat populaire soit la mise en bouche d’un rapprochement politique. M. Ourrad le voit comme un ingrédient d’unification : chaque pays a ses particularités culinaires, mais « nous sommes tous le même peuple, le couscous est maghrébin, le couscous nous appartient », affirme-t-il.

Orgueils nationaux

En septembre 2016, l’annonce par l’Algérie du dépôt d’un dossier « couscous » à l’Unesco avait suscité l’ire de son voisin marocain, grand rival politique, diplomatique et culturel. Un accord avait ensuite été trouvé. Mais des orgueils nationaux mijotent encore : la ministre algérienne de la culture, Malika Bendouda, a ainsi tenu à souligner que son pays « était parmi les précurseurs de la genèse de ce plat », mercredi lors de la cérémonie officielle. « J’ai déjà goûté les couscous algérien et tunisien, mais le meilleur est sans conteste celui du Maroc », assure pour sa part Mme Moussafir, vantant sa recette avec « sept légumes » et épices « goûteuses ».

Le Monde du 16 décembre 2020

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La place du Tertre à Montmartre

Bravant le froid dans un quartier étrangement désertique de la capitale, les artistes de la place du Tertre, à Montmartre, se languissent de leurs meilleurs clients, les touristes. En attendant leur retour, ils défendent bec et ongles leurs emplacements, et rêvent de jours meilleurs.

En temps normal, la célèbre place du Tertre – la “place des artistes” – déborde de touristes et de visiteurs provinciaux, même par une froide journée de janvier. Mais, par temps de coronavirus, la place où se retrouvent habituellement peintres, portraitistes, caricaturistes et silhouettistes est quasi déserte.

Les cafés et brasseries sont fermés, leurs chaises enchaînées aux terrasses. Seule une poignée d’artistes optimistes bravent le froid pendant quelques heures avant le couvre-feu de 18 heures.

Bruno Zem est l’un d’eux. À 70 ans, ce portraitiste travaille sur la place du Tertre depuis cinquante ans. Et il ne l’a jamais vue comme ça. “C’est une période difficile pour tout le monde, mais c’est particulièrement déprimant ici, explique-t-il. Normalement, c’est plus agréable d’être ici qu’en studio parce qu’on est en contact avec des gens du monde entier et c’est ce qui fait plaisir. Mais en ce moment, c’est désert, il n’y a pas de touristes, pas d’ambiance.”

Une dispute de territoire avec les restaurants

Pendant plus de cent quarante ans, depuis la Belle Époque, la place du Tertre a été un refuge pour les peintres : Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Renoir, Degas, Cézanne et Picasso ont tous vécu et travaillé sur cette butte si pittoresque aujourd’hui, mais qui était auparavant un quartier pauvre.

Aujourd’hui, la place est surtout connue pour ses artistes de rue, qui sont devenus aussi incontournables dans les circuits touristiques que la tour Eiffel ou la basilique du Sacré-Cœur toute proche. Ces artistes sont aujourd’hui à la peine – et pas seulement à cause du manque de touristes.

 [Mi-janvier], ils ont manifesté sur les marches du Sacré-Cœur pour dénoncer “l’invasion des terrasses”. En cause : les propriétaires de restaurants qui leur disputent leur territoire. Des chaises de restaurants sont en effet restées enchaînées au milieu de la petite place, ce qui restreint l’accès du public.

Le berceau de la Commune et un lieu mythique pour les artistes

Jerôme Feugueur, 45 ans, fait partie de ceux qui comme Zem et une demi-douzaine d’autres artistes ont bravé le froid de janvier. Cet ancien employé de Disney en Floride a son espace sur la place depuis près de dix ans. “Alors qu’on paie plus au mètre carré que les restaurateurs, ce sont eux qui contrôlent l’espace, s’insurge-t-il. Cela crée beaucoup de tensions.” “Je suis venu travailler ici parce qu’historiquement c’est le berceau de la Commune et un lieu mythique pour les artistes, notamment les surréalistes comme Picasso. Quand j’ai commencé, l’endroit avait un charme de village, mais ça a changé. Avec les restaurants, c’est devenu beaucoup plus commercial et moins intéressant.”

Ce quartier aux rues pavées surplombant la capitale était le cœur historique du village de Montmartre, jusqu’à son absorption en 1860 dans le 18e arrondissement de Paris. C’est là qu’a commencé la brève insurrection de la Commune en 1871.

Une place sur la butte, une bataille administrative

Aujourd’hui, les 250 artistes qui travaillent sur la place du Tertre – pour la plupart sortis de grandes écoles des beaux-arts – déposent chaque année une demande pour occuper un mètre carré, à partager tous les deux jours avec un autre artiste. Avant d’être acceptés, ils doivent soumettre un portfolio à la mairie d’arrondissement pour montrer leurs talents. Et ils doivent s’armer de patience – l’attente pour un espace bien placé peut durer jusqu’à dix ans.

Sur les 90 millions de touristes qui visitent habituellement la capitale chaque année, près d’un tiers font l’ascension de la butte et nombreux s’offrent un portrait, une caricature ou un dessin à 30 ou 40 euros.

Parmi les artistes de la place, on trouve des hommes et des femmes de tous les âges et qui représentent près de 30 nationalités. Bien qu’ils se disputent les clients, ils semblent mieux s’entendre entre eux qu’avec les propriétaires de restaurant installés le long de la place. Chaque artiste paie 600 euros par an pour avoir son espace, lequel demeure une “source de revenus modeste” qu’il faut souvent compléter avec un deuxième ou un troisième travail, souligne Feugueur.

Les touristes se font rares

Aujourd’hui, alors que le coronavirus a banni les touristes, la meilleure chance de travail pour ces artistes est de décrocher une commande de visiteurs de province, mais ceux-là aussi sont rares. “Normalement, on fait deux, trois, quatre portraits par jour, mais en ce moment on a de la chance si on en fait un par semaine”, explique Claudine Brivière, 54 ans, qui travaille à côté de son mari, Michel, 75 ans, sur deux emplacements adjacents.

En cette grise journée de janvier, Eloïse Dutilleul, étudiante en psychologie de 19 ans qui a quitté Nice pour rendre visite à son frère Maxence, 21 ans, est un rayon de soleil bienvenu.

Gabor Gozon, 53 ans, originaire de Budapest, taille sa mine de charbon et commence son portrait. Vingt minutes plus tard, l’artiste, arrivé trente ans plus tôt pour travailler dans la mode, a fini. Eloïse lui tend 40 euros, l’air ravi. “C’est merveilleux. J’ai subi une grosse opération de la mâchoire l’an dernier et je me demandais comment il allait rendre ça sur mon portrait, mais je suis très contente”, dit-elle.

La belle époque de Montmartre est finie

À quelques encablures de là, les Brivière – habillés de vestes, pantalons à carreaux et chaussures en cuir assorties – ont décidé de lever le camp. “Malheureusement, la belle époque de Montmartre est finie. Quand les temps sont durs, l’art devient un luxe que les gens ne peuvent pas s’offrir – et les temps sont durslâche Michel en haussant les épaules. Les propriétaires de restaurant veulent plus d’espace sur la place et nous entassent comme des sardines.”

Claudine balaie le pessimisme de son mari. “C’est une période compliquée, mais, même s’il n’y a personne, c’est moins déprimant de venir ici que de rester chez soi”, affirme-t-elle.

Feugueur opine. Touristes ou non, il continuera à installer son chevalet sur la place du Tertre. “Il y aura toujours des artistes ici. Il faut juste continuer, s’adapter et espérer des jours meilleursdit-il. C’est difficile en ce moment quand il n’y a pas de touristes, mais ils reviendront. Et nous devrons être là quand ils seront de retour.”

Kim Willsher, Courrier International, 17 février 2020 (traduit d'un article paru dans The Guardian)

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Des couples hors du commun

Ce n'est pas pour rien que la France est si souvent décrite comme un pays où l'amour sous ses multiples formes et manifestations constitue l'une des piliers du fondement culturel de l'hexagone. Et la langue française est considérée par beaucoup comme la langue la plus romantique du monde. Sa prononciation douce et mélodieuse évoque la passion et l'amour. À travers les âges, les innombrables exemples d'amours et d'amoureux célèbres ont contribué à la réputation bien méritée de la France, et les XIXe et XXe siècles fournissent à eux seuls plusieurs exemples des fascinantes configurations romantiques d'écrivains et d'artistes célèbres.

On peut dire que Victor Hugo est la plus grande figure littéraire du XIXe siècle. Ses romans, ses pièces de théâtre et ses poèmes ont non seulement défini le mouvement dit romantique en France, mais ses œuvres ont été adorées de ses lecteurs et ses opinions politiques l'ont rendu encore plus attachant pour les Français. Hugo était également un romantique notoire au sens non littéraire du terme. Ses multiples maîtresses et ses liaisons étaient bien connues – sa maîtresse de longue date, Juliette Drouet, sa muse et son scribe, était assise à table aux côtés de la femme de Victor Hugo lors du dîner à Bruxelles où la publication des Misérables a été annoncée. Mais Hugo, vers la fin de sa vie, a eu une liaison amoureuse avec l'une des grandes actrices de théâtre de l'époque : Sarah Bernhardt. Victor Hugo avait 70 ans et Sarah Bernhardt 27 ans, mais ils se sont rencontrés très souvent pendant plusieurs années et ils ont formé un couple vraiment hors du commun. Lors d'une production de la pièce Hernani d'Hugo, Sarah Bernhardt, qui d'autre l'aurait pu, a joué le rôle féminin principal. Après la première, Hugo a envoyé cette note à son amante : "Tu as donné vie à Doña Sol, et cela m'a tellement ému que j'ai versé une larme – juste une. Je l'ai gardée et je l'ai apportée avec beaucoup d'empressement chez le bijoutier Rubinstein, rue de Rivoli. Comme un magicien, il a pris possession de la larme et l'a transformée en diamant, que je joins". Bernhardt a écrit dans son mémoire, Ma double vie, qu'elle a conservé comme un trésor ce diamant en forme de larme.

L'un des couples littéraires les plus célèbres est celui de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Attirés au début par la poésie, ils se sont rapidement engagés dans une relation publique passionnée, qui s'est avérée désastreuse mais a néanmoins donné naissance à certains des plus beaux et des plus importants poèmes de la fin du XIXe siècle. Arthur Rimbaud, le poète ouvertement gay dont le comportement a choqué même les artistes les plus avant-gardistes de l'époque, est devenu une passion assez fâcheuse pour Verlaine, de dix ans son aîné, qui avait cherché à se faire respecter en tant que poète gay en se mariant. Leur relation a pris fin après la libération de Verlaine de la prison où il avait purgé une peine de deux ans pour avoir tenté de tuer son jeune amant par un coup de pistolet. Paul Verlaine lui-même s'est enfoncé de plus en plus dans l'abîme de l'alcoolisme et Arthur Rimbaud a quitté le continent pour l'Afrique où il est mort à l'âge de 37 ans. Cette brève période de passion et de créativité a inspiré une admiration profonde et durable pour leur poésie et de nombreuses interprétations artistiques et musicales reflétant leur brève vie commune.

Un excellent exemple de créativité artistique née de la relation entre deux personnes atypiques est la liaison entre George Sand et Frédéric Chopin qui a duré neuf ans. Aurora Dudevant a adopté le pseudonyme masculin de George Sand pour éviter toute discrimination à l'égard des femmes. Ses romans et ses pièces de théâtre lui ont apporté un succès et une renommée considérables, mais elle portait des vêtements d'homme, fumait le cigare et exprimait des opinions féministes controversées. Elle a rencontré Chopin lors d'une fête donnée par Franz Liszt à Paris. Au début, Chopin a été rebuté par son apparence, mais George Sand, après un an et demi d'efforts acharnés, a finalement réussi à gagner son cœur et son attachement. Pendant les neuf années qu'ils ont vécues ensemble, chaque été se passait chez elle à Nohant, où elle assumait le rôle de muse, de protectrice et d'infirmière du génie musical atteint de tuberculose, et où Chopin a composé quelques-unes de ses plus belles œuvres musicales. À la suite d'une dispute impliquant les enfants de George Sand, elle a mis fin à leur relation. Chopin, luttant seul contre une maladie inguérissable, est alors très vite devenu un homme brisé ; durant les dernières années de sa vie, il n'a plus composé que quelques rares morceaux de musique.

Le poète, dramaturge et cinéaste Jean Cocteau a connu le succès et la célébrité bien avant de rencontrer Jean Marais. Il avait eu de nombreuses amourettes auparavant, mais aucune de ses relations précédentes n'a eu la même longévité ou le même impact. Jean Marais, acteur en herbe de 24 ans, ayant vu une exposition de certains dessins de Cocteau en 1937, a été si frappé qu'il a contacté Jean Cocteau, qui avait 24 ans de plus que lui. Ils sont rapidement devenus inséparables et peut-être le couple le plus célèbre de Paris. Cocteau, reconnaissant le potentiel de Jean Marais en tant qu'acteur, l'a fait jouer dans certains de ses films les plus connus et les plus importants. Après la libération de Paris à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Jean Marais est apparu dans La Belle et la bête (1946), Les parents terribles (1948) et la version de Cocteau du mythe d'Orphée, Orphée (1949). Leur collaboration artistique et leur inspiration mutuelle sont exemplaires. À la mort de Jean Cocteau en 1963, Jean Marais a déclaré : "Je regrette amèrement de ne pas avoir passé toute ma vie à servir Cocteau au lieu de me préoccuper de ma carrière..."

Simone de Beauvoir, l'icône féministe française, est surtout connue pour sa relation de toute une vie avec Jean-Paul Sartre, à la fois sa compagne dans la vie et collaboratrice littéraire et philosophique. En 1946, lors d'une tournée aux États-Unis avec Sartre, elle a rencontré le romancier américain Nelson Algren à Chicago ; a commencé alors une histoire d'amour qui a duré plus de cinq ans, bien qu'épistolaire la plupart du temps. Ils sont parvenus à se retrouver chaque fois qu'ils le pouvaient et ils ont voyagé ensemble en Amérique latine et au sud-ouest des États-Unis. Sartre lui avait proposé au début de leur relation de se marier, ce qu'elle avait refusé en qualifiant cette idée de ridicule. Beauvoir, cependant, a révélé dans sa longue correspondance avec Algren – elle lui a écrit plus de 300 lettres – qu'elle se considérait comme sa femme, ce qu'elle n'avait jamais dit de Sartre. Algren lui a offert une bague en argent qu'elle portait tout le temps et dans l'une de ses lettres, elle lui a dit "Bonne nuit, mon bien-aimé, mon ami, mon mari et mon amant". Ce n'est pas non plus par hasard qu'elle a écrit son manifeste féministe fondateur, Le Deuxième Sexe, lors de sa liaison avec Algren. Elle avait discuté avec lui de son idée d'écrire sur les femmes et c'est Algren qui l'a encouragée à développer ses pensées pour en faire un livre. Le Deuxième Sexe et L'Homme au bras d'or d'Algren ont tous deux été publiés en 1949. On trouve également des références à peine voilées à Algren dans plusieurs romans de Beauvoir, notamment dans Les Mandarins. Leur relation s'est détériorée au bout de cinq ans lorsque Beauvoir a fait comprendre à Algren qu'elle ne pourrait jamais quitter Sartre. Lorsque Simone de Beauvoir est morte, six ans après le décès de Sartre, elle a été enterrée à ses côtés au cimetière Montparnasse à Paris, la bague en argent d'Algren toujours à son doigt.                                                 

Roger Stevenson, French Accent Magazine Nr 89, February-March 2021

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Buenos Aires, la plus française des capitales d'Amérique du Sud

Son centre-ville inspiré des préceptes haussmanniens a souvent valu à Buenos Aires, ville d’immigration européenne, d’être qualifiée de “Paris austral”. Encore aujourd’hui, la francophilie garde de beaux restes dans la capitale argentine. Visite guidée, pauses gourmandes incluses. 

Pendant qu’à l’aube du XXe siècle Buenos Aires se transformait en un Paris d’Amérique latine, les Français s’émerveillaient réciproquement devant les riches et excentriques Argentins, émirs de leur temps. Le monde a changé, et le français retentit moins dans le paysage sonore de la capitale argentine, mais la francophilie reste suffisamment forte chez les porteños pour que l’on puisse s’offrir une grande exploration bleu blanc rouge* de la ville, le temps d’une promenade ou d’un week-end.

Outre les produits à dénicher dans les boutiques et les supermarchés, ou les événements proposés par les festivals et autres manifestations ponctuelles, le circuit “Buenos Aires français” se découvre trois cent soixante-cinq jours par an. Dans plusieurs quartiers et en particulier à Recoleta dans le centre, bars avec terrasse, façades haussmanniennes et enseignes en francés créent de vrais îlots de parisianité. Ici se dressent les grands palais de l’âge d’or argentin, lorsque Buenos Aires était le Paris austral : l’un d’eux, bâti par la famille Ortiz Basualdo, accueille même depuis 1939 l’ambassade de France. Avec leurs toits d’ardoise, leurs chiens-assis, leurs entrées monumentales et la symétrie de leurs façades, ces hôtels particuliers ayant appartenu à d’illustres familles, quand ils ne sont pas devenus des ambassades, abritent aujourd’hui des musées ou des hôtels de luxe.

Bâtiments, statues et verdure

Quelques pâtés de maisons concentrent les plus remarquables de ces édifices, au départ de la place Pellegrini, dont la forme originale rompt déjà avec le rigide damier espagnol des rues de la ville et évoque les squares parisiens*. Sur cette place se trouvent donc l’ambassade de France (qui donne également sur la place Pierre de Coubertin) mais aussi celle du Brésil, dont la façade reproduit celle du musée parisien Jacquemart-André. À deux pas et sur l’avenue Cerrito, le palais Álzaga Unzué est aujourd’hui intégré à l’hôtel de la chaîne de luxe Four Seasons.

En remontant l’avenue Alvear, l’hôtel particulier de la famille Fernández-Anchorena, œuvre d’Eduardo Le Monnier [un architecte français (1873-1931) qui a travaillé au Brésil, en Uruguay et en Argentine], abrite le siège de la nonciature apostolique, autrement dit de l’ambassade du Vatican, et a pour voisin immédiat le palais Duhau, transformé il y a quelques années en hôtel cinq étoiles. De là, la rue Rodríguez Peña conduit le promeneur au palais Sarmiento, siège du ministère argentin de l’Éducation, dont la façade souvent qualifiée de “versaillaise” offre l’une des cartes postales les plus françaises de la capitale argentine.

On le voit, ce n’est pas l’architecture française ou d’inspiration française qui manque à Buenos Aires. Les monuments non plus, à l’image de cette réplique du Penseur de Rodin, sur la place Mariano Moreno, en face du Congrès argentin, que la République* offrit à la República pour son centenaire en 1910. La place de France, car évidemment il y en a une, où un buste de bronze rend hommage à Louis Braille, est occupée en son centre par des espaces verts conçus par Charles “Carlos” Thays [1849-1934], qui fut prolifique à Buenos Aires et y a laissé pour chef-d’œuvre le Jardin botanique qui porte aujourd’hui son nom. Le paysagiste français a marqué de son empreinte son pays d’adoption, et c’est à lui que Buenos Aires doit son magnifique cycle chromatique qui change au fil des saisons : rose de l’arbre lapacho en septembre-octobre, rouge du ceibo au printemps, violet du jacaranda en novembre, jaune du tipa en été, et rose de nouveau, à l’automne, avec le palo borracho ou arbre bouteille.

Se régaler à la française

“Après l’effort, le réconfort*”, comme on dit en France. En l’occurrence, après cette petite marche, le temps est venu de choisir une adresse pour manger comme dans une brasserie* parisienne. Si le nom renvoie à l’origine aux fabriques où l’on brassait la bière, il désigne aujourd’hui un établissement moins formel que le restaurant, qui sert des plats généralement traditionnels, plus populaires.

À Buenos Aires, la brasserie par excellence se nomme Pétanque, un hommage au jeu provençal et un concentré de francité en plein San Telmo. Le chef gastronome suisse Pascal Meyer compense ses origines helvétiques en faisant trôner une tour Eiffel de bonne taille au milieu de son établissement. Autre adresse typiquement gauloise sur laquelle Gargantua et Pantagruel auraient certainement jeté leur dévolu si Buenos Aires avait existé en leur temps : le restaurant de l’Union française des anciens combattants, qui semble tout droit sorti d’un film.

Derrière une façade anonyme du quartier de Constitución, la salle de restaurant voisine un petit musée informel, où trophées, drapeaux et documents commémorent les deux guerres mondiales. La cuisine ici est diablement traditionnelle, à base de recettes de grand-mère* qui donnent envie de revenir maintes fois pour toutes les goûter. De nombreux autres établissements proposent de la cuisine française, notamment dans le quartier de Palermo.

L’importance des boulangeries

Les boulangeries aussi sont légion, mais deux sont particulièrement chères aux Français expatriés, Co-Pain et Cocu. La première, non loin du Parque Centenario, mitonne baguettes*, croissants*, financiers* et chaussons aux pommes*, mais surtout une spécialité, petite bombe calorique venue de la Bretagne natale de l’ancien maître des lieux, le kouign-amann. Chez Cocu, la boulangerie se double d’un café servant de délicieuses recettes de chocolat, de pains rustiques et de sandwichs qui font la synthèse entre les goûts français et ceux des Argentins. En parlant de sandwichs, il faudrait être fou pour ne pas penser à Mineral, dans le quartier des affaires de Microcentro, qui a porté aux nues le grand classique des boulangeries françaises qu’est le jambon-beurre*.

Comme en matière d’architecture, notre circuit gastronomique du Buenos Aires français ne peut être exhaustif, mais signalons encore, parmi les lieux historiques, le restaurant du Club Français ou, côté nouveautés, dans le marché de San Telmo, la crêperie Un dos crêpes et le bistrot Merci.

Une histoire commune : l’Aéropostale

Promenade, saveurs et, enfin, expériences. Pour le dernier volet de cette exploration des recoins français de l’âme porteña, direction le carrefour entre la diagonale Nord et la rue Florida, où se trouve l’architecture Art déco de [la compagnie d’assurances] La Equitativa del Plata. Elle était dans les années 1930 le siège de l’Aéropostale, l’une des grandes épopées de la première moitié du XXe siècle. Le souvenir des pionniers [français] de l’aviation Guillaumet, Mermoz et Saint-Exupéry, reste vif dans la mémoire de Buenos Aires et de ses habitants. En particulier celui de l’auteur du Petit Prince, qui a abondamment puisé dans son expérience de l’Argentine pour ce classique de la littérature et d’autres de ses écrits.

À commencer par le personnage du Petit Prince lui-même, qui serait inspiré de deux petites filles qui vivaient en sauvageonnes* dans les montagnes autour de Concordia et avaient réussi à domestiquer un renardeau. Vous aurez un aperçu de cette anecdote et de la légende de “Saint-Ex” en visitant l’appartement où il vécut, dans le palais Güemes. C’est aujourd’hui un musée qui renferme des fac-similés de lettres et de manuscrits, de maquettes d’avion ainsi que la baignoire où l’écrivain aviateur avait un temps recueilli un bébé phoque.

Autre grand pionnier de l’Aéropostale, Jean Mermoz a laissé son nom au lycée franco-argentin, ainsi qu’à une place et à un monument sur l’avenue Costanera Norte, dans le quartier de Palermo. Pour l’anecdote, les pilotes de cette première Aéropostale volaient à bord d’avions Latécoère, dont le dernier modèle 25 visible dans le monde se trouve au musée national de l’Aéronautique de Morón situé dans la province de Buenos Aires.

Riche vie culturelle franco-argentine

Impossible de terminer cette balade dans le petit Paris argentin sans mentionner les nombreux cycles, projections, événements, concerts, rencontres qui rapprochent les deux pays. L’Institut français propose toute l’année une sélection de films hexagonaux à voir en ligne, avec une programmation dédiée jusqu’en mars aux femmes cinéastes.

Nul ne peut dire si aura lieu en 2021 l’opération Viví Francia, semaine française qu’organise depuis douze ans la Chambre de commerce franco-argentine pour exalter la présence française en Argentine. Espérons que la pandémie prenne fin aussi pour que puisse rouvrir la boutique française Le Petit Marché.

Pour prolonger ce voyage immobile, rien de tel qu’un livre choisi dans les rayonnages de la dernière librairie française de Buenos Aires, ou dans ceux de sa voisine la médiathèque de l’Alliance française, à lire sous les arbres de la place Grand Bourg, devant la réplique de la maison qu’occupa à Boulogne-sur-Mer le général San Martín, le libérateur (1778-1850) de l’Argentine, du Chili et du Pérou. Un pain au chocolat ou une tartelette* accompagnera agréablement votre lecture.

* En français dans le texte.

Pierre Dumas, Courrier international, 16 mars 2021
(traduction d'un article de La Nación, Buenos Aires)

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Les élections présidentielles à l'ère du Covid-19

À tout juste un an du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats potentiels des nombreux partis et mouvements politiques commencent à s'agiter, les experts s'attellent déjà à analyser les sondages et les commentateurs se penchent sur la question fondamentale que tout le monde se pose : quels seront les deux candidats qui s'affronteront au second tour ?

Les Français, comme les Américains, sont obsédés par leurs élections présidentielles, et les médias multiplient les conjectures sur les éventuels candidats et les résultats possibles. La plupart des analyses et prédictions reposent sur le scénario devenu presque classique selon lequel le second tour opposera le président sortant à Marine Le Pen, dans une sorte de triple répétition de 2012 et 2017, quand Jacques Chirac puis Emmanuel Macron avaient été élus avec des marges écrasantes afin d'empêcher le/la candidat(e) populiste d'extrême droite du Front national d'accéder au pouvoir. Le même scénario se reproduira-t-il en 2022 ?

Cette question en appelle une autre : Emmanuel Macron, dont la popularité ne cesse de décliner en raison de son attitude perçue comme arrogante et de sa mauvaise gestion de la crise du Covid, se trouvera-t-il confronté à une opposition forte ? Y a-t-il des candidats qui pourraient gagner plus de voix que lui au premier tour ?

Si Macron n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, plusieurs autres personnalités politiques l'ont déjà fait ou ont fait savoir qu'elles pourraient suivre le même chemin. Marine Le Pen a déposé sa candidature le 9 avril. Elle a fait des progrès considérables dans les sondages grâce à un remaniement de façade du Front national de son père, qu'elle a rebaptisé Rassemblement national, et a adouci son discours. À bien des égards, elle donne le ton de l'élection en mettant au premier plan la sécurité des frontières et l'immigration – faisant ainsi appel, dans le style de Trump, aux peurs et à l'islamophobie d'un nombre croissant de Français.

À gauche, la maire socialiste de Paris récemment réélue, Anne Hidalgo, serait une candidate de poids pour une place au second tour. Jean-Luc Mélenchon, du parti La France insoumise, est presque sûr de se présenter. À droite, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse sont deux autres possibilités. Il y en aura d'autres - il y avait au total onze candidats sur le bulletin de vote en 2017 - et il semblerait qu'un autre proche de Macron envisage de s'opposer à son ancien patron : Édouard Philippe. Le Premier ministre que Macron avait nommé dès son élection est jusqu'à présent resté très discret dans son fief de maire du Havre depuis qu'il a quitté son poste il y a neuf mois. Mais il vient de publier un livre sur le temps où il était Premier ministre et fait la tournée des émissions de télé et des interviews dans les magazines. Les spéculations vont bon train sur le fait que, s'il choisit de se présenter, il pourrait très bien être la grande surprise de l'élection. Non seulement Édouard Philippe respire la confiance, mais il a aussi un air d'humilité et d'empathie presque désarmant. Il obtenais de meilleurs résultats que Macron dans tous les sondages d'opinion lorsqu'il était au Palais Matignon, et le Président surveille sans aucun doute d'un œil méfiant chacun de ses mouvements et de ses déclarations.

Un sondage sur les différents scénarios de second tour, publié le 12 avril, suggère qu'aucun des candidats de la gauche ne battrait Marine Le Pen au second tour et que les trois candidats supposés de la droite la battraient en revanche largement. Xavier Bertrand a obtenu le meilleur score, suivi dans l'ordre par Valérie Pécresse et Macron. Édouard Philippe n'ayant pas été pris en compte pour le sondage, son entrée en lice remettrait sûrement en cause ces chiffres.

Il semble bien que cette campagne et ces élections seront à la hauteur de nos attentes en nous promettant beaucoup d'émotions et de fascination politiques. Tant de questions restent encore sans réponse, et les surprises ne manqueront pas. Qui seront les deux candidats qui s'opposeront au second tour ? Édouard Philippe battra-t-il Emmanuel Macron au premier tour? Le pays décidera-t-il de voter cette fois, comme l'ont fait les électeurs de plusieurs grandes villes lors des dernières élections municipales, pour l'écologiste Yannick Jadot ? Et si c'est Marine Le Pen qui se retrouve face à n'importe quel candidat, de nombreux électeurs choisiront-ils de ne pas voter du tout ? Des sondages récents indiquent que de nombreux électeurs de gauche, qui avaient voté en 2012 et 2017 pour un candidat conservateur qu'ils détestaient plutôt que de voir élire président un membre de la famille Le Pen, s'abstiendront tout simplement et resteront chez eux en ce deuxième tour crucial de l'élection... Restez branchés !

Roger Stevenson, French Accent Magazine Nr 90, April-May 2021

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Des chansons militantes pour défendre une cause ou dénoncer des injustices

De tous les temps, un grand nombre d'artistes français ont créé des chansons engagées. Ils sont peut-être encore plus nombreux aujourd'hui parmi les jeunes auteurs-compositeurs masculins ou féminins.

Un thème important est la défense des droits des femmes. Certaines chansons sont délibérément provocatrices et choquantes comme Balance ton Quoi, de la chanteuse belge Angèle, contre le harcèlement, en 2019 :

Clip vidéo (paroles en anglais) : https://youtu.be/Hi7Rx3En7-k
Avec paroles en français : https://youtu.be/-xmiE0Bsq0U

D'autres se concentrent sur un aspect des relations entre couples qui est très d'actualité, comme le sentiment de dépendance des femmes envers les hommes. Une de ces chanteuses célèbres est Suzane.

Dans N'insiste pas, en 2020, la chanteuse et humoriste Camille Lellouche encourage les femmes victimes d'un homme à s'en séparer et partir :

N'insiste pas
J'ai plus confiance, j'arrive plus à te pardonner
J'ai trop souffert et ta violence a fini par me briser...
Faut que tu me laisses, qu'un jour tout s'arrête
Fini les promesses qui tournent, tournent dans ma tête.

Clip vidéo : https://youtu.be/ecpZpIzHD_s
Avec paroles : https://youtu.be/1TrJDl3FOMY

Dans le même esprit, le chanteur Soprano, en 2019, a traité du harcèlement dans les réseaux sociaux et à l'école dans Fragile :

Snapchat, Snapchat
Dis-moi qui est la plus belle
Pour elle
Être aimée, c'est d'être likée
Donc elle s'entraîne devant sa glace
À faire un selfie, filtre beauté
Quelques cœurs sur sa photo
Mais surtout des commentaires
Des moqueries, des critiques
Des insultes, des émojis pervers
Toute cette violence gratuite
Devient pour elle insupportable
Donc elle éteint son portable
Et commet l'irréparable.

Clip vidéo : https://youtu.be/zgBEVbDzuu4
Avec paroles : https://youtu.be/igrrBySfpfk

Certains artistes associent dans la même mélodie plusieurs problèmes graves de société : violences contre les femmes, sdf, terrorisme, comme le chanteur rappeur OrelSan dans Tout va bien sorti en 2017 :

Si le monsieur dort dehors, c’est qu’il aime le bruit des voitures
S’il s’amuse à faire le mort, c’est qu’il joue avec les statues
Et si un jour il a disparu, c’est qu’il est devenu millionnaire
C’est qu’il est sûrement sur une île avec un palmier dans sa bière.

Clip vidéo avec paroles en français : https://youtu.be/dq6G2YWoRqA

L'homophobie est un autre thème des chansons militantes. Le chanteur et acteur Eddy de Pretto avait notamment écrit Grave en 1978, une chanson rap au langage assez cru visant à encourager les gays à s'assumer et à ne plus avoir peur.

Clip vidéo : https://youtu.be/kX30U0FmTuo
Avec paroles : https://youtu.be/NC0vuoUr7sw

La violence dans les banlieues est un autre thème récurrent. Le chanteur Calogero s'était inspiré d'une histoire vraie pour écrire en 2014 Un jour au mauvais endroit. Les paroles sont assez faciles à comprendre :

Toi mon frère dis-moi pourquoi
La vie continue sans moi
Dis-moi pourquoi j'étais là
Un jour au mauvais endroit
Les cafés, les cinémas
Je n'y retournerai pas
Ma vie s'est arrêtée là
Un jour au mauvais endroit.

Clip vidéo : https://youtu.be/W0xjW-e4KEg
Avec paroles : https://youtu.be/GBifEggbdhM

La désertion des villages et des campagnes, qui attriste beaucoup de Français, a inspiré en 2018 au jeune Gauvain Sers, découvert par le célèbre chanteur rebelle Renaud, une très poétique chanson Les Oubliés qui raconte la fermeture de la dernière école dans un village :

Devant le portail vert de son école primaire
On le reconnaît tout de suite
Toujours la même dégaine avec son pull en laine
On sait qu'il est instit'
Il pleure la fermeture à la rentrée future
De ses deux dernières classes
Il paraît que le motif c'est le manque d'effectif
Mais on sait bien ce qui se passe
On est les oubliés
La campagne, les paumés
Les trop loinde Paris
Le cadet de leurs soucis

Clip vidéo : https://youtu.be/CIfV6TQIhcc
Avec paroles : https://youtu.be/r_PW-HZPIj8

Enfin, l'un des thèmes qui sensibilise beaucoup de chanteurs est celui de l'immigration. Une chanson de Francis Cabrel, African Tour, sortie en 2008 mais toujours d'actualité, est particulièrement belle :

Déjà nos villages s'éloignent
Quelques fantômes m'accompagnent
Il y aura des déserts, des montagnes
À traverser jusqu'à l'Espagne

Et après... Inch'allah...

Est-ce que l'Europe est bien gardée ?
Je n'en sais rien
Est-ce que les douaniers sont armés ?
On verra bien.

Clip vidéo : https://youtu.be/19Cwsn-2bnQ
Paroles : www.paroles.net/francis-cabrel/paroles-african-tour

Tout à fait originale est la version des deux frères Bigflo et Oli sortie en 2018 : Rentrez chez vous. Cette chanson de rap émouvante, accompagnée d'une belle musique, imagine exactement le contraire de la situation actuelle : c'est la guerre en France et les Français doivent fuir vers l'Afrique du Nord. Là, ils sont aussi mal accueillis que les migrants en France :

Les bruits des wagons bondésme rendent insomniaque
Certains ont mis toute leur maison au fond d'un petit sac
Le train s'arrête et redémarre, me donne des haut-le-cœur
On a fait en deux jours ce qu'on faisait en six heures
Je dois rejoindre la famille au port de Marseille
Mais j'ai pris du retard, je crois bien qu'ils vont partir sans moi.
Quel cauchemar...

Clip vidéo : https://youtu.be/gm328Z0JKjA
Avec paroles : https://youtu.be/FfW46nau9gg

Vincent Anthonioz et Annick Stevenson, French Accent Nr 90, Avril-mai 2021

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Des mélodies pour sauver la planète

La défense de l'environnement est depuis longtemps un thème qui motive les chanteurs, comme :

Maxime Le Forestier avec Comme un arbre dans la ville en 1972 :
Clip vidéo avec paroles : https://youtu.be/lnhS52e7ty0

– Le groupe de rock Mickey 3D avec Respire en 2003 :
Clip vidéo : https://youtu.be/Iwb6u1Jo1Mc
Avec paroles : https://youtu.be/gvn9uXqMbYk

– Le groupe folk québécois Les Cowboy fringants avec Plus rien en 2004 :
Clip vidéo (paroles en anglais) : https://youtu.be/Uppaj468a2U
Avec paroles en français : https://youtu.be/WygtbPEtVWQ

Yannick Noah avec Aux Arbres Citoyens en 2007 :
Clip vidéo : https://youtu.be/U8DD1c24bwk
Avec paroles : https://youtu.be/8cupwT-FxKE

Depuis deux ans, ils sont beaucoup plus nombreux à aborder ce thème. La chanson qu'on entend le plus en France en ce moment, La Fièvre, est de Julien Doré. Elle est sortie en 2020 et très chouette avec un clip vidéo original :

Je crois que la Terre est ronde mais je préfère comploter
On peut pas changer les ombres, on peut juste les éclairer
Jusqu'à ce que le soleil tombe, lassé de nous réchauffer
Et dans nos envies de plages, d'UV A et d'UV B
J'en vois quelques-uns qui nagent vers ce qu'on a déjà coulé.

Clip vidéo : https://youtu.be/FQ0zh3Dw8o4
Avec paroles : https://youtu.be/BstwJMXKHyM

Ci-dessous, une très jolie chanson de Gauvain Sers, Y'a plus de saisons, écrite en 2019. Nous la reproduisons en entier elle est assez facile à comprendre, et peut inciter à de bonnes discussions :

C'est vrai qu'il fait un temps superbe
Pour un dimanche de février
Y'a ceux qui bronzent déjà sur l'herbe
Et ceux qui s'inquiètent des degrés

Les éléments sont en colère

Et les décideurs font la loi
Quand un expert montre la terre
L'industriel regarde le doigt

Et quand il rentre à la maison
Il dit : "Franchement, y'a plus de saisons"
Pendant que des mecs en costards
Nous garantissent que tout va bien
On se demande s'il est trop tard
Et ce qu'on peut faire au quotidien

Tous ensemble sur le même bateau
Les femmes et les enfants d'abord
Y'a qu'à regarder les infos
Les drames, les ouragans dehors

Les incendies sont en option

Non mais franchement, y'a plus de saisons

Refrain :
Y'a plus de saisons
Y'a plus de saisons
C'est ma grand-mère qui avait raison
Y'a plus de saisons
Y'a plus de saisons
Le ciel est noir à l'horizon

On se dit que l'homme est capable
Autant du meilleur que du pire
Et toutes ces images nous accablent
Quand un autre continent transpire

On a construit des grands musées

Des cathédrales et des jocondes
On va quand même pas préserver
La beauté naturelle du monde

Y'a pas urgence de toute façon

Les océans vous le diront

(Refrain)

On regarde nos
mômes jouer aux billes
Dans les
caniveaux de la planète
On s'inquiète du soleil qui brille
Comme une épée au-dessus de leur tête

Qu'est-ce qu'il en sera dans cent ans ?

Est-ce que la Terre pourra tourner
Quand leurs automnes seront nos printemps
Quand leurs hivers seront nos étés ?

Et aux futures générations
Est-ce qu'on va demander pardon ?

(Refrain x 2)

Clip vidéo : https://youtu.be/H_t1wf1ig9o

Suzane, souvent appelée "chanteuse écolo", a écrit en 2018 Il est où le SAV?, une chanson puissante sur le réchauffement climatique, la pollution et les déchets :

Ça se réchauffe, ça se réchauffe, ça se réchauffe
La planète a la tête en surchauffe...

On a cassé la planète, il est où le SAV ?
On a cassé la planète et ça tout le monde savait.

Clip vidéo avec paroles : https://youtu.be/Vn2GjrsyE8U

Également sur le thème du réchauffement climatique, le chanteur de reggae Tiken Jah Fakoly, né en Côte d'Ivoire, a lancé en 2018 Le monde est chaud, qu'il chante avec Soprano :

Clip vidéo : https://youtu.be/RWWWHjMD3Ok
Paroles : www.paroles.net/tiken-jah-fakoly/paroles-le-monde-est-chaud


Vincent Anthonioz et Annick Stevenson, French Accent Nr 90, Avril-mai 2021

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Des chants d'amour pour la famille

Il est bien connu que les Français sont de grands romantiques. Les chansons d'amour que nous avons citées dans le numéro 89 de French Accent, en février-mars 2021, en sont quelques exemples. Il est moins connu que beaucoup de chanteurs, très attachés à des membres de leur famille, leur consacrent souvent des mélodies en hommage. Certaines sont très émouvantes. Nous vous conseillons de les écouter et de lire les paroles. Mais préparez vos mouchoirs !

Hommage aux parents

Une chanson particulièrement touchante est Papa de Bigflo et Oli. Elle raconte une histoire vraie, filmée et reprise dans le clip vidéo : la surprise que les deux frères ont fait à leur père de l'emmener en Argentine, son pays d'origine :

Mon père c'est mon boss, mon roi, mon héros
Moi, je suis son gosse, son minot, su hijo...

Clip vidéo : https://youtu.be/dMIPaab43Hw
Avec paroles : https://youtu.be/5R8F9MUg8b0

Grande émotion aussi quand on écoute Mon vieuxde Daniel Guichard. Une chanson assez ancienne mais très connue :

Direque j’ai passé des années
À côté de lui sans le regarder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux.

J’aurais pu
c’était pas malin
Faire avec lui un bout de chemin
Ça l’aurait peut-être rendu heureux
Mon vieux.

Clip vidéo avec paroles : https://youtu.be/x8l43czQAy4
 

Une belle chanson d'amour pour sa mère est Les yeux de la mama de Kendji Girac, chanteur très populaire en ce moment, dans son album Ensemble sorti en 2015 :

Quand j'ai froid elle se fait lumière
Comme un soleil dans l'existence
Quand j'ai malelle se fait prière
Elle me dit tout dans un silence
Quand je souffre, elle souffre avec moi
Quand je ris, elle rit aux éclats
Mes chansons sont souvent pour elle
Elle sera toujours ma merveille.

Clip vidéo : https://youtu.be/YgP2whwA2Wg
Avec paroles : https://youtu.be/aQU6poDPbTk

Louane, qui est elle aussi très populaire auprès des Français, appelle sa mère à l'aide dans Maman :

J'suis pas bien dans ma tête, maman.
J’ai perdu le
goût de la fête, maman.
Regarde comme ta fille est faite, maman.

Clip vidéo : https://youtu.be/oC_ffV--tcE
Avec paroles : https://youtu.be/OmAvEKptfRE

C'est un autre membre de la famille très proche que le leader de Mickey 3D honore dans Ma grand-mère :

Ma grand-mère a quelque chose, que les autres femmes n'ont pas
Ma grand-mère est une rose, d'un rose qui n'existe pas.

Clip vidéo : https://youtu.be/0zNwI7Y5WpM
Paroleswww.paroles.net/mickey-3d/paroles-ma-grand-mere

Dans Beau-papa, Vianney rend hommage au beau-père, qui n'est donc pas un membre de la famille directe, mais pour lequel on éprouve un amour tout aussi grand :

Y'a pas que les gènes qui font les familles
Des humains qui s'aiment suffisent.

Clip vidéo : https://youtu.be/8yOuNrT0dOw
Avec paroles : https://youtu.be/w_nGlOHzDNk

Des chansons sur les enfants

Dans une très courte chanson, Qu'elle soit-elle, Jean-Jacques Goldman parle de sa fille, Ophélie, en disant qu'il ne faut pas vouloir à tout prix que les enfants nous ressemblent :

Clip vidéo : https://youtu.be/5zxD9KoLVFg
Paroles : www.paroles.net/jean-jacques-goldman/paroles-qu-elle-soit-elle

Quand Pascal Obispo a eu un enfant, il s'est interrogé sur sa nouvelle condition de père dans Millésime :

Je ne sais pas de quoi
Notre histoire sera faite
Mais je me sens porté
Un jour est une fête
Quelques notes légères
Les regards qui caressent
Et je gagne en amour comme on gagne en noblesse
C'est ça être père...

Clip vidéo : https://youtu.be/2WPeXtgjg2E
Paroles : www.paroles.net/pascal-obispo/paroles-millesime

Devenir père est aussi ce qui a inspiré La bienvenue à Calogero :

Et te voilà en face de moi
Ça fait des mois que j'attends ça
Voir ce regard indispensable
Qui me connaît
Qui m'aime quand même

Mon amour, bienvenue

Clip vidéo : https://youtu.be/6U7UVVb2Ktw
Paroles : www.paroles.net/calogero/paroles-la-bienvenue

C'est le même thème qui se retrouve dans Ma lumière du franco-israélien Amir :

Il est déjà l’heure d’éteindre la lumière
Mais je ne peux défaire mon regard de toi

T’es si petit mais je tiens entre tes doigts...

Clip vidéo : https://youtu.be/VMPyLr_wMP0
Avec paroles : https://youtu.be/a-QuhfQDgg8

Renaud, chanteur engagé et militant a consacré plusieurs chansons très tendres à sa famille. Il avait commencé par écrire une chanson sur sa femme quand elle était enceinte : En cloque :

Clip vidéo avec paroles : https://youtu.be/B6iJ5UzX5yU

Il a aussi écrit plusieurs mélodies sur sa fille, ainsi qu'à son fils qu'il a eu plus tard dans sa vie, Malone :

Nous t'apprendrons mon ange
À lutter chaque jour
Pour que ce monde change
Pour un peu plus d'amour.

Clip vidéo : https://youtu.be/x4bMZCAqZbU
Paroles : www.paroles.net/renaud/paroles-malone

Vincent Anthonioz et Annick Stevenson, French Accent Nr 90, Avril-mai 2021

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Quatre idées reçues sur le vin rosé

Origine, couleur, garde, prix… En quelques années, le petit vin de l’été a bien changé. Et bousculé pas mal d’idées préconçues.

1. Il vient de Provence

Pas seulement. Il est exact que la Provence est le premier producteur de vins rosés d’appellation d’origine contrôlée (AOC) : 38 % d’entre eux sont étiquetés côtes-de-provence, coteaux-d’aix-en-provence ou coteaux-varois-en-provence. Mais si l’on considère les vins rosés français en général, qu’ils soient AOC, avec une indication géographique protégée (IGP) ou Vin de France, c’est le Languedoc qui en est le premier producteur avec, en 2017, 2,6 millions d’hectolitres vinifiés. Sur un total de 5,5 millions sur l’ensemble du vignoble français. Les principales régions de production du rosé sont ainsi l’Occitanie (à elle seule, l’IGP pays-d’oc rassemblait 23 % du volume national en 2016), la Provence (19 % du volume national), le Val de Loire et la vallée du Rhône.

Il faut par ailleurs noter que, si la France reste le premier producteur de rosé dans le monde (34 % de la production mondiale en 2019), l’Espagne n’est pas en reste (23 % des rosés sur la planète) et les Etats-Unis non plus (17 % ). L’Italie a en revanche lâché la rampe : de 19 % en 2009, elle ne représente plus que 10 % de la production aujourd’hui. En revanche, la couleur est de plus en plus présente dans les chais d’Afrique du Sud, du Chili et d’Australie.

2. Il est meilleur s’il est clair

Disons plutôt que les Français le préfèrent clair. FranceAgriMer et le Comité interprofessionnel des vins de Provence ont dessiné en 2018 une série de camemberts pour classer les rosés consommés dans divers pays selon leur robe. En France, c’est net, 30 % d’entre eux sont très clairs, 15 % seulement sont très foncés. Mais en Italie et en Espagne, le résultat est à l’opposé : respectivement 13 % et 11 % de rosés débouchés sont très clairs, contre 46 % et 50 % de bouteilles à la teinte très sombre.

D’où vient une telle différence ? Des variétés de raisins et des terroirs, d’abord. Les cépages clairs, comme la clairette rose, le grenache gris, le pinot noir font des rosés pâles quand la syrah, le carignan ou le merlot transmettent rapidement leur couleur. Le grenache noir donne des rosés à teinte orangée, tandis que le cinsault délivre une couleur plus jaune. Egalement, plus une variété est acide et plus sa couleur est vive, à dominante rose franc. Enfin, les conditions météorologiques engendrent des modifications. Plus l’année est sèche et chaude, plus les raisins et les vins sont colorés.

Toutefois, il y a aussi une dimension de triche, lors de la vinification. Le collage et le sulfitage permettent d’ôter de la matière colorante. Un collage au charbon œnologique, par exemple, permet d’alléger la teinte du vin. Dit comme ça, c’est moins glamour.

3. Il se boit dans l’année

Il y a certes des marques de rosé qui envoient leur vin à la distillerie dès qu’il a plus d’un an. La grande distribution contribue à ce mouvement : les vins de la vendange de septembre 2020 sont commandés à partir du mois de décembre de la même année, avant même qu’ils ne soient mis en bouteilles, pour être livrés en février. Les invendus commencent à disparaître avant que 2022 ne voie le jour.

Il existe une logique à cela : la plupart des rosés sont vinifiés avec beaucoup de délicatesse pour obtenir ce caractère très léger qui semble plaire. Les œnologues mettent le paquet sur les arômes fruités, délaissant la structure du vin, qui pourrait lui donner du muscle, mais aussi de la longévité. Résultat, quand les arômes fruités disparaissent (évolution normale avec le temps), il n’y a… eh bien, il n’y a plus rien, justement.

Pourtant, les bandols ou les tavels rosés peuvent vieillir dix ans ! D’où cet exemple éclairant : le 19 mars 2021 est née l’Association internationale des rosés de terroirs, avec des vignerons de toute la France (mais principalement de Tavel, Bandol, Faugères, Les Riceys) pour valoriser les rosés de caractère, exprimant leur terroir. Parmi les conditions d’admission, le rosé doit avoir un an minimum ! On en revient à une règle simple : pour savoir si un rosé est vraiment bon, il faut le goûter après un an ou deux.

4. Il n’est pas cher

C’était vrai à une époque, ça l’est de moins en moins. La France est la championne du rosé premium (entendez par là que c’est elle qui les vend le plus cher). Selon l’Observatoire mondial du rosé, dans son rapport de mai dernier, le prix moyen par bouteille est de 3,75 euros et il a progressé de 55 % en cinq ans. Mais si vous voulez vous décrocher la mâchoire, il faut regarder les chiffres des douanes publiés par l’interprofession des vins de Provence : entre 2010 et 2020, le montant des ventes de rosé provençal à l’export a augmenté de 963 %. Une hausse qui s’explique par l’augmentation des volumes exportés mais aussi par la hausse des prix.

D’ailleurs, il suffit de deux bouteilles pour comprendre cette révolution : il y a encore trois ans, on considérait la cuvée « Garrus » du Château d’Esclans, dans le Var, comme le rosé le plus cher au monde, à 90 euros les 75 cl. Et puis, en 2019, Gérard Bertrand a lancé son « Clos du temple ». Un rosé du Languedoc… à 190 euros le flacon. Une volonté de montrer que le rosé, aussi, peut tutoyer les grands blancs et les grands rouges. Bref, être un vin tout à fait comme les autres, avec les mêmes folies.

Ophélie Neiman, Le Monde du 13 juin 2021

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Je suis devenue végétarienne

Noémie Malaize : « Je suis devenue végétarienne, j’adore les légumes, et l’un de mes repas favoris, c’est le pique-nique »

La fondatrice d’« Îlots » publie le troisième numéro de ce magazine militant sur l’alimentation. Cette graphiste et illustratrice a passé une partie de son enfance dans les îles, d’abord en Polynésie, puis aux Antilles.

 « Je n’ai jamais vécu plus de trois ans au même endroit. Je suis née à Caen, en Normandie, et nous avons aussitôt déménagé sur la côte, puis du Limousin à la Polynésie française, de la Touraine à la Martinique. Mon père est médecin hospitalier, ma mère infirmière, et tous les deux ont toujours aimé bouger et changer régulièrement de décor.

La Polynésie fut un magnifique bouleversement dans ma vie. Je venais d’entrer en 6e à Amboise, nous sommes partis en milieu d’année, pour atterrir sur une petite île du Pacifique nommée Raiatea, d’un peu plus de 12 000 habitants. C’était le paradis pendant deux ans.

L’un de mes meilleurs souvenirs, c’est la tradition polynésienne des ma’a Tahiti, sortes de grands festins rassemblant les familles sur des petites îles du lagon, que l’on surnomme les “motus”. Chacun apporte un plat, et l’on partage tous les mets ensemble. C’était magique.

Cela a été très différent pour la Martinique : après deux ans en Touraine, on m’a annoncé que j’allais faire ma seconde aux Antilles. C’était dur de perdre (à nouveau) mes amis et moins facile de s’intégrer là-bas à cet âge, mais j’y ai là aussi découvert une palette nouvelle de goûts, de couleurs, d’épices, de spécialités. Un an plus tard, nous étions revenus à Caen.
J’ai tant bougé dans mon enfance qu’aujourd’hui je ressens un besoin fort de m’ancrer, d’appartenir à un lieu, à une région. Quand on me demande d’où je viens, je réponds “Normandie”, car c’est un territoire dont je me sens proche, même si je n’y ai pas vécu très longtemps. Il me faut être en terrain connu, balisé, sans doute parce que j’ai si souvent été projetée dans l’inconnu.

J’ai fait des études de design graphique à Paris, à Angers, puis à Bristol, où mon compagnon faisait un programme Erasmus. J’ai axé mon diplôme de fin d’études sur les parcs nationaux, ce qui était un excellent prétexte pour se balader. Car nous avons tous les deux une passion pour la randonnée et la nature.

Préparer des salades sur le pouce

Je suis devenue graphiste militante après une expérience en creux pour un studio qui faisait des publicités et qui m’a convaincue que je ne voulais surtout pas faire ça, mais plutôt travailler selon des valeurs engagées, notamment dans le domaine de l’alimentation.

Côté cuisine, ma mère se débrouille très bien, même si, quand nous étions petits, elle n’hésitait pas à recourir aux surgelés et à “M. Eismann”, qui nous livrait des plats toutes les semaines. J’ai récemment rassemblé une petite collection de recettes familiales (soufflé au fromage, gougères sauce madère, flan antillais), mais je me suis aperçue que je ne les reproduisais pas. Je suis devenue végétarienne, j’adore les légumes, et l’un de mes repas favoris, c’est le pique-nique.

Deux à trois fois par an, mon compagnon et moi partons bivouaquer et remplissons le coffre de notre petite voiture de ce qu’il faut pour préparer des salades sur le pouce : légumes de saison, vinaigrette maison, condiments savoureux. La “salade balade” se fait à l’Opinel, directement dans le bol, en fonction de ce qu’on a sous la main, et devant un beau paysage. C’est comme cela qu’elle est bonne. »

Camille Labro, Le Monde du 4 juin 2021

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Les pois chiches, une alternative aux protéines animales

Clotilde Bato : « Les pois chiches, c’est l’une des meilleures alternatives aux protéines animales »

A la tête de deux associations, « SOL », qui défend les petits paysans à travers la planète, et « Notre affaire à tous », qui réclame une justice climatique, Clotilde Bato milite en faveur d’une agriculture saine.

 « Je suis toulousaine de naissance et indienne de cœur. Mes parents étaient des militants altermondialistes, et, grâce au travail de mon père pour l’ONG Frères des hommes, nous avons beaucoup voyagé dans notre enfance. Dès l’âge de 4 ans, mon frère et moi étions dans les manifestations antinucléaires, puis, quelques années plus tard, nos parents nous emmenaient dans les Andes ou au fin fond de la forêt amazonienne.

Le pays qui m’a le plus marquée, c’est l’Inde, où je suis allée pour la première fois à 7 ans, durant trois mois. C’était une aventure incroyable, nous allions de village en village et découvrions l’Inde pendant que mon père travaillait. A 10 ans, j’ai commencé à faire du chant lyrique, et je suis entrée au conservatoire professionnel à 17 ans.

Mais j’y étais malheureuse : le chant, c’est comme du sport de haut niveau, il faut travailler énormément, apprendre l’italien et l’allemand, oublier sorties, ciné, amis… C’était une vie très contraignante, compétitive et solitaire. J’ai fait un burn-out, et j’ai compris que je voulais trouver un métier qui ait un rapport aux autres, qui soit dans le partage.

J’ai abandonné le chant, pour préparer un diplôme de relations internationales spécialisé dans l’Asie du Sud. Mais, lorsque je suis allée tester le métier en ambassade, à New Delhi, je me suis rendu compte que c’était un milieu très franco-français, et que je me serais encore retrouvée seule dans la vie d’expatriée. A 21 ans, j’ai demandé à mon père si je pouvais découvrir l’un de ses projets.

J’ai trouvé ma vocation au contact des paysans dans les villages indiens. En 2007, j’ai aidé à l’organisation d’une grande marche des paysans sans terre, et, peu après, j’intégrais SOL, une ONG française qui accompagne et soutient les petits paysans, notamment en Inde, en Afrique de l’Ouest et en France. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Vandana Shiva, figure indienne de la lutte écologique contre l’accaparement des terres et des semences.

En 2010, son association, Navdanya, s’opposait, au nom de la souveraineté alimentaire, à l’implantation en Inde de la première aubergine OGM, créée par Monsanto. Nous les avons rejoints dans ce combat et avons commencé à travailler avec eux sur divers projets pour défendre les paysans et leurs libertés.

Souveraineté alimentaire

Les beignets d’aubergine à la farine de pois chiche représentent à la fois mes valeurs et mes combats. Ils font appel à mes origines méditerranéennes, mais aussi à la savoureuse cuisine indienne que j’ai mangée toute mon enfance. En Inde, il existe plus de 4 500 variétés d’aubergines : blanches, roses, vertes, striées, rondes ou allongées… C’est pour moi un symbole de biodiversité et de l’importance qu’il y a à protéger cette biodiversité jusque dans nos assiettes.

Quant aux pois chiches, autre pilier de la cuisine indienne, c’est l’une des meilleures alternatives aux protéines animales, une légumineuse qui symbolise la souveraineté alimentaire et la lutte contre le changement climatique (puisqu’elle permet de se passer du soja, au bilan carbone élevé). Ces beignets sont aussi délicieux que symboliques. »

Camille Labro, Le Monde du 11 juin 2021

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Quelques découvertes techniques

Les inventions :  un reflet de la créativité française

Il est bien connu que le camembert, la guillotine, le bikini et le champagne sont des créations françaises. On sait beaucoup moins que des inventions qui ont changé notre façon de vivre depuis le début de l'ère moderne ont d'abord été découvertes en France, avant d'être considérablement améliorées à l'étranger, aux États-Unis principalement, comme l'avion, la photographie, la calculatrice, le cinéma...

Quelques découvertes techniques

Parmi les machines expérimentales de Denis Papin, les plus connues sont la première tentative de bateau à vapeur, et surtout la cocotte-minute, le premier autocuiseur qu'il avait appelé du nom pas très flatteur de  "digesteur"...

Plus remarquable a été en 1770 l'arrivée de la première automobile, ou "fardier", un engin lourd et primitif inventé par Joseph Cugnot. Bien plus élégante était la montgolfière : l'aérostat inventé par Joseph et Etienne de Montgolfier, qui s'est élevé dans le ciel en 1783 devant le roi Louis XVI à Versailles.

La même année, Louis-Sébastien Lenormand a eu la très bonne idée d'inventer le parachute. C'était juste huit ans avant la guillotine...

Très appréciés ont été le métier à tisser de Joseph Marie Jacquard (1801), le piano à pédale de Sébastien Érard (1810), et la machine à coudre de Barthélemy Thimonnier (1830), vite reprise et perfectionnée par Singer en 1851.

À la même époque, Marc Seguin lançait deux inventions majeures : le pont suspendu à câbles et la locomotive à vapeur.

Autres découvertes des années 1800 imitées et très améliorées plus tard : la photographie par Nicéphore Niepce (1825), le vélocipède à pédales suivi de la bicyclette à chaîne et du dérailleur pour vélo. Ont suivi le sous-marin, la moto, et plus tard la mobylette, et la première voiture électrique, de Gustave Trouvé. Non, elle ne ressemblait pas à une Tesla.

L'invention certainement la plus utilisée dans le monde entier est le pneumatique à chambre à air créé en 1891 par Edouard Michelin.

En 1895, les frères Auguste et Louis Lumière ont montré les premières images de leur cinématographe. Les Français sont très fiers que le cinéma ait été inventé dans leur pays...

En informatique, les Français n'ont pas inventé internet, mais Blaise Pascal avait conçu en 1642 la première machine à calculer. Ensuite des inventeurs français ont notamment créé en 1972 le micro-ordinateur et, en 1974, Roland Moreno a lancé la petite carte à puce, utilisée seulement récemment aux Etats-Unis. Peu de gens, même en France, savent que c'est une invention française.                                         

Annick Stevenson, French Accent No 91, Juin-juillet 2021

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Des petites choses bien utiles

Moins spectaculaires, plus petites mais très utilisées, de nombreuses autres inventions techniques ont été conçues par des Français, même si la véritable origine de certaines d'entre elles est parfois contestée. En voici quelques-unes :

- La bougie moulée (1600) après que François de Brez ait imaginé le premier moule ; auparavant les bougies, qui existent depuis 3000 ans avant JC, étaient formées à la main.

- Le parapluie pliant (1705), en toile verte. Le 1er janvier 1710, son inventeur, Jean Marius, a obtenu un privilège royal de 5 ans pour cette innovation appelée "parasol-parapluye brisé à porter dans sa poche".

- Le crayon (1795) par Jacques Conté, mais indépendamment et en même temps l'Autrichien Joseph Hardtmuth créait la même sorte de crayon dont la mine était elle aussi en graphite ; il faudra attendre 1828 pour l'invention, en France, du taille-crayon.

- La cafetière à percolation créée en 1800 par Jean Baptiste de Belloy, qui était évêque de Marseille avant de devenir archevêque de Paris et cardinal.

- Les allumettes "modernes" dont le un mélange inflammable était à base de soufre, créées par Jean-Joseph-Louis Chancel en 1805 ; mais on en a trouvé d'autres modèles pratiquement depuis l'antiquité, et les allumettes "de sûreté" ont été imaginées par le Suédois Gustav Eric Pasch en 1844.

- Le sécateur (1815), outil des jardiniers, inventé par un aristocrate, M. De Molleville.

- Le réveille-matin réglable (1847).

- Le mètre ruban (même année), créé par le tailleur pour dames Alexis Lavigne.

- Le fer à friser (1888), et le sèche-cheveux (1890), par Alexandre Ferdinand Godefroy, pionnier de la coiffure moderne.                  

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Des créations originales

Certaines sont fantaisistes, insolites, ou totalement dépassées à notre époque, mais d'autres sont très utiles. Quelques exemples :

Le bidet : inventé en 1710, ce petit meuble en bois dans lequel était inséré une sorte de cuvette en porcelaine a été très longtemps utilisé en France. Il servait à la toilette intime mais aussi aux bains de pieds. Avec le temps on a ajouté un robinet, puis la cuvette est devenue blanche comme celle des WC. Quand j'étais jeune, nous en avions un dans la salle de bains.

Le dentier en porcelaine a été inventé en 1770 par Alexis Duchateau.

La poubelle a été l'initiative très utile du juriste et diplomate Eugène Poubelle, en 1884. Quand il était Préfet de la Seine, il a cherché un moyen d'améliorer la propreté de Paris, où les déchets abondaient. Il a obligé les propriétaires d'immeubles à mettre à la disposition des habitants des récipients métalliques, dont la dimension était très contrôlée, qui ont très vite porté son nom...
Le panier à salade, inventé en France en 1935, a été un élément essentiel des cuisines avant la création des essoreuses à salade modernes en plastique. Il fallait le secouer très fort pour faire tomber l'eau. Il ne pouvait donc être utilisé que dehors. C'était facile à la campagne, mais dans les villages, quand j'étais jeune, il n'était pas rare de voir une femme secouer sa salade sur le trottoir... À noter que les fourgons cellulaires de police sont surnommés paniers à salade !

La montre-bracelet a été la création, en 1904, du très célèbre bijoutier Louis Cartier. Il l'a inventée pour que son ami, l’aviateur brésilien Santos-Dumont, ne soit pas obligé de sortir sa montre à gousset en plein vol. Cette innovation a fait la renommée de la maison Cartier.

Le portrait-robot, dont le principe consiste à découper des morceaux de photos représentant différentes parties du visage et de les assortir afin d’en créer un nouveau, a été breveté par Roger Dambron en 1950. En 1953, le premier meurtrier a été confondu et arrêté grâce à cette invention.

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Des inventions bien françaises

La gastronomie, la mode, la beauté et tous les symboles du romantisme sont évidemment des domaines où les inventeurs français ont fait preuve de beaucoup de créativité.

Le champagne est né avec Dom Pérignon en 1688. Mais il faut savoir que ce moine très opportuniste n'a pas véritablement inventé cette boisson. Pendant un séjour à Limoux, dans le Languedoc au sud de la France, il a découvert que, depuis 1531, les moines bénédictins produisaient un chardonnay qui devenait effervescent après une deuxième fermentation. Dom Pérignon a adapté leur méthode, en l'affinant...

Le réverbère, qui n'est pas un objet de luxe mais fait tout le charme romantique de Montmartre la nuit, a été inventé en 1744 par Dominique-François Bourgeois, un ingénieur-horloger qui travaillait dans la fabrication des automates.
Sans surprise, la sauce béchamel  (1651), la mayonnaise (1756) et le camembert (1791), suivis par des centaines d'autres produits laitiers, sont des créations françaises. Il est plus surprenante d'apprendre que les conserves alimentaires ont elles aussi été inventées en France par un cuisinier, Nicolas Appert, en 1795.

En 1898 c'est une femme, Herminie Cadolle, ancienne ouvrière dans la corsetterie et militante féministe, qui a déposé le brevet du tout premier soutien-gorge moderne, qui s'appelait "bien être", dans le but de "libérer les femmes" de ces horribles corsets qui les empêchaient de respirer. À l'époque, elle avait même eu l'intelligence de créer des sous-tifs qui se fermaient par devant...

L'histoire du rouge à lèvres remonte à l'époque de la Mésopotamie, il y a 5000 ans. Il a fallu attendre 1915 pour que la maison française Guerlain lance sur le marché le premier tube de rouge à lèvres coulissant. Le processus a été amélioré en 1925 par un Américain, Maurice Levy.

C’est en voyant les femmes abaisser le haut de leur maillot de bain pour mieux bronzer que Louis Réard, ingénieur automobile, a l’idée de créer un maillot deux-pièces couvrant un minimum de peau. Le 5 juillet 1946, il a présenté pour la première fois son invention : le bikini, du même nom que l'atoll des îles Marshall.  C'est Micheline Bernardini (photo ci-dessus), danseuse du Casino de Paris, qui le portait, à la piscine Molitor de Paris.

Mais des images trouvées dans l'ancienne villa romaine du Casale, en Sicile, montre que le bikini existait déjà dans l'Antiquité...

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La santé, un point fort

Les Français ont été les pionniers pour un grand nombre de découvertes scientifiques ayant un direct impact sur la santé dans le monde. Voici les plus importantes :

La pasteurisation

Dans un article paru dans The Sunday Times en mai 2021, le journaliste et écrivain scientifique Steven Johnson rappelle que le simple fait de boire du lait présentait autrefois de graves risques pour la santé. Il explique comment ce "poison" est devenu le symbole de la santé et de la vitalité : "La réponse évidente est apparue en 1854, quand le jeune Louis Pasteur a commencé à travailler à l'Université de Lille au nord de la France... et s'est demandé pourquoi certains aliments et liquides se gâtaient". Onze ans plus tard, Pasteur, alors professeur à l'École normale supérieure de Paris, avait inventé un procédé de conservation des aliments par chauffage à une température de 80 à 100° C pendant une certaine durée, suivie d'un refroidissement rapide. La pasteurisation était née, apportant une amélioration fondamentale de la santé humaine.

Le stéthoscope

René Laennec était médecin, mais aussi musicien. Alors qu'il travaillait à l'hôpital Necker, en 1816, il a eu l'idée d'utiliser la même technique par laquelle il sculptait ses flûtes en bois pour inventer un appareil en forme de cylindre qui permettrait de faire une auscultation d'un patient sans avoir à coller son oreille sur sa poitrine.
Il l'a appelé stéthoscope en s'inspirant des mots grecs stethos (poitrine) et skopos (examen). Cet appareil a été peu à peu amélioré à partir de 1830 par un autre Français, le docteur Pierre Piorry. Mais ce sont Maurice Rappaport et Howard Sprague, deux Américains, qui ont mis au point le stéthoscope acoustique moderne.

Les vaccins
C'est encore à Louis Pasteur que l'on doit l'un des vaccins inventés en France : celui contre la rage, en 1885. D'autres vaccins ont suivi, produits ou affinés par l'Institut Pasteur, contre :
- La tuberculose, le BCG, par Albert Calmette et Camille Guérin, 1921.
- Le tétanos et la diphtérie, par le vétérinaire et biologiste Gaston Ramon, 1924.
- L'hépatite B, par Philippe Maupas, 1976.
    En 2020, l'Institut Pasteur a travaillé sur un vaccin contre le Covid-19 mais la recherche n'a pas abouti, et les chercheurs ont dû abandonner...

Le braille

La découverte française la plus importante en faveur des personnes ayant un handicap est celle de l'écriture braille, par Louis Braille, en 1825. Ce système de lecture codé a changé la vie de toutes les personnes aveugles ou malvoyantes et a été exporté dans le monde entier.

Autres découvertes liées à la santé

- Un appareil permettant de mesurer la tension artérielle, inventé en 1819 par le Dr. Poiseuille.
- La couveuse, appelée dans le temps "berceau incubateur", imaginée par le chirurgien Jean-Louis-Paul Denucé en 1857, et appliquée par Etienne Stéphane Tarnier dès 1880.

- Le test de dépistage du sida, par l'Institut Pasteur, en 1985.

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Ce qui est français, et ce qui ne l'est pas

French what?... Ce qui est français, et ce qui ne l'est pas

Quand les Français entendent dire "French" à propos de choses pas forcément françaises, ils sont très surpris. Quelle est la vérité ?

French fries : non, elles sont Belges.

French toast : les Français l'appellent le "pain perdu" : des restes de pain qu'on mange de cette façon pour ne pas le gaspiller. On a retrouvé pratiquement la même recette à Rome dans l'Antiquité. Les Français en mangent rarement.

French dressing : ma grande déception quand j'ai commandé cette sauce, une seule fois dans ma vie, aux États-Unis. Elle n'a rien à voir avec une bonne vinaigrette française !

French press : une autre surprise découverte en Amérique. Bien sûr, on trouve en France cette "cafetière à piston" mais elle a été inventée par un Italien, Ugo Paolini, en 1923. Les Français ont suivi très vite en déposant un brevet similaire en 1924.

French manucure : jamais entendu en France ! Cette méthode de mettre du vernis sur des ongles est née en Amérique, inventée par des stars hollywoodiennes. On lui a ajouté "French" par référence à la "French touch" évoquant (pour les étrangers seulement) l'élégance et le raffinement.

French braid : ce genre de tresse est née en Afrique du nord. Les premiers exemple de ce style ont été trouvés dans l'art rupestre, en Algérie, il y a 6000 ans. J'en ai rarement vu en France.

French twist ou French knot : un chignon banane en français. Il était déjà porté en Grèce, dans l'Antiquité.

French maid : certes, dans les bonnes maisons bourgeoises, les bonnes portaient un uniforme, comme dans les pays anglo-saxons. Je ne vois pas la différence, mais un stéréotype pas vraiment justifié veut que les "French maids" soient plus sexy...

French bread : chez nous on l'appelle tout simplement "pain". De nombreux pays ont leur pain, lequel est le meilleur ? Le français, évidemment...

French chair : en France on appelle "bergère" ce genre de fauteuil, bien français en effet, créé sous le règne du roi Louis XV. Aujourd'hui on n'en trouve que dans les châteaux, musées ou maisons bourgeoises.

French green beans : je ne sais pas pourquoi on donne le qualificatif de français aux haricots verts cultivés aux États-Unis où je les achète au marché. Il paraît qu'ils sont plus fins, longs et meilleurs, donc plus chers. En France on dirait : des haricots verts extra-fins.

French donkey : je n'ai vu ce mot que dans un roman américain ; ces ânes sont bien originaires de France, où on les appelle "baudets du Poitou".

French doors : les "portes-fenêtres", qui ne sont pas vraiment des portes, sont bien nées en France, pendant la Renaissance. Beaucoup d'autres éléments architecturels sont considérés "French", mais les Français l'ignorent.

French kiss : j'ai découvert cette expression en regardant le film joué par Meg Ryan en 1995. Elle est apparue en Amérique après la Ière guerre mondiale quand les soldats rentraient de France avec, pour certains, des souvenirs d'aventures romantiques. Devant le succès de cette expression, le dictionnaire Robert a intégré "French kiss" en 2014, ce qui fait plaisir aux Français. Mais on a découvert que ce type de baiser apparaissait déjà dans le Kama Sutra, au 5ème siècle avant JC.

Annick Stevenson, French Accent No 91, Juin-juillet 2021

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La charge mentale, une double peine pour les femmes

(Pour étudiants avancés)

Lien pour accéder à l'article :

https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/dialogues-economiques/la-charge-mentale-une-double-peine-pour-les-femmes?fbclid=IwAR1F96wOrfuTzIKsERvNvXYOTVfj0u0tQO2wU2bofvnEs5TdSdAv5bpWMRk

Questions :

Répondez aux 10 questions suivantes au sujet de l’article que vous avez lu. Les questions suivent l’ordre du texte.

1. Cet article…(1 point)
a. compare la charge mentale des hommes et celle des femmes
b. retrace l’historique de l’évolution des droits des femmes
c. défend la thèse selon laquelle la charge mentale impacte les femmes

2. Selon le chapeau de l’article…(1,5 point)
a. la charge mentale tend à se dissiper
b. la charge mentale résulte de la combinaison des tâches à réaliser à la maison et au travail
c. la charge mentale nuit essentiellement à la carrière des femmes

3. Le XXe siècle …(1,5 point)
a. a vu les disparités entre hommes et femmes s’accroître
b. a vu les disparités entre hommes et femmes diminuer
c. est en demi-teinte pour ce qui est de l’égalité hommes-femmes

4. Ce qui explique les inégalités professionnelles persistantes entre hommes et femmes c’est / ce sont…(1,5 point)
a. un mélange de causes qui s’additionnent
b. la discrimination
c. des choix professionnels différents et des comportements moins risqués et moins compétitifs. 

5. L’étude de Sarah Flèche, Anthony Lepinteur et Nattavudh Powdthavee a notamment cherché à déterminer…(1,5 point)
a. d’où proviennent les discriminations
b. où la charge mentale trouve sa cause
c. pourquoi les femmes ont tendance à faire des choix professionnels qui leur portent préjudice

6. La charge mentale serait…(1,5 point)
a. le cumul des tâches domestiques et des tâches professionnelles
b. la  charge cognitive qui résulte de la gestion inégale de la vie familiale dans le couple
c. liée au temps passé à réaliser des tâches domestiques

7. La charge mentale a un impact sur les choix professionnels des femmes. VRAI ou FAUX? (1,5 point)
VRAI
FAUX

8. Quel est l’impact de la durée relative du temps de travail et de la division des tâches ménagères sur la satisfaction globale des hommes et des femmes? (2 points)
a. les femmes sont insatisfaites si elles travaillent plus que les hommes
b. les femmes sont insatisfaites si elles travaillent plus que les hommes et que les tâches domestiques ne sont pas réparties équitablement avec leur conjoint
c. les femmes sont insatisfaites si leurs conjoints consacrent moins de temps qu’elles aux tâches domestiques

9. Généralement, les femmes rechignent à travailler plus que leurs conjoints…(2 points)
a. à cause des normes sociales
b. à cause des tâches ménagères qui leur incombent principalement à elles
c. car leurs conjoints l’acceptent mal

10. Quelles solutions sont proposées dans l’article pour réduire la charge mentale? (2 points)
a. l’émancipation des femmes
b. augmenter la durée du congé paternité
c. se faire aider à la maison et éduquer les jeunes générations pour casser les stéréotypes de genre

Total : /16

CORRIGES:

  1. c
  2. b
  3. c
  4. a
  5. c
  6. b
  7. VRAI
  8. b
  9. b
  10. c

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Des héros ou des z'héros ? Histoires de liaisons

Drôle de langue » (1/17). Démonstration, en dix-sept épisodes, qu’au pays de Descartes, le français est parfois tout sauf cartésien. Premier exemple avec le « h » muet et le « h » aspiré.

Au moment de nous enseigner ses finasseries, à l’école primaire, la maîtresse nous avait expliqué que la langue française était gouvernée par des règles, qu’il suffirait de se donner la peine de mémoriser – ainsi que deux ou trois exceptions –, et le tour serait joué. En somme, notre langue serait logique, rationnelle, cartésienne.

Mais en fait, non. Un exemple ? Voyez la différence entre un h muet et un h aspiré. Le premier s’appelle « muet » parce que… il l’est. Il ne joue aucun rôle dans la prononciation des mots : on pratique liaison et élision avec le mot qui précède, comme si le h n’était pas là – « l’heure, les z’heures », « l’histoire, les z’histoires ». Le h aspiré, en revanche, comme toutes les consonnes, interdit liaison et élision (le hasard, la hauteur, et non l’hasard, l’hauteur).

De toute façon, nul francophone de naissance ne dirait « C’est la heure de raconter la histoire du Petit Chaperon rouge » ou « Lhasard fait bien les choses ». Mais qu’est-ce qui explique l’existence de ces deux h, à la fois si semblables et si différents ? C’est que les h du français ont deux provenances (principales !). On rencontre le h aspiré à l’initiale des mots d’origine germanique, le h muet au début des mots d’origine latine. Malheureusement, déterminer si un mot est d’origine latine ou germanique n’est pas toujours facile, et même les plus lettrés ne sont pas sans douter parfois (« l’hayon » ou « le hayon » de la voiture, « l’hiatus » ou « le hiatus » ?).

Imprévu linguistique

Mais surtout cette distribution latino-germanique n’explique pas tout. Pourquoi, par exemple, ne dit-on pas « les z’héros », alors que l’on dit « les z’héroïnes » ? Héros, d’origine grecque, est bien arrivé dans notre langue par le latin classique, où il désignait un « demi-dieu », puis un « homme de grande valeur », nous apprend le Dictionnaire historique de la langue française, d’Alain Rey (éditions Le Robert), héroïne ayant été « emprunté un peu plus tard ». Les deux mots étaient dûment équipés du h muet réglementaire à l’origine. On disait ainsi « un n’héros, des z’héros », comme on dit « une héroïne, des z’héroïnes ». Alors que s’est-il passé ?

Un imprévu linguistique : l’arrivée du zéro. Le zéro, qui n’existait pas dans les chiffres romains, est l’un des apports essentiels du système numérique dit « arabe » (même s’il est sans doute né en Inde), qui a commencé à être largement adopté en Europe à la Renaissance. Le h du héros est devenu aspiré, explique l’Académie française dans la rubrique « Dire, ne pas dire » de son site Internet, « à l’apparition du mot zéro, pour éviter la liaison et le calembour les (z)héros/les zéros. L’aspiration n’a pas été étendue aux autres mots de cette famille : héroïne, héroïque, héroïsme, etc., puisqu’il n’y avait pas de risque de confusion ». Et voilà ! En vérité, la langue se soucie peu des règles. Ici, l’usage a simplement jugé ridicule que l’on puisse confondre des personnages d’exception avec… rien du tout. (Au fait, on dit « le hayon » et « l’hiatus » ou « le hiatus », les deux sont permis !)

Muriel Gilbert, Le Monde du 12 juillet 2021

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Logique la langue française ? Une petite segonde !

« Drôle de langue » (2/17). Entre les nombreuses lettres muettes qui parsèment les mots et les multiples façons d’écrire un même son, apprendre le français est une gageure pour les étrangers.

Si la prononciation du français relève de l’évidence pour qui est tombé dedans quand il était petit, il n’en va pas de même pour les étrangers qui s’essaient à l’apprendre. A l’inverse, pour les jeunes Français, c’est l’écriture de la langue qui relève du tour de force. Rappelons au hasard que le son « s » peut s’écrire avec un t, comme dans émotion, que le c de banc ne se prononce pas mais celui de bancal, si, que la suite de lettres « ent » peut se lire « an » comme dans « un patient », mais aussi ne pas se lire du tout, comme dans « ils patientent ».

Des Français tout ce qu’il y a de plus diplômés sont parfois bien en peine de dire comment se lit un mot d’usage courant. La gageure se prononce-t-elle « gajeure » ou « gajure » ? (« Gajure ! ») Le magnat de la finance se dit-il « mag-nat » ou « maniat » ? La réponse est : les deux ! Chouette ? Ne vous réjouissez pas trop vite, car l’adjectif magnanime, lui, se prononce exclusivement « manianime ». Pourquoi ? Parce que.

Parfois, les incongruités ont tout de même une explication. Par exemple, pourquoi les Français prononcent-ils « segond », « segonde », « segondaire » ce qu’ils écrivent second, seconde et secondaire ? Second est issu du latin secundus, signifiant « suivant », qui se prononce comme il s’écrit, la lettre c se lisant « k ». Le français descend pour l’essentiel du latin, mais un latin que l’usage local a progressivement modifié, adapté, tordu à sa mesure. C’est ainsi que secundus a perdu son « us » final et, peu à peu, a commencé à se prononcer « segond », sans doute tout simplement, imaginent les linguistes, parce que c’est plus facile à articuler que « sekond » – d’aucuns n’excluant pas que la proximité phonétique avec « ce con » ait joué le rôle de repoussoir.

Lexicographes latinophiles

Jusqu’à la création de l’Académie française, au XVIIe siècle, il n’existait pas de norme orthographique. Les (rares) Français qui savaient écrire écrivaient… comme ils l’entendaient. On trouve ainsi dans les textes anciens des second aussi bien que des segond, ce dernier devenant même de plus en plus fréquent avec le temps. C’est la même mutation qui s’est produite pour le mot dragon, issu du draco latin. Avec cette différence que dragon s’écrit bien comme il se prononce en français de 2021, c’est-à-dire avec un !

Alors que s’est-il passé ? Pourquoi cette différence de traitement ? Second a bénéficié (ou souffert, selon les points de vue) de la latinophilie des lexicographes français du siècle des Lumières, qui ont choisi de rendre à ce mot toute l’élégance de sa racine, en faisant fi de sa prononciation. Le dragon a sans doute échappé à cette réforme parce qu’il était nettement plus discret, parce que moins courant. A noter que, en anglais, second s’écrit comme en français, mais il se prononce « sekonde » ; l’espagnol ayant opté pour segundo… comme ça se prononce ! Il n’y a qu’en français que l’on écrit c ce que l’on prononce « g ». Ce qui vous a un certain chic, il faut le reconnaître.

Muriel Gilbert, Le Monde du 13 juillet 2021

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Pourquoi dit-on "vingt-deux", mais pas "dix-deux" ?

« Drôle de langue » (3/17). Mots simples ou composés, tirés du latin ou de l’ancien français, soumis à des variantes géographiques, les noms des nombres défient toutes les lois de la logique.

Quand on songe à la langue française, quand on y songe vraiment, quand on la regarde comme une matière neuve que l’on n’aurait pas entendue et manipulée depuis toujours, quand on l’examine comme un enfant de maternelle qui la découvre un peu plus chaque jour ou comme un étranger qui essaie d’en comprendre la logique, quantité de questions commencent à éclore.
En voici une, au hasard : pourquoi nos nombres sont-ils ce qu’ils sont ? En français, une fois assimilés les chiffres de un à neuf, puis les nombres qui désignent les dizaines (dix, vingt, trente…), il n’y a plus qu’à les combiner, et le tour est joué : vingt + huit se dit « vingt-huit », trente + trois, c’est « trente-trois ». Notre langue obéirait-elle à une logique « carrée », au moins quand il s’agit de chiffres ?

Que nenni ! En effet, si nous disons « vingt et un », « trente et un », « quarante et un », nous ne disons pas « dix et un ». Nous disons « vingt-deux », « trente-deux », « quarante-deux », mais pas « dix-deux ». A la série logique, qui serait « dix et un, dix-deux, dix-trois, dix-quatre, dix-cinq et dix-six », nous préférons une série étrange de mots en onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize. En revanche, dix-sept, dix-huit et dix-neuf sont « réguliers ».

Usés par l’usage

Pour expliquer cette étrangeté, il faut remonter aux origines latines du français. Le latin disait bien undecim (un-dix), duodecim (deux-dix), tredecim (trois-dix), quattuordecim (quatre-dix), quindecim (cinq-dix) et sedecim (six-dix). Comme c’est souvent le cas, l’usage a… usé les mots, les raccourcissant, et le decim final est devenu dece, puis tse puis ze. C’est ce qui explique que tous ces nombres s’écrivent étrangement avec un z, une consonne plutôt rare en français. On est ainsi passé de undecim (un-dix), à undece puis untse, puis unze… puis onze. Finalement, onze est bien « un-dix », douze « deux-dix », etc.

Mais l’usage nous a réservé une autre plaisanterie. Onze, c’est bien « un-dix », douze, « deux-dix », treize « trois-dix », quatorze « quatre-dix », quinze « cinq-dix » et seize « six-dix ». Mais comment se fait-il que l’on dise « dix-sept » et « dix-huit » au lieu de « sept-dix » et « huit-dix » ? C’est simple : dix-sept se disait en latin septemdecim, puis il s’est réduit, comme les nombres précédents, en septemdece, puis septze… qui avait l’inconvénient d’être beaucoup trop proche de seize. L’usage, qui privilégie l’efficacité, ne s’est pas embarrassé davantage et, à partir du nombre dix-sept, il a rangé les mots dans l’autre sens, tout simplement.

En revanche, nul ne sait avec certitude pourquoi septante, octante (ou huitante) et nonante, variantes francophones de soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix, n’ont pas cours dans l’Hexagone. Ce que l’on sait, c’est qu’au Moyen Age on comptait volontiers par vingtaines. On disait « deux vins » (40), « trois vins » (60), « quatre vins » (80). Témoin, l’hôpital des « Quinze-Vingts », créé par Saint Louis à Paris pour accueillir trois cents (quinze fois vingt) aveugles. Notre façon de compter si illogique, comme bien des incongruités du français, permet de revisiter l’histoire.

Muriel Gilbert, Le Monde du 15 juillet 2021

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Le périple linguistique de la dinde et du cochon (d'Inde)

« Drôle de langue » (4/17). Le volatile et le petit rongeur font partie de ces animaux que le français a, comme d’autres langues, souvent malmenés.

S’il est un animal que le français a affublé d’un drôle de nom, c’est bien le cochon d’Inde, inoffensif mammifère de forme oblongue qui n’est pas plus cochon qu’il n’est d’Inde, puisque c’est un rongeur originaire d’Amérique centrale. Alors pourquoi cochon ? Pour son cri, qui se rapproche de celui du cochon, dit-on. Et pourquoi d’Inde ? Ah, voilà qui est plus surprenant. Parce que c’est là que les Européens du XVe siècle l’ont découvert. Enfin… c’est là qu’ils pensaient l’avoir découvert, puisque c’est l’endroit où ils espéraient accoster, à la suite de Christophe Colomb. Et, quand il s’est avéré que l’on n’avait pas découvert les Indes mais l’Amérique, nul n’a jugé urgent de changer la dénomination de cette bestiole.

La même mésaventure est arrivée au volatile découvert au Mexique qui s’est vu appeler « poule d’Inde » pour la femelle, « coq d’Inde » pour le mâle. L’usage, avec sa tendance à tout abréger, a simplifié cette appellation en dinde tout court et sans apostrophe, le mâle se voyant transformé en dindon. De manière encore plus surprenante, les Anglo-Saxons appellent ce volatile turkey (« Turquie » en anglais), tandis que les Brésiliens et les Portugais l’appellent peru (Pérou). Pourquoi ? Parce que les Anglais ont confondu la dinde et la pintade, qui venait d’Afrique, via la Turquie… Les Portugais, eux, croyaient que les Espagnols avaient découvert l’oiseau dans la contrée qu’ils appelaient « Peru », et qui correspond à ce qui est aujourd’hui une grande partie de l’Amérique du Sud.

Pauvres cobayes

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’œillet d’Inde, cette jolie fleur de nos parterres le plus souvent jaune orangé est également originaire d’Amérique du Sud. Quid du marronnier d’Inde ? Eh non, il ne vient pas d’Amérique. Viendrait-il vraiment de l’Inde ? Que nenni. Ce sosie du châtaignier est originaire du sud de l’Europe. Pourquoi « marronnier d’Inde », alors ? Sans doute parce qu’il est arrivé chez nous dans les soutes d’un navire de la Compagnie des Indes orientales (les vraies, celles-là), qui se le serait procuré lors d’une escale sur le chemin du retour vers l’Europe.

Pour revenir à notre sympathique rongeur d’Amérique, on peut préférer recourir à son autre appellation, cobaye. Le mot dériverait de « cabiai », en tupi, langue amérindienne, en passant par le portugais. A noter quand même que, comme nous l’apprend le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert), « ce mot a pris, par allusion à l’utilisation de ce mammifère en laboratoire, le sens figuré de “sujet d’expériences” »Décidément, pauvre bête.

Et que dire du fait que nous appelons toujours « Indiens » ces peuples d’Amérique qui ne l’ont été (Indiens) que dans les rêves et les calculs erronés des conquistadors ? Le Monde a reçu récemment un message d’un lecteur canadien qui se disait choqué de lire dans ses pages le mot « Amérindien », « terme colonial, raciste et archaïque qui n’est plus utilisé en Amérique depuis bien des années ». « Il a été remplacé par le terme “autochtone” », dit-il. Un mot auquel les Français ne peuvent pas recourir tel quel. Il faudrait dire « les autochtones d’Amérique ». Je laisse cette option à votre réflexion.

Muriel Gilbert, Le Monde du 16 juillet 2021

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En français, des gens de tous les genres

« Drôle de langue » (5/17). Les objets ont beau ne pas avoir de sexe, notre langue les étiquette avec le masculin ou le féminin. Avec une logique pas toujours apparente…

Le français est une langue « à genres ». C’est-à-dire qu’elle qualifie de masculin ou de féminin des objets qui n’ont pas de sexe. Pourquoi dit-on « une mer » mais « un océan », « la lune » mais « le soleil » (les Espagnols disent bien « le mer », tandis que les Allemands disent « le lune » et « la soleil »…), « la moto » mais « le scooter », « le baba au rhum » mais « la tarte aux myrtilles », « un exemple » mais « une horloge » ?

Il y a si peu de logique apparente dans la répartition de ces genres que c’est l’une des erreurs qui trahissent les étrangers qui maîtrisent le mieux notre langue. Pourtant, il nous semblerait incongru de parler d’« un automobile » ou d’« une exemple ».
Mais notre langue est bien plus « gender fluid » qu’il n’y paraît. Voyez le banal mot gens, masculin et toujours au pluriel, qui devient féminin (si, si !) quand il est immédiatement précédé d’un adjectif épithète. C’est ce qui explique que l’on dise « ces gens sont vieux » mais « ce sont de vieilles gens », « ces gens sont bons » mais « ce sont de bonnes gens ».

Vieille diablerie

D’où vient cette diablerie ? Du lointain passé des mots : gens a commencé sa carrière dans notre langue au féminin. Gens est l’ancien pluriel du mot féminin gent (du latin gens, gentis), celui-là même que nous utilisons lorsque nous parlons de « la gent masculine », de la « gent féminine » ou de « la gent canine » (à toutes fins utiles, cette gent-là se prononce bien comme gens et non comme gente !). Le nom gent, signifiant à l’origine « race » ou « espèce », a progressivement pris le sens d’« hommes »… et adopté du même coup le masculin. Les caprices de genre du mot gens viennent de cette hésitation ancienne.

Et tenez, pourquoi parle-t-on de grand-mère et de grand-tante et non de grande-mère et de grande-tante ? En ancien français, grand était invariable en genre. On disait « un grand arbre », « une grand chaumière ». Le e au féminin n’est apparu qu’au XVIe siècle, par mimétisme avec tous ces adjectifs dont le féminin se fait en ajoutant un e à la fin du masculin. Mais, sans logique apparente, certains mots féminins ont conservé cet ancien « grand » invariable. C’est le cas de notre grand-mère, mais aussi de la grand-voile ou de la grand-rue.

Sans remonter aussi loin dans le temps, l’automobile, qui n’existe que depuis le début du XXe siècle, a déjà opéré un changement de genre. Automobile était à l’origine un adjectif. On parlait de « véhicule automobile » (véhicule « qui-bouge-tout-seul »), par opposition aux véhicules tractés par des animaux. Et puis l’usage, qui aime ce qui est court, s’est passé du nom, et l’on s’est mis à dire « un automobile ». Puis, la finale en e muet a donné l’impression que ce mot était féminin.

En ancien français, l’exemple était féminin, tandis que l’erreur, l’affaire et l’horloge étaient masculins (témoin l’emblématique « gros horloge » de Rouen). En somme, le genre de nos mots est beaucoup plus fluide qu’il n’y paraît.

Muriel Gilbert, Le Monde du 17 juillet 2021

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"Je ne bois goutte", "je ne mange mie"... Des négations aux délicieuses origines

« Drôle de langue » (6/17). C’est parce que le latin nous a laissé deux négations dont la prononciation occasionnait de funestes méprises que l’on a de si jolies expressions.

J'ai reçu récemment deux messages qui s’agacent d’une dérive langagière que je n’avais pas remarquée : celle qui consiste à utiliser l’adverbe « aussi » au lieu de « non plus ». « C’est devenu extrêmement fréquent et, par conséquent, extrêmement agaçant ! », écrit Virginie, avec un exemple, relevé dans un journal en ligne : « Lui aussi ne s’avance pas sur les éventuelles causes du phénomène », au lieu de « lui non plus »… Marie-Laure, quant à elle, s’irrite de spots radio où elle entend : « Ce n’est pas mal aussi. » Là où il conviendrait de dire : « Ce n’est pas mal non plus. »

Larousse.fr l’explique clairement, « dans le sens de “pareillement”, “également”, “de même”, “aussi” s’emploie dans des phrases affirmatives : “Si vous partez, je partirai aussi”. “Non plus” s’emploie dans des phrases négatives : “Vous ne partez pas, moi non plus.” »

N’avance pas même d’un pas

Mais puisque nous parlons négations, savez-vous d’où vient l’étrange expression « Je n’y vois goutte » ? Chacun sait qu’elle signifie « Je n’y vois rien », mais son origine est délicieuse. Le latin nous a laissé deux négations, « non » et « ne », qui se prononçait « né » au départ, mais a fini par se prononcer « ne », et même parfois « n ». On disait alors « Je n’écoute » ou « Je n’avance », au lieu de « Je n’écoute pas » et « Je n’avance pas ».

Et c’était la source de funestes méprises, la différence entre « Ecoutez » et « N’écoutez », « Avance » ou « N’avance » n’étant pas des plus flagrantes, à l’oreille, ce qui était potentiellement dangereux. Imaginez la scène : « N’avance, maraud, ou je te découpe en rondelles ! – Pardon, mais vous avez dit « N’avance » ou « Avance » ? » Quantité de gens ont fini en tranches sur de tels malentendus.

C’est pour résoudre ce problème que l’on a ajouté « pas » quand la négation se rapportait à un verbe de déplacement, « N’avance pas » signifiant « N’avance pas même d’un pas ». Pour « boire » ou « pleuvoir », on a ajouté « goutte » : « Il ne pleut goutte », « Je ne bois goutte » (sous-entendu « pas même une goutte »). Avec tout ce qui concernait la nourriture, on ajoutait « mie », qui voulait dire « miette » : « Je ne mange mie » (équivalant à « Je ne mange pas une miette »). Et l’on disait aussi « n’y voir point » (« même pas un point »), formule que l’on trouve encore dans les romans du XIXe siècle.

Avec le temps, tout cela s’est un peu mélangé, et, à cause de la ressemblance sonore entre « voir » et « boire », « Je ne vois goutte » s’est installé dans l’usage, sur le modèle de « Je ne bois goutte ». « Très vite, ces compléments devinrent de simples adverbes interchangeables et, longtemps, en ancien français, “mie” fut la négation la plus employée », explique l’Académie française sur son site Internet. On disait donc « Je ne peux mie » au lieu de « Je ne peux pas » aujourd’hui. Le « pas » de « Je ne peux pas » ou « Je ne veux pas » était à l’origine un vrai « pas », de ceux que l’on fait avec ses pieds. Joli, non ?

Muriel Gilbert, Le Monde du 19 juillet 2021

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Pauvre type ou type pauvre ? Les adjectifs sèment le désordre

« Drôle de langue » (7/17). En français, l’adjectif se place le plus souvent après le nom auquel il se rapporte. Mais il existe, bien sûr, de nombreuses exceptions qui peuvent tout changer.

Vous arrive-t-il de songer à la place de l’adjectif en français ? Non ? C’est un tort. Comme tous les aspects un rien tarabiscotés de notre langue, c’est quand on se penche sur le sujet avec une loupe qu’il devient passionnant.

En français, en général, l’adjectif se place après le nom auquel il se rapporte : « J’ai une voiture bleue », « J’écoute une émission radiophonique », « Tu portes un pantalon troué », « Je lis un article passionnant », etc. C’est le cas avec les adjectifs de couleur, comme rougebleu, jaune, violet ou caca d’oie (« un pantalon caca d’oie »), avec les adjectifs de forme, comme rondcarré, allongé (« une maison carrée », « un visage allongé »), avec les adjectifs de nationalité, comme françaisaméricainallemand (« le président français », « des touristes allemands »), avec les adjectifs de goût également, comme amer, sucré (« un café amer »)…

Bien entendu, il y a un régiment d’exceptions. La plupart des adjectifs se placent après le nom… mais certains peuvent se placer avant, sans que le sens de la phrase en soit modifié. Ce sont les adjectifs qui expriment l’appréciation : extraordinaire, exceptionnel, détestable, délicieux, odieux, remarquable… « Une émission remarquable » ou « une remarquable émission », « un personnage détestable » ou « un détestable personnage », « un affreux pantalon » ou « un pantalon affreux ».

Changement de position… et de sens

En revanche, « une bleue voiture » ou « une carrée maison », ça ne marche pas du tout. On se croirait dans Astérix chez les Bretons – isn’t it ? Pourtant, surprise encore, les plus banals et les plus usités des adjectifs se placent eux aussi plutôt avant le nom ! Ce sont tous des mots courts, d’une syllabe en principe, deux au maximum, comme bon, beau, joli, petit, gros, grand… (« une belle bagnole », « un gros bonhomme », « un grand couillon »…).

Mais le plus délicieux, c’est encore quand l’adjectif change de sens en changeant de position. Eh oui, un drôle de type, ce n’est pas un type drôle, ma propre chemise n’est pas forcément une chemise propre, une seule femme, ce n’est pas une femme seule, un pauvre homme, c’est un homme que l’on plaint, pour une raison X ou Y, mais ce n’est pas forcément un homme pauvre, et si d’aucuns considèrent que Napoléon était un grand homme, nul ne prétend que c’était un homme grand.

Les francophones savent d’instinct où placer les adjectifs… Aucun moutard de cours préparatoire ne dirait : « Prête-moi ta rouge voiture petite » au lieu de « Prête-moi ta petite voiture rouge. » En revanche, ayons une pensée pour les valeureux étrangers qui se donnent la peine d’apprendre notre langue si truffée d’exceptions : tenez, pourquoi dit-on « un bel homme » mais « un homme laid » ? Parce que c’est comme ça ! Sans doute parce qu’« un laid homme » est aussi difficile à comprendre que désagréable à prononcer… Parce que c’est l’usage, tout simplement.

Muriel Gilbert, Le Monde du 20 juillet 2021

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Le "ù" du clavier d'ordinateur, touche à usage unique

« Drôle de langue » (8/17). Quand elle est recouverte d’un accent grave, la lettre « u » bascule dans une bien curieuse histoire.

Je ne m’étais jamais interrogée sur l’étrangeté du ù. C’est aujourd’hui chose faite, grâce à un message d’Eric, qui dit se « poser des questions sur l’origine de la lettre ù, soit u avec un accent grave. A ma connaissance, dit-il, elle n’est utilisée que dans un seul mot : où. »

Il a raison. Curieux, non ?  fait partie de la liste des pronoms relatifs invariables que nous avons apprise à l’école élémentaire : « qui, que, quoi, dont, où ». La maîtresse nous répétait sans cesse qu’il ne faut pas confondre ce , qui prend un accent grave sur le u, et qui est relatif au lieu et parfois au temps (« La ville où elle habite », « Au moment où ils sont arrivés… »), avec la conjonction de coordination ou, qui signifie « ou bien » (« Est-ce du lard ou du cochon ? », « C’est elle ou moi ! ») et s’écrit sans accent.

D’où vient cet accent grave ? Les signes diacritiques en général (les accents aigu, grave, circonflexe, etc.) ont commencé à apparaître à la Renaissance, quand il est devenu évident que les lettres héritées du latin ne permettaient pas de reproduire tous les sons du français.

Marque de distinction

Vous me direz que ou se prononce exactement de la même manière avec ou sans accent. C’est que l’accent grave peut avoir une autre fonction. Aux XVIe et XVIIe siècles, nous apprend le site de la Banque de dépannage linguistique, on l’employait « uniquement pour distinguer certains mots grammaticaux d’autres mots dont la graphie était identique. Il n’avait donc alors aucune fonction phonétique, et il n’en a pas davantage aujourd’hui dans ces mots ».

Cet accent grave s’emploie sur trois lettres : aet u. Celui du a est le plus fréquent. Il sert à distinguer la préposition à de la forme du verbe avoir a (« Il a une maison », « Il rentre à la maison »). Il distingue aussi l’adverbe là (« Assieds-toi là ») de l’article la (« la maison », « la fleur »). Sur le e, on le trouve essentiellement dans la préposition dès (« Je viendrai dès demain »), qu’on distingue ainsi du déterminant des (« Il m’offre des fleurs »). Il y a aussi ce petit mot rare que l’on trouve dans certains noms de villes et des villages, lès, qui signifie « près de » (Joué-lès-Tours, Garges-lès-Gonnesse…).

Et donc, sur le u, l’accent grave s’emploie uniquement dans le mot … pour le distinguer de la fameuse conjonction ou qui signifie « ou bien ». Par conséquent, comme Eric le fait également remarquer dans son message, « sur un clavier d’ordinateur, la touche ù sert exclusivement à ce seul mot » chouchou, et l’on pourrait imaginer que cette touche permette « directement d’écrire le mot  ». Pas bête ! Si on en touchait deux mots aux fabricants de claviers ?

Et pour éviter définitivement de se tromper entre les ou et où, voici un haïku de ma composition, à partager avec vos enfants : « Quand ou veut dire « ou bien », il n’a besoin de rien » (il n’a pas besoin d’accent).

Muriel Gilbert, Le Monde du 21 juillet 2021

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Do, ré, mi... D'où viennent les notes de musique ?

« Drôle de langue » (9/17). C’est au XIe siècle que Guido d’Arezzo a conçu le système de notation qui est encore en usage aujourd’hui, un millénaire plus tard.

N'est-il pas renversant que l’on puisse écrire toute la musique du monde avec sept petites notes seulement ? De Mozart au vainqueur du dernier concours de l’Eurovision ? Pour écrire un livre en français, il faut tout de même vingt-six lettres…

Les humains ont probablement toujours fait de la musique – au moins du chant, des percussions… –, mais, jusqu’à ce qu’ils aient mis au point un système efficace leur permettant de conserver et de transmettre la mélodie et le rythme, tout reposait sur la mémorisation et la fragile transmission orale. Dès l’Antiquité, on trouve des traces d’essais de transcription musicale, mais trop complexes, semble-t-il, pour s’être imposés et avoir perduré.

A l’époque médiévale, il fallait ainsi plusieurs années à un moine pour mémoriser l’ensemble des hymnes chantées. Et c’est assez logiquement un musicien italien – qui était également un moine bénédictin –, Guido d’Arezzo (on l’appelle parfois « Gui l’Arétin », en français), qui, au XIe siècle, constatant la difficulté rencontrée par ses pairs, a conçu le système de notation qui est encore en usage aujourd’hui, un millénaire plus tard.

Ut, favori des mots croisés

Ce Guido d’Arezzo, génial pédagogue, a eu l’idée d’utiliser pour désigner la gamme des notes les premiers vers d’un chant grégorien que tous connaissaient par cœur, l’Hymne à saint Jean-Baptiste, qui présentait cette intéressante particularité de monter d’un ton au début de chacun des premiers hémistiches. Guido d’Arezzo a associé une note de la gamme à la première syllabe de chaque « demi-vers », syllabes qui se trouvent être : « Ut, ré, mi, fa, sol, la, si ». Les vers eux-mêmes étant les suivants : « UT queant laxis, /REsonare fibris, /MIra gestorum, /FAmuli tuorum, /SOLve polluti, /LAbii reatum, /Sancte Ioannes ».

Le sens du poème est ambigu, selon les spécialistes. Il signifierait quelque chose comme : « Pour que puissent résonner des cordes détendues de nos lèvres tes accomplissements merveilleux, délivre du péché tes impurs serviteurs, ô saint Jean. » On trouve également des partisans de : « Afin que les disciples de tes préceptes puissent, chose admirable, rendre musicales des cordes souples, ôte le mal de leurs lèvres souillées, ô saint Jean. »

Quoi qu’il en soit, pour le dernier hémistiche, « Sancte Iohannes », ce n’est pas la première syllabe mais les initiales des deux mots Sancte et Ioannes, « saint Jean », qui ont été choisies, ce qui donne la note « si ».

C’est bien plus tard, au XVIe siècle, que do, première syllabe de Dominus, le « Seigneur », a remplacé ut, trop difficile à solfier, semble-t-il, que l’on trouve encore dans les notations techniques… et les grilles de mots croisés. Les pays germanophones et anglophones, eux, ont préféré un autre système de notation, basé sur les lettres de l’alphabet, nos do, ré, mi, fa, sol devenant C, D, E, F, G. Efficace, mais moins poétique !

Muriel Gilbert, Le Monde du 22 juillet 2021

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Quand le français nous laisse l'embarras du choix

« Drôle de langue (10/17) ». Au pluriel, l’adjectif « glacial » devient « glacials » ou « glaciaux ». On peut écrire « tzar » ou « tsar »… Voilà deux exemples, parmi beaucoup d’autres, prouvant que la langue française sait parfois faire preuve d’une grande souplesse.

La langue française a la réputation d’être précise, difficile, intransigeante. Vous allez voir qu’elle est bonne fille au contraire, et souvent d’une grande tolérance. Pour commencer, s’il y a des mots dont on a du mal à se rappeler le genre, comme oasis ou effluve (oasis est féminin, comme l’eau qui est à son origine, effluve masculin comme le fleuve qui lui ressemble), il y a des mots qui sont au choix masculins ou féminins : c’est le cas d’interview, d’enzyme, de parka, d’après-midi… et de Covid, désormais enregistré comme tel par le Petit Robert. En revanche, rappelons qu’espèce est toujours féminin. On ne dit pas « un espèce de truc » ou « un espèce d’idiot », mais « une espèce de truc » et « une espèce d’idiot ».

Mais revenons à tous ces cas où l’on a le choix. Parce que, au-delà du genre, quantité de mots nous laissent une grande liberté en matière d’orthographe. Voici une petite histoire : « Les soirs glaciaux, quand la chouette hulule, le tzar tourne la clé de la porte d’un bistrot tzigane un peu kitch et chauffé au fioul. Il s’y assied avec le chah d’Iran et ils commandent de l’aïoli, de la daurade cachère et des yaourts qu’ils mangent à la cuiller. Puis ces deux fainéants repartent saouls comme des orangs-outans. »

Daurade à l’aïoli ou dorade à l’ailloli ?

Bizarre, mon histoire ? Sans doute. Son principal intérêt, c’est qu’elle peut être écrite de mille manières différentes, si l’on combine toutes les possibilités d’orthographe de chacun des mots qui la composent. L’adjectif glacial, au pluriel, c’est glacials ou glaciaux, au choix. La chouette hulule avec un h, mais elle ulule tout aussi bien sans. Le tzar s’écrit avec un z ou avec un s, de même que le tzigane, tandis que le chah, quand c’est un monarque du Moyen-Orient, peut bien s’écrire shah si ça lui chante.

La clé ouvre aussi bien les portes quand on l’écrit clef, qui est la graphie la plus ancienne. De même pour cuillère, qui peut s’écrire cuiller, comme dans les contes de notre enfance, et bistrot, qui peut sans dommages se défaire de son t final – bistro. Quant au fioul, vous êtes libre de préférer sa graphie anglaise, fuel ; tandis que kitch peut aussi s’écrire kitsch. Que vous soyez saoul ou soûl ne changera rien à la couleur de l’Alcootest. Il y a aussi deux graphies pour orang-outan/orang-outang, pour daurade/dorade, et pour aïoli/ailloli. Sans compter qu’on peut être feignant ou fainéant, même si le deuxième est considéré comme plus correct, et il est possible de dire « il s’assied » ou « il s’assoit » (à l’impératif, « assois-toi » ou « assieds-toi », jamais « assis-toi »).

« D’accord, mais quelle est la meilleure orthographe ? », me demande-t-on souvent. Il n’y a pas de meilleure orthographe. Pour tous ces mots, et pour mille autres que vous découvrirez en fouillant dans vos dicos, faites ce qui vous plaît – ou ce qu’il vous plaît, là encore, vous avez le choix de la formule !

Muriel Gilbert, Le Monde du 23 juillet 2021

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Du valet de poste à la gouttelette de salive, la longue trajectoire du postillon

« Drôle de langue » (11/17). Pandémie de Covid-19 oblige, le postillon est au cœur de nos préoccupations quotidiennes. Remonter aux origines du mot revient à faire un long voyage dans l’histoire.

La pandémie de Covid-19, en bouleversant notre vie quotidienne, soulève quantité d’interrogations… parfois des plus inattendues. Voyez celle de Clive : « Covid-19 oblige, on nous incite vivement à porter des masques, nous écrit-il, et cela dans le but… de réduire les postillons. J’ai tenté de trouver sur Internet l’étymologie de ce mot dans son acception sanitaire, mais sans succès. »

Les amis des mots se posent décidément des questions fondamentales. Or, il se trouve que Clive est également musicien amateur et passionné de la musique de Gustav Mahler. « Dans le troisième mouvement de sa Troisième Symphoniepoursuit-il dans son message, on trouve un solo écrit pour cor de postillon. » Notre correspondant précise qu’il s’agit d’un instrument utilisé jadis par les fonctionnaires des diligences postales pour annoncer leur passage (et qui figure encore de façon stylisée sur certains panneaux routiers, notamment dans les pays alpins).

Des messagers expédiés à tout vent

Oui, je l’apprends en même temps que vous : ce vieux panneau rigolo arborant un dessin en forme de cor de chasse représente en réalité un cor de postillon. Clive se demande donc s’il y a « un lien quelconque entre le fonctionnaire des postes et les projections buccales », et s’il faut « considérer que ces dernières sont en quelque sorte des messagers que nous expédions à tout vent ».

Le plus étonnant… c’est que l’intuition de Clive est parfaitement exacte ! Notre poste vient de l’italien posta« L’évolution du mot, explique Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française (aux éditions Le Robert), a suivi l’histoire de l’acheminement et de la distribution du courrier : il a d’abord désigné l’ensemble des coursiers à cheval chargés du transport des lettres. »

Le mot postier, désignant un employé des postes, est apparu en 1840. Le terme de postillon, quant à lui, est bien antérieur. Il arrive en français au XVIe siècle, issu de l’italien postiglione, « la personne qui conduit les chevaux de la poste », et il s’est appliqué particulièrement, raconte le Dictionnaire historique, depuis le XVIIe siècle, au « valet de poste qui montait sur l’un des chevaux du devant d’un attelage ». De là, par extension, le terme se met progressivement à désigner quantité d’objets, et notamment, au XIXe siècle, des « boulettes de mie de pain contenant un message que les détenus se lançaient pour communiquer » entre eux. Un genre de service postal de la prison. « Le sens courant de gouttelette de salive projetée involontairement en parlant » se rattache sans doute à cette habitude, mais n’existe que depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.

En somme, les postillons de salive que nous nous efforçons de contenir en portant des masques et le postillon ancêtre de nos postiers actuels descendent bien, en français, du même arbre généalogique farceur. Bien vu, Clive !

Muriel Gilbert, Le Monde du 24 juillet 2021

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Être en grève et chercher du travail, c'est possible

« Drôle de langue » (12/17). Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que l’expression « être en grève » prenne le sens qu’on lui connaît aujourd’hui : « cesser collectivement de travailler pour faire valoir ses revendications ».

Il y a quelques mois, je travaillais sur ce qu’on appelle le « bouclage » de la première page du Monde, celle qu’on surnomme « la une », où mon rôle, en tant que correctrice, consiste à vérifier qu’il ne subsiste nulle fantaisie orthographique. Soudain, la rédactrice en chef, qui était assise à côté de moi, me demande : « Il n’y aurait pas un synonyme de grève, par hasard ? »
La question peut sembler saugrenue, mais le mot revenait à plusieurs reprises dans la page, ce qui occasionnait des répétitions. Or, en français, on n’aime pas les répétitions – il s’agit bien d’une spécificité du français ; l’anglais, par exemple, ne considère pas les répétitions comme des fautes de style. J’ai fait ma maligne, en rétorquant : « Comme synonyme de grève, il y a bien plage, mais dans le contexte, je ne suis pas sûre que ça convienne. »

En effet, quand quelqu’un marche « sur la grève », c’est bien au bord de l’eau qu’il se balade. Mais le plus surprenant, ai-je découvert en faisant quelques recherches depuis, est que l’étymologie du mot est la même. Le mot grève est arrivé en français au XIIe siècle, issu du latin grava, qui désigne « le gravier, le sable ». Le lien entre le bord d’un cours d’eau ou de la mer et la cessation volontaire d’activité « remonte au XIXe siècleexplique le dictionnaire Antidote, lorsque les ouvriers de Paris à la recherche de travail avaient l’habitude de se réunir sur la place de Grève, une grève sur la Seine, pour se faire embaucher » – c’est l’endroit que nous appelons « place de l’Hôtel-de-Ville » aujourd’hui. « L’expression “être en grève” a alors été créée pour signifier “chercher du travail”. Et ce sens a glissé au milieu du XIXe siècle vers “cesser collectivement de travailler pour faire valoir ses revendications”. »

Une chaleur à chômer

En somme, l’expression « être en grève » a d’abord signifié « être au chômage »… Renversant, non ? Quant au chômage, il a lui aussi une origine surprenante. Au départ, il n’était qu’une indication météorologique, explique Sylvie Brunet dans son petit livre Les Mots aux origines étonnantes (First éditions), puisque ce mot, « chômage, venu du latin au XIIe siècle, remonte en fait au grec kauma, qui désignait une chaleur très forte. Trop forte pour accomplir les travaux des champs, d’où le fait que les paysans se reposaient à ces heures brûlantes : ils chômaient. Puis, de cette idée de ne pas travailler, on est passé à celle de ne pas avoir de travail, sens moderne qui s’est répandu dans la société au XIXe siècle ».

Donc la grève, c’est la plage, le chômage, c’est la canicule. On se croirait en vacances, non ? Malheureusement, il me reste à rappeler que le mot travail a été formé à partir du latin tripalium, qui désigne un instrument de torture à trois pieux (tri-palium). Pas sûr que cette conclusion soit de nature à donner envie au moindre gréviste de reprendre le travail.

Muriel Gilbert, Le Monde du 26 juillet 2021

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"Boire du champagne en bermuda", et autres métonymies de la langue française

« Drôle de langue » (13/17). A l’image de moult vins et fromages, de nombreux noms communs doivent leur origine à des noms de lieux. Mais il n’y a pas qu’eux…

Au nombre des pouvoirs surprenants de la langue, il y a celui de déplacer le sens des mots. Voyez tous ces noms de lieux qui sont devenus des noms de choses. La gastronomie en offre quantité d’exemples en français : le camembert, le saint-nectaire, le brie, le champagne, le bourgogne ou le bordeaux, pour ne citer qu’eux, tiennent leur nom de leur terroir d’origine. Rappelons qu’ils s’écrivent alors sans majuscule : « le vin de Champagne », majuscule au nom de la région, puisque c’est un nom propre, mais « le champagne », minuscule, puisque le mot est ici devenu le nom commun d’un produit issu de cette région. De même, la ville de Saint-Nectaire prend des majuscules, mais pas le saint-nectaire qui est si délicieux avec un petit verre de bordeaux, de bourgogne ou de cahors, sans majuscule mais avec modération. Et, puisqu’ils sont devenus des noms communs, tous ces mots prennent aussi la marque du pluriel, le cas échéant – « nous avons servi des camemberts, des bourgognes, des champagnes », avec un s final.

Ce procédé porte en linguistique le joli nom de « métonymie » (du grec meta, « à la place de » et onoma, « le nom »), ce que le Dictionnaire de l’Académie française définit comme une « figure qui consiste à remplacer un terme par un autre en raison de la relation qui les unit, en désignant, par exemple, l’effet par la cause, le contenu par le contenant [boire un verre], l’objet par son lieu d’origine, le concret par l’abstrait, etc. »

Gaze de Gaza, mousseline de Mossoul

Et il y a quantité d’autres choses que les vins et les fromages de l’Hexagone qui se sont approprié le nom de leur lieu de naissance. J’ai découvert récemment que le tulle des voiles de mariée vient du nom de la ville de Tulle, en Corrèze – je connais l’endroit depuis mon enfance, et je n’avais jamais fait le rapprochement. Certes, il semblerait que le tulle ait été inventé en Angleterre, mais on fabriquait à Tulle une dentelle qui a donné son nom français à ce tissu aérien, quand il a traversé la Manche.

Dans le genre textile tout en finesse, saurez-vous imaginer d’où vient le nom de la gaze ? Probablement de Gaza, en Palestine, où la gaze aurait été inventée, de même que la mousseline tient son nom de la ville de Mossoul, en Irak. Toutes ces étoffes précieuses faisaient l’objet d’un intense commerce entre le Moyen-Orient et l’Occident au Moyen Age, et les mots ont voyagé avec elles.

Et pour rester dans le textile, je suis sûre que vous pouvez deviner l’origine du bermuda… Eh oui, naturellement : les Bermudes ! D’après Wikipédia, ce seraient les militaires britanniques stationnés sur place au XIXe siècle qui auraient obtenu le droit de raccourcir ainsi leurs pantalons d’uniforme pour moins souffrir de l’étouffante météo locale. En anglais, on appelle ces vêtements qui dévoilent de manière si sexy les mollets des « Bermuda shorts » – bref, des « shorts des Bermudes » !

Muriel Gilbert, Le Monde du 26 juillet 2021

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Pourquoi le Y est-il grec ?

« Drôle de langue » (14/17). Elle a la particularité d’être à la fois consonne et voyelle, ou encore de constituer un mot parfois à elle toute seule : la lettre Y est unique à plus d’un titre…

Avez-vous jamais réfléchi au caractère unique du Y ? D’abord, pourquoi cette lettre est-elle dite « grecque » ? Tout simplement parce que le latin est allé l’emprunter à l’alphabet grec, pour représenter un son, le « u », dont il ne disposait pas. Voilà qui nous explique au passage que ce que nous nommons « i-grec » s’appelle « u-psilon » en grec. Avec les siècles, le son qu’il représentait a évolué et aujourd’hui, en français, le Y est la seule lettre que l’on puisse considérer à la fois comme une voyelle, puisqu’elle se prononce « i » (souvent dans des mots d’origine savante : « étymologie », « physique »), et comme une consonne, puisqu’elle se prononce aussi « ye » (« appuyer », « royal », mots dans lesquels le Dictionnaire de l’Académie française fait remarquer qu’il se prononce en fait « comme s’il y avait deux i, l’un faisant partie de la syllabe précédente et l’autre d’une syllabe suivante : roi-ial, appui-ier). C’est pourquoi nos livres d’école la qualifiaient parfois de « semi-voyelle ».
On la range, par convention, à la fin de la liste des voyelles : a, e, i, o, u, y. A noter, précise Larousse.fr, que, à la différence du « i tout court », quand il est en début de mot, le « Y n’admet généralement ni élision ni liaison : “le yachting”, “les yaourts” » (et non « l’yachting » ou « les z’yaourts »). Comme toujours, il y a quelques exceptions : on fait bien la liaison quand on parle des « z’yeux » et du département des « z’Yvelines » ; de même, on pratique l’élision pour le département de « l’Yonne » (on ne dit pas : « Je pars en vacancs dans la Yonne »).

Un mot à lui tout seul

Mais le Y a aussi cette particularité d’être parfois un mot à lui tout seul, comme dans « j’y vais » ou dans « il y a ». Et puisque nous parlons de ce mot, « y », il y a une erreur que je corrige sans cesse : celle qui consiste à s’emmêler les crayons entre « il y va » et « il en va ». Cette semaine, un article du Monde se terminait par ces mots : « Il en va de notre survie. »

Or, comme l’Académie française l’explique fort bien sur son site Internet : « Les locutions “il en va” et “il y va de” sont correctes (…), mais elles n’ont pas le même sens. “Il y va de” (…) signifie, lorsque l’on évoque une situation dangereuse, “il s’agit de, c’est cela qui est en jeu” : “Ne goûtez pas ce breuvage, il y va de votre vie.” Ce n’est pas le sens d’“il en va”, qui (…) signifie “il en est” : “Les navires sont de plus en plus grands ; il en va de même des avions.” »

Un truc, pour faire la différence ? « Il y va de » s’emploie seul, tandis qu’« il en va » est toujours suivi de « de même » ou de « autrement » (ou de synonymes de ces mots) : « Ouvrez votre dictionnaire : il y va de votre orthographe ! » mais « Cette chronique est délicieuse ; il en va de même de mon gâteau au chocolat. » Ou bien « Mon gâteau au chocolat est délicieux ; il en va tout autrement de celui de Muriel. »

Muriel Gilbert, Le Monde du 27 juillet 2021

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Pourquoi le nom des nombres est-il un casse-tête ?

« Drôle de langue » (15/17). En France, on dit quatre-vingts, mais pas huitante ou octante, comme en Suisse… D’où vient cette spécificité ?

Assez de lettres : parlons chiffres ! Ou nombres, plutôt. Voyez celui-là : 80. Il est passionnant à bien des titres. D’abord, pourquoi dit-on quatre-vingts au lieu de huitante ou d’octante, comme on le dit en Suisse et dans quelques régions de France, sur le modèle de quarantecinquantesoixante ?

Nul ne le sait avec certitude. Les historiens supposent qu’il s’agit d’un vestige d’une très ancienne façon de compter, héritée des Celtes. Nous nous appuyons aujourd’hui sur un système que l’on qualifie de « décimal », mot dérivé du latin decimus, « dixième » (on dit aussi « un système en base 10 »), qui a sans doute été choisi parce qu’il était bien commode de compter sur nos dix doigts. Mais les Celtes, semble-t-il, comptaient en base vingt… et il n’est pas impossible que ce soit parce qu’ils comptaient aussi sur leurs orteils.

Deux systèmes entremêlés

Quoi qu’il en soit, cette façon de compter aurait influencé les Gaulois, et, au Moyen Age, on comptait encore souvent par vingt. On disait par exemple : vint et dix au lieu de trente et deux-vins au lieu de quarante – vous remarquerez que quatre-vingts et quatre-vingt-dix sont tout à fait logiques dans cette suite. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Age qu’apparaissent les trentequarante, cinquante, etc., et sans doute les deux systèmes se sont-ils joyeusement entremêlés, jusqu’à se figer dans leur étrange posture « chèvre-chou » actuelle, qui n’a, il faut bien le reconnaître, pas grand-chose de logique.

Mais quatre-vingts pose aussi des questions quand il s’agit de l’écrire. Je corrige très souvent la faute qui consiste à oublier le S à vingtQuatre-vingts, c’est quatre fois vingt, donc vingt prend un S. Alors, pourquoi l’oublie-t-on si souvent ? Eh bien, parce qu’il y a quantité de cas où il n’en faut pas. Notamment quand quatre-vingts est suivi d’un autre chiffre : quatre-vingt-deux, quatre-vingt-dix, quatre-vingt-dix-neuf, etc. En somme, quand ce n’est pas quatre-vingts tout rond, pas de S. Donc quatre-vingt mille, pas de S à vingt non plus.

Mais attention : quatre-vingts millions, ou quatre-vingts milliards, S à vingt. Pourquoi ? Parce que million et milliard, à la différence de mille, sont des noms, et non des nombres (la preuve : on dit « un million, un milliard », non « un mille », sauf s’il est nautique, mais c’est une autre histoire).

Mon truc, si vous hésitez ? Le site Leconjugueur.lefigaro.fr fait des merveilles en la matière. Dans la petite case en haut à gauche où l’on saisit d’ordinaire le verbe à conjuguer (ça peut servir aussi !), saisissez en chiffres le nombre qui vous tarabuste, et vous obtenez son orthographe précise, S et traits d’union compris, avec et sans les recommandations de la réforme de l’orthographe de 1990. Prodigieux !

Muriel Gilbert, Le Monde du 29 juillet 2021

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Les liaisons curieuses de la langue française

« Drôle de langue » (16/17). Que le mot « quand » s’écrive avec un D ou un T à la fin, la liaison avec le mot qui suit fait toujours entendre un T. Et il y a légion d’exemples de ce type !

Les homophones quand et quant, véritables Dupond et Dupont de la langue française, génèrent bien des hésitations. Ce qui piège les francophones au moment de décider s’ils doivent mettre un D ou un T au bout de leur quand/t, c’est le fait que la liaison avec le mot qui suit fasse toujours entendre un T… même quand c’est un D qui est à la fin de quand : « quand T’il est là », « quand T’elle s’amuse », ce sont des quand avec un D, et pourtant la liaison est en T.

Voilà qui donne envie de creuser le sujet des liaisons surprenantes. Car naturellement, il y en a quantité d’autres. Pourtant, je ne vais vous apprendre… que des choses que vous savez déjà, ou presque – mais peut-être sans savoir que vous les savez. Parce que, ces liaisons étonnantes, les francophones les pratiquent sans y penser. En revanche, ceux qui apprennent le français s’arrachent les cheveux.

Des exemples ? Ils sont légion ! Rappelons d’abord que faire une liaison, c’est prononcer la consonne finale d’un mot qui d’ordinaire ne se prononce pas avec la voyelle initiale du mot suivant. Quand on dit premier, on n’entend pas le R final, mais on l’entend dans « mon premier R’amour ». En revanche, il disparaît quand on dit « le premier de la classe », parce qu’alors premier est suivi d’un mot, de, qui commence par une consonne – donc interdit toute liaison. Idem pour le Z final de chez par exemple. On ne l’entend pas quand on dit « je vais chez mes parents », parce qu’il est suivi d’une consonne, mais on l’entend dans « je vais chez Z’eux ».

Quand les X se prononcent « z »

Il y a des liaisons plus curieuses encore. D’abord, la lettre D finale d’un mot se prononce toujours « t », comme nous l’avons vu pour quand. « Quand T’elle viendra », « un grand T’escalier ». Aucun Français ne dirait « un grand D’escalier », mais vous avez peut-être remarqué que c’est une erreur que commettent certains étrangers.

Les lettres S et X, elles, se prononcent « z » au lieu de se prononcer « sse » ou « xe ». On dit « les Z’enfants » et non « les S’enfants » et « sers donc des nouilles aux Z’enfants » et non « aux X’enfants ». Curieux, n’est-ce pas ? Et bien sûr, ce n’est pas tout… Car, dans certains cas, les voyelles elles aussi se mettent à changer de son en cas de liaison. On dit « mon verre est plein » mais « le plein air » [plènèr], « un âge moyen » mais le « Moyen Age » [moyènage], et surtout, j’attire votre attention sur celui-là : on dit « ce gâteau est bon » mais « bon anniversaire » [bonaniversaire].

Le bon de « bon anniversaire » se prononce comme dans « bonne fête » à cause de la liaison, mais c’est bien un « bon » B.O.N. masculin, comme le mot « anniversaire ». Je ne compte plus le nombre de fois où je lis « bonne anniversaire » sur les réseaux sociaux. A chaque fois, ça me donne un bouton d’eczéma. Par pitié, sauvez ma peau : « bon anniversaire », c’est B.O.N !

Muriel Gilbert, Le Monde du 30 juillet 2021

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Le "ne", marque de négation en voie de disparition

« Drôle de langue » (17/17). Si la négation la plus courante à l’écrit demeure bien « ne pas », celle-ci a, en revanche, tendance à disparaître de plus en plus souvent à l’oral.

Mettons à l’honneur, pour terminer cette série sur notre drôle de langue française, un tout petit mot qu’on n’entend pas beaucoup, et de moins en moins, pour répondre à Clément, de Bar-le-Duc, qui m’écrit que « dans le langage parlé actuel, le ne ou le n’ ont pratiquement disparu des phrases négatives, et on entend des choses comme : “Vous z’avez pas de réponse” »… au lieu de « Vous n’avez pas de réponse ». Et Clément, qui affirme l’avoir entendu dans ma propre bouche à la radio (oh !), se demande s’il y a « une explication à cette évolution ».

En français, l’une des formes les plus courantes de la négation est effectivement « ne… pas ». Nous avons raconté dans un précédent épisode de cette chronique l’histoire de la négation ne. Elle nous vient du latin, bien sûr, mais au départ elle se prononçait « né », puis on s’est mis à la prononcer « ne », ou même « n ». On disait « je ne vois » ou « je n’entre », au lieu de « je ne vois pas » et « je n’entre pas » aujourd’hui. Le problème, c’est que si l’on crie « N’entrez, je suis nue ! », et que celui qui vient de frapper à la porte n’a pas entendu le « n’ »… il y a de fortes chances qu’il entre… et alors le scandale nous pend au nez. C’est pour éviter ce genre de désagrément que l’on a ajouté à ne le mot pas – au départ, quand la négation se rapportait à un verbe de déplacement, « n’entre pas » signifiant « n’entre pas même d’un pas »…

Les Belges résistent

Avec le temps, l’adverbe pas s’est progressivement appliqué à tous les verbes. Dans certaines formules figées, on utilise néanmoins encore ne sans pas (« qu’à cela ne tienne », « qui ne dit mot consent », « si je ne m’abuse »…). On peut également dire « Elle ne cesse d’y penser », « Il ne sait que faire… », mais la négation la plus courante à l’écrit demeure bien « ne pas ».

A l’oral, en revanche, le discret ne disparaît de plus en plus souvent, ce que les dictionnaires considèrent pourtant toujours comme relevant du registre familier. A noter tout de même qu’en Belgique, ce ne est beaucoup plus résistant. Quand le Français dit « J’y vais pas », son voisin d’outre-Quiévrain s’exclame bien plus volontiers « Je n’y vais pas. »

Les Belges parleraient mieux le français que les Français ? Ce n’est pas impossible. Mais finalement cette tendance à l’effacement du ne en français de France n’est que la suite logique de l’évolution qui a commencé au Moyen Age, quand l’usage a considéré que ce petit ne ne s’entendait pas assez et qu’il lui a adjoint un autre mot (pas) pour assurer une meilleure compréhension… Si maintenant le mot pas suffit à exprimer clairement la négation, il est assez naturel (sinon grammaticalement correct… pour le moment) que le ne soit en voie de disparition. Dans vingt, trente ou cinquante ans, peut-être qu’il ne sera même plus jugé comme familier d’omettre cette partie de la négation. Moi, ça me dérangerait pas !

Muriel Gilbert, Le Monde du 31 juillet 2021

Cette chronique est tirée du livre Vous reprendrez bien… Un bonbon sur la langue ? Partageons le français et ses curiosités ! (La Librairie Vuibert, 2020)

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Cuisine méditerranéenne et joie de vivre

La bonne recette pour une longue vie

La cuisine méditerranéenne est réputée excellente pour la santé, et de nombreux experts affirment que ce mode d'alimentation permet d'allonger la durée de vie. Nous avons fait quelques recherches pour en savoir plus, et Céline Van Loan, qui a pu retourner en France pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19, est allée passer quelques jours à Marseille, dans la région de nos origines familiales. Les informations que nous avons obtenues et ce que Céline a pu vérifier sur place le confirment : oui, les ingrédients et les méthodes de préparation des repas dans le sud de la France et des autres régions et pays qui entourent la Méditerranée sont la bonne recette de la longévité.

Mais pas seulement. La très intéressante découverte des "zones bleues", dont deux sont des îles méditerranéennes, nous apprend que le mode de vie joue un rôle peut-être encore plus important que la nourriture. Prendre ses repas sans se presser, en famille ou avec des amis, éviter le stress, avoir des activités physiques agréables et une vie sociale satisfaisante, savoir se détendre, ne pas penser seulement au travail, garder le sens de l'humour et une bonne humeur, et vivre de préférence dans une région ensoleillée, assurent une joie de vivre qui joue un rôle essentiel pour garder une excellente santé, et vivre très longtemps.

La pandémie a remis en question nos habitudes. Peut-être est-il temps maintenant de réfléchir à notre mode de vie et de revenir aux vraies valeurs ? 

Une alimentation qui a fait ses preuves

Quand ma mère est décédée, elle avait 96 ans. Elle n'a jamais eu de grave maladie. Jusqu'à la fin de sa vie, elle buvait au moins un verre de vin rouge ou rosé à chaque repas, et un café le matin. Et elle avait plaisir à boire un pastis en grignotant quelques olives. Née dans le sud de l'Ardèche, où elle a fini sa vie, elle avait habité en Provence quand elle était jeune, et s'y était mariée. Toute sa vie, ma mère a cuisiné comme on le fait à Marseille. C'est-à-dire à base d'huile d'olive, de légumes de son jardin aromatisés de thym, romarin ou laurier, de fruits de mer, de poisson grillé, saucisson, viande sans sauce ou omelette aux chanterelles cueillies dans la forêt, et de fromage de chèvre. Elle n'utilisait jamais de beurre ou de crème pour cuisiner. Elle adorait les fruits, surtout les fameuses pêches d'Ardèche, des melons de Cavaillon ou les raisins de sa vigne sauvage et en mangeait tous les jours, sans addition de crème, glace ou sucre. Si elle se faisait un thé, c'était avec des feuilles de menthe, de camomille et de verveine de son jardin. Toute sa vie, sans le savoir, elle avait adopté le régime méditerranéen qui a sûrement beaucoup contribué à la maintenir en bonne santé et à lui permettre de vivre si longtemps.

La doyenne de l'humanité

En août 1997, le décès de Jeanne Calment à l'âge de 122 ans à Arles, en Provence, ville de sa naissance, avait été une immense surprise. Aucun être humain n'avait jamais vécu si longtemps. En 2018, les faits ont même été contestés. Mais une enquête a confirmé que Jeanne Calment, qui avait 20 ans en 1885 sur la photo ci-dessus, était bien la doyenne de l'humanité. Elle est la seule personne au monde à avoir atteint cet âge. La Française actuellement la plus âgée, qui a eu 117 ans en février 2021, Lucile Randon, est une religieuse qui se fait appeler Sœur André. Comme Jeanne Calment, elle habite en Provence. Elle a attrapé le Covid-19 en janvier 2021 mais elle a rapidement guéri. Elle est aussi la doyenne de l'Europe et a juste un an de moins que l'actuelle doyenne de l'humanité, la Japonaise Kane Tanaka.

En 2021, 27.000 personnes sont centenaires en France. C'est le pays d'Europe qui en a le plus, avant l'Espagne et l'Italie. Une étude de l'Insee a précisé en 2018 que c'est dans la région Provence-Côte d'Azur que la longévité de la population est la plus élevée. On peut noter que c'est aussi la région de France où l'agriculture bio est la plus répandue.

Une garantie de bonne santé

Il est certain que des éléments génétiques interviennent dans la longévité. Mais il est reconnu depuis longtemps que l'alimentation joue un rôle majeur pour la santé, et cela a été surtout constaté dans les zones proches de la Méditerranée : sud de la France, Espagne, Italie, Crête, Grèce, etc. Selon diverses enquêtes qui se recoupent, la diète méditerranéenne, reconnue en 2013 par l'UNESCO, réduit le risque cardio-vasculaire de 30%, ainsi que les risques de diabète et des maladies d’Alzheimer et de Parkinson, et elle cumule tous les aliments recommandés pour prévenir les cancers. Ce qui explique que ces populations vivent plus longtemps.

Depuis mai 2021, et jusqu'à décembre 2023, se tient à Marseille dans le musée MUCEM une exposition, Le grand Mezzé*, qui porte précisément sur ce thème. Céline est allée la visiter. Les fondements et les vertus de l'alimentation méditerranéenne, régimes crétois, italien, provençaux et du monde arabe, y sont examinés en détail.

Cette exposition démontre l'importance des méthodes traditionnelles de préparation des aliments. Et elle incite à réfléchir en posant des questions telles que : Comment préserver une authenticité culinaire géographique et culturelle, tout en la partageant avec le plus grand nombre ? Comment protéger un régime alimentaire sans l’empêcher d’évoluer ?... Le fast food a commencé à faire des dégâts dans les communautés les plus pauvres des pays entourant la Méditerranée, cette expo veut donc encourager un retour à la tradition.

Heureusement, au sud de la France, de plus en plus de gens privilégient les produits locaux, la cuisine faite maison, les produits bons pour la santé. Un mouvement qui s'est accéléré depuis le début de la pandémie de Covid-19, comme l'a constaté Céline pendant son voyage à Marseille. Les étals près du port où les pêcheurs vendent la pêche du jour sont très animés tous les jours et, comme dans toutes les villes de France, c'est au marché de produits frais et régionaux que la plupart des habitants vont faire leurs courses.

*www.mucem.org

Dix principes de base

La fondation Dieta Mediterránea, à Barcelone,* donne une liste de 10 principes à adopter par les personnes qui veulent suivre un régime méditerranéen :

1. Utiliser de l’huile d’olive comme source principale de lipides.
2. Consommer beaucoup de fruits et légumes, de légumineuses (haricots, lentilles…) et de fruits à coque (noix, noisettes, amandes…).
3. Manger tous les jours du pain et des féculents (pâtes, riz ou céréales complètes).
4. Privilégier les aliments non-transformés, frais et produits localement.
5. Consommer tous les jours des produits laitiers, si possible fermentés : yaourts et fromages.
6. Savourer de la viande rouge avec modération.
7. Manger du poisson en abondance, en variant les espèces, et en privilégiant les poissons gras riches en oméga 3 (saumon, truite, anchois, sardine, maquereau).
8. Consommer des fruits en dessert. Les gâteaux et produits sucrés ne sont qu’occasionnels.
9. Boire de l’eau en abondance.
10. Être actif physiquement chaque jour.
 ____
*https://dietamediterranea.com

Vive les pâtes fraîches !

Un exemple de l'avantage de manger des produits frais : les pâtes. Elles peuvent être mauvaises pour la santé si elles sont fabriquées de manière industrielle et si on les mange avec des sauces toutes prêtes. Mais les bonnes pasta italiennes faites maison ou par de petits artisans selon la tradition sont excellentes pour éviter diabète, problèmes vasculaires, et même obésité ! Une série de photos de l'exposition au MUCEM le confirme.

"French Accent Magazine", No 82, août-septembre 2021

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Les "zones bleues"... des gens heureux

En 2000, l'universitaire italien Gianni Pes et le démographe belge Michel Poulain ont fait une découverte très intéressante. Plusieurs villages de la province de Nuoro de l'île italienne de Sardaigne, au cœur de la Méditerranée, rassemblait la plus forte concentration au monde d’hommes centenaires : 10 fois plus que la moyenne aux États-Unis. Ils ont dessiné sur une carte à l'encre bleue la zone recouvrant ces villages qu'ils ont simplement appelée la "zone bleue".

Depuis 2002, avec le soutien de la National Geographic Society, un grand projet de recherche a été lancé pour savoir si d'autres zones bleues existaient dans le monde. À ce jour, seulement 5 sites ont été identifiés : 
- ces villages de montagne de la province de Nuoro, en Sardaigne ;
- l'île grecque d'Ikaria, dans le nord-est de la mer Égée, rattachée à la Méditerranée ;
- l'île japonaise d'Okinawa ;
- la péninsule de Nicoya, au Costa Rica, avec une population métisse d'environ 100 000 personnes ;
- Loma Linda, en Californie, communauté religieuse de 9000 adventistes, qui possèdent une espérance de vie supérieure de plus de 10 ans à la moyenne américaine.

Qu'est-ce qui lie des lieux aussi différents et éloignés ?

Les traits distinctifs de ces zones sont les suivants :
- Les habitants ont une activité physique modérée et régulière tout au long de la vie.
- Leur régime alimentaire est ce qu'on appelle un "semi-végétarisme", largement composé de végétaux, sans sucre ajouté et peu calorique.
- Ils boivent modérément de l'alcool, et privilégient le vin rouge - que tous les experts considèrent le meilleur pour la santé - et ils boivent aussi beaucoup de thé.
- Ils donnent un sens à leur vie, recherchent le bonheur avant tout.
- Ils ont un niveau de stress réduit.
- Ils sont impliqués dans la spiritualité, la religion ou autre engagement qui les unit.
- La famille est le centre de leur vie.
- Ils ont une vie sociale, sont intégrés à leur communauté.
- Ils vivent dans des zones ensoleillées et très aérées.

Les recherches se poursuivent pour identifier d'autres zones. Mais surtout, le mode de vie des habitants des zones bleues a commencé à inspirer des gens qui ont compris que leur vie actuelle n'est pas entièrement satisfaisante. Un mouvement "Blue Zones Project"* a même été lancé et se veut un encouragement à mieux manger, à améliorer son mode de vie, à privilégier le bonheur. Déjà, les communautés qui ont tenté l'expérience dans 4 régions des Etats-Unis ont constaté une amélioration de l'état de santé des habitants, qui leur permettra de vivre plus longtemps.

Un exemple à suivre !

*www.bluezones.com

"French Accent Magazine", No 82, août-septembre 2021

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Le mode de vie des gens du sud : un atout essentiel pour la longévité

Les zones bleues démontrent ce que nous savions déjà très bien : ce n'est pas seulement la cuisine qui aide à rendre la vie meilleure, et à vivre plus longtemps, au bord de la Méditerranée. C'est aussi toute une ambiance, une atmosphère relax, un mode de vie, des relations sociales très différentes de celles des habitants du nord. Ce que les Italiens appellent la dolce vita...

C'est ce que Céline m'a rappelé, avec émotion, en rentrant de Marseille. Toute notre famille française est originaire du sud de la France : l'Ardèche méridionale ou la Provence. Nos vacances de notre jeunesse étaient parfumées au thym et à la lavande ; les sons associaient le chant des cigales au bruit des vagues se jetant sur les rochers ; nos meilleurs repas étaient les aubergines frites à la tomate de ma mère, les tellines au persil et à l'ail que nous ramassions sur les plages de Camargue, et beaucoup d'autres coquillages. Des parfums, des sons et des saveurs que Céline a retrouvés avec bonheur durant ce voyage, et qui ont fait remonter plein de souvenirs. Les courses au marché le matin après une bonne balade dès le saut du lit quand la température est la plus agréable ; les déjeuners à l'ombre dans les ruelles ou près du port ; la petite sieste l'après-midi ; les longs dîners partagés en famille où tout le monde met la main à la pâte ; les soirées à discuter ou à jouer aux cartes en buvant un dernier verre...

Comme les habitants des zones bleues, les Méridionaux savent vivre, et ils le font dans les meilleures conditions possibles. Ils ont aussi un sens de l'humour très communicatif. Ils prennent le temps de faire les choses, de les apprécier. Être en retard ne les stresse pas, la notion du temps est toute relative. S'il fait trop chaud on ne travaille pas l'après-midi. Parmi les priorités de la vie, la famille passe en premier, avant le travail. Et prendre des vacances est essentiel. Les méridionaux ont d'ailleurs ça en commun avec tous les autres Français ! Céline était très surprise de voir, même à Paris, que des patrons de bistrots qui n'avaient pas pu travailler pendant près de 2 ans à cause du Covid-19 fermaient quand même pour les vacances, après avoir réouvert pour seulement quelques jours !

Dans l'exposition sur la diète méditerranéenne à Marseille (voir plus haut), il est bien précisé que le mode de vie des habitants de ces régions, dont les activités physiques et les contacts sociaux lors des repas pris collectivement, est un atout fondamental pour la longévité. Le soleil et la bonne humeur aussi, ce qui est confirmé par de nombreux experts en alimentation. La diète méditerranéenne est donc bien plus qu'un régime alimentaire. Il faut dire que "diète" vient du mot grec "diaita" qui signifie "mode de vie"...

"French Accent Magazine", No 92, août-septembre 2021

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Joséphine Baker au Panthéon : "la consécration d'un destin exceptionnel

Après l’annonce de la prochaine entrée au Panthéon de l’artiste, résistante et militante antiraciste, la presse internationale célèbre une femme d’exception et une décision à la portée hautement symbolique.

“C’est la consécration, lointainement posthume, d’un destin exceptionnel”annonce le quotidien suisse Le Temps. Selon les informations de la presse française, Emmanuel Macron a décidé l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker. Une cérémonie sera organisée le 30 novembre, jour anniversaire de sa naturalisation française (1937), pour célébrer l’artiste, morte en 1975. Sa dépouille devrait toutefois rester à Monaco, où elle est enterrée.

Née dans le Missouri en 1906, Joséphine Baker a connu la célébrité de l’autre côté de l’Atlantique, en France, pour ses fameuses “danses sauvages” – pour lesquelles elle arborait un costume de bananes – et pour ses chansons telles que J’ai deux amours, où elle célébrait son pays de naissance et la ville de Paris.

“La ceinture de bananes de Joséphine Baker est plus connue que son héroïsme de résistante pendant la Seconde Guerre mondiale”, rappelle La Vanguardia, soulignant son rôle d’agent du contre-espionnage, qui lui vaudra d’être décorée. “Mais la phrase qu’elle a alors prononcée (‘C’est la France qui m’a faite ce que je suis ; je suis prête à donner ma vie pour la France’) justifie la panthéonisation […] de celle qui sera ainsi la sixième femme de ce cimetière laïc destiné aux ‘grands hommes’”.

Joséphine Baker s’est par ailleurs investie dans le combat antiraciste et pour les droits civiques aux États-Unis aux côtés du pasteur Martin Luther King.

Le modèle d’intégration français

De nombreux titres de la presse internationale insistent sur son statut de “première femme noire” à entrer au Panthéon. “Un geste symbolique sur fond de tensions raciales en France”, avance le New York Times : "Le transfert de Joséphine Baker a une portée hautement symbolique dans une France secouée par une intense guerre culturelle autour de son modèle d’intégration, où les questions de genre et d’appartenance raciale divisent le long de nouvelles lignes de front politiques.”

Pour le journaliste du quotidien américain, la décision d’Emmanuel Macron vise à lui accorder du crédit sur cette question sociétale en vue de l’élection présidentielle de 2022, “mais cette annonce pourrait aussi venir jeter de l’huile sur le feu de la polémique sur le modèle d’intégration français, alimentée récemment par le gouvernement lui-même.”

“Avec d’autres artistes ou écrivains noirs américains — notamment Richard Wright et James Baldwin —, Joséphine Baker disait avoir trouvé en France une liberté qui lui était refusée aux États-Unis”, ajoute le titre.

Le 30 novembre, Joséphine Baker sera la 81e personnalité à figurer au Panthéon. Cinq autres femmes y sont déjà entrées : les scientifiques Sophie Berthelot et Marie Curie, les résistantes Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, ainsi que la femme politique Simone Veil.

Antoine Cuny-Le Callet, Courrier International, 23 août 2021

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Les premiers candidats en piste pour les présidentielles

Le saint Graal de la politique française est, bien sûr, le poste de président. On ne s'ennuie jamais à observer le bal des prétendants qui se bousculent dans les sondages avant de déclarer leur candidature, surtout en France où le processus d'élection d'un président diffère considérablement de celui des autres pays. La France a ce que l'on peut décrire comme un hybride de système parlementaire avec un premier ministre et un pouvoir exécutif détenu par un président qui, au titre de la Constitution, a l'autorité d'un chef d'État. Le système français a souvent été qualifié de "semi-présidentiel", et il est assez unique. Aucun autre système actuel en Europe ou en Amérique du Nord ou du Sud ne présente un tel amalgame de partage du pouvoir. Une autre particularité du mode d'élection du président français est que, contrairement aux États-Unis où c'est un collège électoral désuet et souvent dénigré qui a le dernier mot pour désigner un président lors des élections, le président français est élu par les citoyens au suffrage direct et universel.

La France a également une approche multipartite pour élire un président, dont le résultat conduit à un nombre beaucoup plus important de candidats, tant de partis de longue date que d'une myriade de petits mouvements et partis politiques en constante évolution. Lors de l'élection de 2017, par exemple, onze candidats représentant l'ensemble du spectre politique se sont qualifiés pour figurer sur le bulletin de vote pour le premier tour de scrutin. Nous pouvons nous attendre à un nombre similaire pour le premier tour qui aura lieu au printemps prochain, le 10 avril 2022.

Une autre spécificité du système français est qu'un candidat à la présidence peut en théorie être élu dès le premier tour s'il obtient plus de 50 % des suffrages exprimés, ce qui n'est jamais arrivé sous la Cinquième République. En réalité, les deux candidats ayant obtenu le plus grand pourcentage de voix au premier tour s'affrontent au second tour (24 avril).

Les spéculations vont bon train sur les candidats qui s'opposeront au second tour. Bien qu'Emmanuel Macron n'ait pas encore annoncé officiellement qu'il se représenterait, les observateurs et le public sont certains qu'il sera candidat à sa réélection et qu'il se retrouvera face à face avec un opposant au second tour. Au 1er octobre, il y avait 29 candidats officiellement annoncés, dont certains ont déjà commencé à faire campagne. Ce nombre sera largement réduit avant le premier tour, car tous les candidats potentiels doivent avoir le parrainage d'un minimum de 500 élus du pays pour que leur candidature soit officiellement validée.

Parmi les candidats qui seront intéressants à suivre, citons Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), qui en est à sa troisième participation à l'élection présidentielle ; Xavier Bertrand (Divers droite), qui a été ministre du travail sous Nicolas Sarkozy ; Yannick Jadot (EELV), qui a récemment remporté une élection primaire des écologistes ; Fabien Roussel (PCF), le premier candidat du Parti communiste français depuis 2007 ; Nathalie Artaud (Lutte ouvrière), qui représentait le Parti ouvrier lors des deux précédentes élections ; et Michel Barnier, le négociateur de l'UE pour les négociations du Brexit, qui a annoncé qu'il participerait à un congrès du Parti républicain, sorte de primaire qui ne permettra qu'aux membres du parti (et non à tous les sympathisants comme lors des primaires traditionnelles) de désigner leur candidat. Quatre autres membres du parti se disputeront la première place, dont Valérie Pécresse, l'actuelle présidente de la région Île-de-France. Précisons que Xavier Bertrand a refusé de participer au congrès des Républicains et sera candidat quel que soit le choix du parti ; Anne Hidalgo, la maire de Paris, a été choisie comme candidate du Parti socialiste et Marine Le Pen du parti d'extrême droite, le Rassemblement national. Marine Le Pen avait affronté Macron au second tour en 2017, mais elle a adouci sa position sur plusieurs sujets pour se donner une meilleure image auprès des électeurs.

Pendant une grande partie de l'été et de l'automne, tout laissait supposer que le duel Macron-Le Pen serait un remake de l'élection 2017 et qu'ils s'affronteraient à nouveau au second tour. Jusqu'à ce qu'un autre candidat potentiel d'extrême-droite apparaisse comme un probable trouble-fête. Le journaliste et polémiste Éric Zemmour était, jusqu'à récemment, un commentateur politique à CNews, l'équivalent français de Fox News, où il étalait sans vergogne ses opinions sur l'immigration, l'islam et l'identité française dont il avait déjà fait étalage dans ses deux livres, des best-sellers en France. Il s'est taillé la place de l'idéologue d'extrême droite le plus célèbre de France et s'est rapidement constitué un solide soutien de partisans enthousiastes. Le 4 octobre dernier, il a tenu un rassemblement politique dans la salle de concerts du Palais des Congrès à Paris et, pour la première fois depuis que la salle avait affiché complet lors de la tournée d'adieu de Charles Aznavour en 2018, ses partisans ont rempli la totalité des 3 700 sièges. Son discours incendiaire et son regard hypnotique associés à ses vues très "Make France Great Again" à la Trump ont clairement un effet sur une partie de l'opinion publique, tandis qu'un nombre impressionnant d'autres Français l'abhorrent. Il marche directement sur les platebandes de Marine Le Pen, lui faisant perdre, selon des sondages récents, une partie de son électorat. Si Zemmour déclare sa candidature aux élections présidentielles, il pourrait très bien priver Le Pen de la deuxième place au premier tour du scrutin. Si tel était le cas, Macron pourrait se retrouver face à face avec à un adversaire totalement différent au second tour, ce qui, selon qui sera son challenger, pourrait s'avérer extrêmement problématique pour lui.

"French Accent Magazine", No 93, octobre-novembre 2021

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Marseille, une ville unique au monde

"Vous savez, ici à Marseille, nous sommes un peuple très mélangé de nationalité, de culture et de religion différentes et je peux vous dire que l’intégration se fait très bien ici !", nous raconte Kamel, notre chauffeur Uber, en agitant ses mains. En effet, Marseille est une ville aux visages très différents, un vrai melting pot de familles de générations d’immigrants (italiens, algériens, corses, marocains, tunisiens, libanais…) riches d’histoires et de passés nostalgiques. D’une rue à l’autre, on se retrouve dans un autre monde comme si on était à Alger.

Des contrastes fascinants

Les contrastes de cette ville sont fascinants ! Vous pouvez flâner dans des quartiers très chics en admirant d’impressionnants bâtiments style Haussmannien tout en faisant du lèche-vitrines de boutiques tendance et de luxes dans les rues piétonnes.

Ou bien, vous pouvez voyager dans l’exotisme en rencontrant des femmes voilées vêtues de magnifiques robes de couleurs vives. Entre elles, la communication se fait en langue arabe.

Je me souviens aussi que le chauffeur Uber nous a expliqué que les Marseillais sont les gens les plus rebelles de France. On le remarque avec les multitudes de graffitis et de tags dans toute la ville. Les Marseillais n’ont pas peur de s’exprimer. Ils sont certainement rebelles mais, pendant notre séjour de 5 jours à Marseille, nous n'avons rencontré principalement que des gens chaleureux, serviables et qui s’assuraient que nous allions aimer leur ville.

C’était la première fois que j’avais mis les pieds à Marseille et, avec Marty, nous sommes restés dans un quartier loin des touristes, à quelques arrêts de tram du grand et magnifique port, et à quelques pas du plus grand marché de France. Les Marseillais aiment utiliser les superlatifs : la plus belle ville, le plus beau port, les gens les plus accueillants, la ville la plus vivante et ensoleillée de France, la cuisine la plus fraîche et inventive et, bien sûr, la meilleure équipe de foot de France.

Ils sont fiers et ils ont raison de l’être, c’est très facile de tomber sous le charme de cette ville. Marseille profite d’une géographie exceptionnelle entre la mer Méditerranée et les collines. C’est avant tout un magnifique coin de Provence avec un port grandiose qui vous coupe le souffle.

Lorsque nous sommes arrivés au port pour la première fois, nous avons eu l’impression d’être entrés dans une scène de film. Je n’avais jamais vu autant de bateaux de plaisance rassemblés. Tout le long du port, on trouve une multitude de restaurants qui offrent de somptueux plats de fruits de mer et de poissons.

Pour ajouter encore à la beauté de la ville, le musée Mucem, à l'architecture incroyable et atypique, surplombe la mer. Et de l’autre côté du port, la Vierge Marie perchée sur la basilique Notre-Dame de la Garde veille sur la ville et grâce à elle, les Marseillais se sentent protégés.

Il y a tellement de choses à découvrir à Marseille, mais ce que j’ai préféré c'était de passer quelques jours dans l’ambiance chaleureuse provençale. Le pastis, les parties de pétanque, les hommes et les femmes assis sur les bancs en train de refaire le monde, les marchands de poissons fidèles à leur poste au port à l’aube, les cigales qui chantent et le soleil nous disent de prendre une vraie pause de notre vie intense et bousculée, et de profiter de la vie. C’est exactement ce que nous avons fait.

L'un des bonheurs de Marseille est la cuisine qui est tellement fraîche et variée. Il y a de vraies petites merveilles. Certains des restaurants sont difficiles à trouver car on ne voit pas d’enseigne ou alors elle est cachée. Grâce à cette ville multiculturelle, on se régale avec tellement de possibilités : des couscous, de la cuisine italienne, libanaise, des grands plateaux de fruits de mer et bien sûr la célèbre bouillabaisse. On a goûté une spécialité qui s’appelle les panisses à base de pois chiches, ça se mange très facilement pendant l’apéritif accompagné d’un "jaune" - c’est le mot que les gens du sud de la France utilisent pour le pastis.

Il faut rester quelques jours à Marseille rien que pour voir les points touristiques principaux. La première chose à faire est de visiter le port, puis d'aller faire un tour dans le petit train touristique qui nous amène, en premier lieu, sur la magnifique corniche, une route qui longe le bord de mer d’un côté. Et de l'autre côté, des collines où de grandioses villas surplombent la Méditerranée. C’est le Malibu de Marseille. Puis, le petit train nous conduit jusqu’en en haut de la Basilique pour découvrir un panorama époustouflant de la ville tout entière.

Un musée exceptionnel

Depuis le port, on peut marcher jusqu’au Musée Mucem, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, créé en 2013, et y passer des heures. Même si vous n’avez pas le temps d’aller visiter toutes les expos dans le musée, il faut au moins prendre le temps de visiter les lieux et même prendre un verre sur la terrasse (voir p. 15). La vue sur la mer et le port est impressionnante et l’architecture du musée est fascinante. Pour plus d’informations sur le musée :
www.mucem.org

Une autre visite incontournable est le quartier du Panier, le plus ancien de Marseille, qui rassemble les artistes et de très bons petits restaurants. On y découvre des ruelles colorées et mythiques avec de charmantes places typiquement provinciales où les locaux se retrouvent pour jouer à la pétanque.

Les calanques

N’oublions pas les célèbres calanques : 20 kilomètres de petites criques, falaises et d’eau claire bleue turquoise. On a l’impression d’avoir pris un vol vers une île en Thaïlande.  C’est une petite aventure seulement pour y accéder ! Il faut soit marcher pendant une bonne heure pour arriver à une plage, soit y aller en bateau.

Et enfin, si vous avez lu le roman Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, vous devez aller visiter le Château d’If qui est une forteresse sur une île qui a servi principalement de prison (comme Alcatraz) et qui est devenu célèbre grâce au roman.

Notre séjour à Marseille a été une magnifique découverte remplie de belles surprises. Mais ce qui m’a le plus marquée est la joie de vivre constante de ce peuple multiculturel. Bien sûr, la ville a aussi ses problèmes et les gens les règlent à leur façon mais on sent qu’ils se respectent entre eux et qu’ils aiment leur ville inconditionnellement. Si vous n’êtes jamais allé à Marseille, je vous conseille vivement de la rajouter à votre itinéraire lors d'un prochain voyage en France !

Céline Van Loan